Voyez plus haut, pages 65, 94. — 6. Suid., v. Xoipi).o
LES PERSES
comme un essaim d'abeilles*. Un de ces débris* correspond au trait final que nous admirions tout à l'heure dans les
Pe7'5e5 d'Eschyle : on y a vu, et on y peut voir en eflet, non
sans vraisemblance, une parole de Xerxès vaincu, désespéré, insultant à sa propre ruine avec une ironie amère mêlée, de la part du poète, de cette recherche hardie de figures par laquelle sa manière semble s'être distinguée de la simplicité homérique.
« Voilà donc toute ma richesse, ma puissance ! Un reste de
coupe ébréchée, épave des festins, comme le souffle de Bacchus en jette et brise en si grand nombre sur les écueils de l'insolence ! »
Faire passer Tépopée de la fable à Thistoire, où la tragédie elle-même pouvait se trouver alors un peu dépaysée, c'était une entreprise bien nouvelle, bien hasardeuse, et Chérilus s'en excusait avec grâce sur sa venue tardive, sur l'épuisement des sujets, dans des vers heureusement conservés, qui sont aujourd'hui la principale recommandation de sa mémoire poétique :
« Heureux le serviteur des Muses, habile à chanter en ce
temps, où la prairie n'était pas encore dépouillée! Maintenant
que les partages sont faits, que les arts ont reçu leurs limites, venus les derniers, comme des coureurs attardés dans le stade,
nous sommes laissés en arrière. En vain nos yeux cherchent de toutes parts : point de char nouveau à monter*. »
Une paraît pas que Rome ait jamais reproduit la bataille de Salamine autrement que dans celte fameuse naumacliie d'Auguste où fut figurée par trente gros vaisseaux et un grand nombre de petits bâtiments, par trente mille hommes, la lutte victorieuse de la flotte grecque contre la flotte persane :
Quum belli navalis imagine Caesar
Persidas induxit Gecropidasque rates*.
1. Voyez l'ouvrage de Fr. Dùbner, cité plus haut, Fragm., 2, 3. 4, p. 23 sqq. — 2. Ib.'d., Fragm., 8, p. 25 et 26. — 3. Ibid., Fragni. 1, p. 21.
4. 0\U\.,Anamat., 1. 171. Cf. Monum.Àncyr. (Voy. E. Egger, Des nùtoriens d'Auguste, p. 450, 451); Vell. Pat., Hist., u, 100; Suet., Aug. , 43; Tacit., Ann., xii, 56, xiv, 15; Die, HisL^ lv, 10.
I/histoire de la tragddie, de l'épopée latine ne fait mention d'aucun ouvrage à rimitation des Perses, du Tlmnis-
tocle, de la Perséide. Je trouve seulement le sujet épique
glorieusement traité par Ghérilus au nombre de ceux qui attirèrent et effrayèrent la jeunesse de Virgile. Il disait en
eliet, se résignant, en poète rustique, à ne chanter que les
aventures du Moucheron :
« .... L'Athos percé, la vaste mer chargée de liens, ne poursuivront pas dans mon œuvre une lointaine renommée; ni 1 Hellespont foule sous les pieds des chevaux, au temps où s'ef-
Iraya la Grèce devant les Perses venant de tous côtés.
Non perfossus Atlios, nec magno vincula pon(o
Jacta, meo quasrent jam sera volumine famam,
Non Hellespontus pedibus pulsatus equorum Graecia cum timuit venientes undique PersasV
Finissons par un souvenir plus voisin, et, il faut le dire, trop voisin de nous. Il était bien tard pour s^aviser d une épopée, et d'une épopée sur le vieux sujet de Ghérilus, quand de nos jours un littérateur, un poète de grande distinction, Pontanes, entreprit de nous donner une Grèce sauvée. Lui-même le comprit peut-être, puisqu'il n'a pas achevé ce poëme qui lui avait coûté tant d efforts. Le recueil posthume de ses œuvres* en a recueilli tardivement quelques morceaux* trop fidèles à l'ancienne tradition épique, réveillant des souvenirs d'histoire trop usés, pour offrir beaucoup d'originalité et d'intérêt. Ils ne seront pas cependant dédaignés par ceux qui prisent le sentiment élevé et délicat de l'antiquité, une lutte sérieuse et habile contre quelquesunes de ses beautés consacrées, la pureté, Péle'gance
l'harmonie continue du langage. Nous avons aimé à y
rencontrer notre Eschyle, personnage obligé d'une telle
action, lui le soldat comme le chanire de Salamine. On
l'y voit tantôt encourageant de la voix son frère Cynégire