V. 94 sqq
% Andromaque, acte III, se. iv. Le rapport également remarque
itre la fin du chœur précédent (v. 139 sq.) :
« Qui vit jamais Jupiter abandonner ses enfants?
et ce vers d'Athaîie (acte II, se. vn) :
Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin? n'est peut-être que l'effet d'uae rencontre à laquelle l'imitation l^'a point de pari.
en
LES TRACHINIENNES.
laquelle croît la jeune fille, à Pabri des injures de l'air et des
ardeurs du soleil, ses jours s'écoulent doucement parmi d'in-
nocents plaisirs; jusqu'au moment où, quittant le nom de vierge
et entrant au lit d'un homme, elle prend à son tour sa part des mquiétudes de la vie, et commence à trembler pour un époux OU pour des .enfants. Alors, mes filles, alors vous saurez par votre expérience quelles sont les peines qui m'accablent '. d
Que ces paroles sont attendrissantes! Quelle comparaison douloureuse de la paix de ces jeunes cœurs avec le trouble du sien I et en même temps quelle triste science
de ce que leur garde Tavenir! C'est ainsi que, dans la tragédie du même poète dont nous nous occupions précédemment, Ajax envie Theureuse insensibilité de cei enfant qui, entre ses bras ensanglantés , sourit à son désespoir, de ce fils qu'il laisse sur la terre au milieu de ses ennenois, et à qui Tâge n apportera que trop tôt la connaissance de leur infortune*. On aime à retrouver, sous des apparences variées, dans des ouvrages de sujets difl'érents, la trace d'une même inspiration, un fonds commun de pensées; ce seul exemple, auquel s'en ajouteraient sans peine beaucoup d'autres, suffirait pour réfuter
le doute étrange reproché tout à Theure à un critique étranger.
L'expression d'un contraste si touchant ne manque pas
à d'autres théâtres. Qu'il me suffise de la montrer dans un passage du Jules César de Shakspeare. A l'avantage
de nous dépayser un instant par une excursion lointaine
1. V. 141 sqq. Sophocle, si habile, comme en général les Grecs, à faire sortir des fables mythologiques les plus étranges, et quelquefois
les plus atroces, dos développements naturels et touchants, avait fait
ilire, dans son Térée, à Progné sans doute, à peu près de môme :
« Que suis-je maintenant et que sont les femmes? J'ai souvent réfléchi à leur triste condition. Enfants, nous menons dans la maison
paternelle une agréable vie, car c'est une aimable nourrice que l'ignorance. Mais, arrivées à la maturité de la jeunesse, on nous exile, on
nous envoie loin de nos dieux, de nos parents, dans la maison d'un étranger ou d'un barbare, quelquefois dans une maison malheureuse ou souillée. Et cela, quand une seule nuit a serré nos liens, il nous faut l'approuver et en faire notre joie. » Soph., Ter., fragm. vi ; Slob.. lU. Lxvin, 19 ) f 7 > o f