Odyx. V, 541-564. - 2. Subi, viii. — 3. /ffn
VF, 450 sqq.
L'île de Salamine, alliée d'Athènes an temps d'Ajax*. passait pour lui avoir été donnée par les enfants mêmes
d'Ajax , Eurysacès et Phyléus, lorsque, devenus citoyens de cette ville, ils s'étaient établis dans deux JDourgs de
TAttique, Tun à Brauron, l'autre à Mélite. Ce titre fabuleux à la possession de Salamine, avait été produit par Solon, en faveur des Athéniens, contre les Mégariens qui la revendiquaient, devant les arbitres lacédémoniens chargés de juger les prétentions des deux États*. Ajax , adoré à Salamine, avait, ainsi qu'Eurysacès, à Athènes, un autel encore subsistant du temps de Pausanias'. Il y avait une statue parmi celle des Eponymes , héros dont
avaient pris leurs noms les tribus athéniennes*. Enfin, à la descendance d'Ajax se rattachait l'origine de plusieurs grandes familles d'Athènes, celle de Miltiade^ celle d'Alcibiade*; au souvenir de la plus illustre des grandes journées d'Athènes, la journée de Salamine, se liait le souvenir d'Ajax qu'on avait invoqué avant l'action, à qui, après la victoire, on avait consa^.ré un des vaisseaux pris sur l'ennemi'. Que de raisons pour que les sujets de tragédie que pouvait fournir la fable d'Ajax, fussent, à
Athènes, recherchés des poêles et accueillis du public,
comme autant de sujets nationaux ! Gela explique Tinté rêt que devaient offrir au peuple rassemblé dans le théâtre de Bacchus certains détails de VAjax de Sophocle : le vers par lequel Tecmesse salue dans les Salaminiens des hommes de la race d'Érechthée ''; cet autre ^ déjà rappelé *% où le héros, prêt à quitter la vie, prend congé d'Athènes aussi tendrement que de Salamine même.
Avant Sophocle, Eschyle s'était, à sa manière, c'est-àdire sous forme de trilogie**, exercé sur la fable d'Ajax
1. Hérodot.. V, 66.-2. Plutarch., Vit. Solon., x. ^3. Pausan.,
AU., XXXV. Cf. Herodot. V, 66. — 4. Pausan., ibid., v. —5. id., Corinth., xxixj Pherecyd. apud Marceilin., Vit. Thucydid , iv. — 6
Plutarch., Vit. Alcib., i. - 7, Herodot., VIII, 64, 121. - 8. V. 201
— 9. v. 861. — 10. Voyez plus haut, p. 25.
11. Voyez Welcker (Tr/fo//., etc., p. 438 sqq.); God. Hermann, de jE^hul. traqœd. {ata Ajaciset Teucri complexis, 1838 ;Opu«c, 18:^9, t. Vil, p. 362 sqq.; E. A, J. Ahrens, /Ksclujl. fragm. F. Didot, 1842, p. 212 sqq
AJAX
Dans
Iran-
»ans une première tragédie intitulée, cela est peu
çais maiP littéral *, le Jugement des armes, il avait seulement reproduit la dispute d'Ajax et d'Ulysse. De cette pièce, à laquelle sans doute, aulant qu'à la fable d'où elle était tirée, pensait Pindare», q„and il trouvait, dans le
jugement rendu au sujet de l'héritage d'Achille un exemple frappant des erreurs de Paveugle vulgaire'- de cette pièce, dont la perte est si regrettable, il mie seulement quelques vers qui ont dû, la plupart du moins appartenir au rôle d'Ajax. C'est lui qui dirait au conseil des Grecs :
« Le langage de la vérité est simple comme elle», »
et à Ulysse :
qui ttîntaulouTvr'"" ''"" ^"''^''^' '' '"^^«' U'^^^''. «=«"« C'est lui encore qui, vaincu et désespéré, s'écriait : foruPne'»??^ ''"' '* "^' ''" ^*'" '^ P*''"'" ^"""^ '^ ^°^^^ ^t l'in- Le suicide d'Ajax avait été, pour Eschyle, le suiet
d une seconde trag,!d;e , intitulée , à cause de la composition du chœur, où sans doute figuraient des COmpapes de Tecmesse, les Captives de Thrace. La mort du héros, mise sur la scène par Sophocle, y était seulement racontée», ce qui devait paraître moins hardi moins frappant, et aussi manquait de vraisemblance. On
eu le droit de demander ' comment celui qui l'avait vue ne lavait pas empêchée. Une circonstance de ce récit nous a ete conservée •. Eschyle y avait mis en œuvre
tradition», d après laquelle Hercule, tenant dans ses
piXisCkn-\~T;J^^TcV ^?Y 'c- Y' «• ."• ^"'•'P'-' '
i Frarrm' ,,, c, , ''•..f'f>'S™- I- Cf. schol. Soph., Ajax, 190. — ?■ c.^?^ '• '""''v.l"- '='""• 23. - 6. Schol. Sopl.., Max, 814 —
toph TianTim ^""°'- ^"''"•' ^>'"'' ^''- '^hol. Aris.
dilîo/Miau'ini,;;,/!' ^^ "'.''•' '-y'^'^P'''' Cass<,ndr.,m.(>it^tr,. taïUeî inconnue à Homère, voyez Hiad., XIV, 406, et à Eus-
SOPHOCLE
bras, enveloppé de sa peau de lion, Ajax encore enlant,
avait obtenu des dieux, pour le fils de Télamon, le don
d*être invulnérable : don imparfait , comme celui qui fut alors aussi accordé au fils de Pelée ; car un endroit du
corps, l'aisselle, que n'avait point touché la dépouille du monstre de Némée, en était secrètement excepté. Usant
de cette tradition, que crut devoir négliger Sophocle, Eschyle avait peint les inutiles efforts du héros pour enfoncer dans son flanc son épée qui se courbait comme un arc, jusqu'au moment où quelque mauvais génie lui faisait enfin trouver la place qui seule pouvait donner accès à la
mort. On aimerait à en savoir davantage sur cette tragédie d'Eschyle, et qu'à défaut de la pièce même que le temps nous a enviée, quelques fragments du moins autorisassent un parallèle plus étendu entre deux si grands poètes, traitant successivement un si beau sujet. Acceptons, comme d'Eschyle et du rôle d'Ajax, au moment où il se décide à sortir de la vie, celui-ci que donne, sans nom d'auteur, saint Clément d'Alexandrie *, et dont une partie s*est retrouvée assez récemment sur un papyrus égyptien*:
« Il n'est point, pour le cœur de l'homme libre, de plus
cruelle morsure que l'atteinte du déshonneur. Je l'éprouve aujourd'hui, qu'une blessure, une plaie profonde, bouleversent
mon être; que je me sens déchiré des aiguillons de la rage. »
La trilogie d'Eschyle se terminait probablement par les Salaminiens ou les Salaminiennes, pièce où l'on peut supposer que le poète, transportant la scène du rivage troyen à celui de Salamine, avait peint les suites de la mort du héros, la douleur de Télamon, l'exil de Teucer. Teucer, on
est fondé à le croire, d'après une allusion d'Aristophane',
y était peint de fort nobles traits.
Ces pièces, à l'exception peut-être de la première,
1. Slrom., II, 15, § 63.— 2. Journal des Savants, juin 1838, p. 321, article de M. Letroune, d^à cité, 1. 1, p. 19. Cf. liod, Hermaim, ibid. ^3. lian.j 1054.
AJAX
furent refaites par Sophocle, qui, outre un Ajax^ un Teucer, composai encore, sur la querelle du frère et du
fils d*Ajax, cela est vraisemblable, un Eurysacès. Dans
Y Ajax était annoncé le Teucer : les passages où Ajax
prévoit la douleur de Télamon*, et Teucer sa colère %
sont pour nous comme l'argument d'un ouvrage qui devait offrir une admirable peinture de la tendresse paternelle. Il fallait qu'elle fût telle pour répondre à l'attente des spectateurs qui avaient vu, pour la plupart, à Salamine, la pierre traditionnelle où l'on prétendait que
s'était longtemps tenu assis le vieux Télamon suivant des yeux le vaisseau qui emportait son fils à Troie «. Priam,
aux pieds d'AchiUe, parlant au héros, pour le loucher)
de l'espoir dont se flatte la vieillesse solitaire de Pelée,
n'avait pas rencontré, dans les vers d'Homère ♦, un
accent plus vrai, plus pénétrant, que le Télamon de Sophocle lorsque le poète lui faisait dire, c'est à peu près tout ce qui nous reste de l'ouvrage :
«Je ressentais, ô mon fils! une bien trompeuse joie à cette lausse nouvelle que tu vivais encore. Cachée dans l'ombre, la Furie de Télamon l'abusait de cette douce et mensongère appa-
Je ne sache pas que ces aventures, si curieusement
exploitées par le génie tragique d'Eschyle et de Sophocle,
aient fourni à Euripide autre chose que la scène épiso-
dique de son Hèlène\ où il amène Teucer en Egypte, à ce qu'il semble, pour y consulter, sur la recherche de'sa
nouvelle Salamine, la iille de l'ancien roi, Protée, la sœur du nouveau roi, Théoclymène, la prêtresse Théonoé , mais en réalité pour informer la femme de Ménélas, dans la retraite ignorée de tous où les dieux Tout cachée, de beaucoup de choses qu'elle ignore et qu'il faut qu'elle
xxiv^'49a' "" ^' ^' ^^^^ ^^^' " ^' ^^^^"^'-y ^^^'^ x^xv. - 4. Iliad.,
5. Stob., tit. cxxii, 10. Sur le Teucer et VEurysaccs de Sophocle,
u)yez les opinions (Jcscnliquosetde Welcker, particulièrement, résurSAc. ^^"^'^"^ ^^^ ^ ^" ^' A^"'ens, 5oi?/iocf. fragm., F. Dldot,1842,