Acte II, se
LES TRACHINIENNES.
chine. En effet, après quelques instants remplis de la
joie d'un si heureux événement, on le voit paraître, menant à sa suite une troupe de captives, prix de la victoire d'Hercule. Déjanire interroge Lichas sur les causes qui
entretenu si longtemps loin d'elle son époux, qui Tout entraîné à rexJ)édition dont il vient de sortir ; elle apprend qu'il est encore en Eubée, où il doit offrir un sacrifice à Jupiter; enfin elle reçoit les esclaves qu'on lui présente en son nom. Cependant à leur vue elle éprouve les mouvements confus d'une pitié à travers laquelle on peut
déiuêler les premières atteintes de la jalousie. Uiie d'elles
surtout l'attire, l'intéresse par sa beauté, sa dignité modeste, le sentiment qu'elle paraît seule avoir de son
malheur. Quel est son nom, son rang? Est-ce une fille de
roi, la fille d'Eurytus? Lichas évite de répondre, et la jeune captive qu'elle interroge à son tour garde le silence. On se rappelle qu'il en est de même dans VAgamemnon d'Eschyle, lorsque Clytemnesîre s'adresse à Cassandre, sa nouvelle esclave et sa rivale* ; seulement Déjanire se montre aussi compatissante que Clytemnestre est dure et
impérieuse. « Ne la contraignons pas, dit-elle ; n'ajoutons
pas aux peines qu'elle éprouve *. » Les captives entrent
alors avec leur conducteur dans la maison d'Hercule, et
comme elle-même en va franchir le seuil, le même homme
qui tout à l'heure Ta informée de l'arrivée de Lichas, l'arrête pour lui révéler que Lichas Ta trompée par d'artificieux discours ; que cette femme dont on lui cache le nom, est lole, la fille d'Eurytus; que c'est pour la posséder, malgré les refus de son père, qu'Hercule a combattu ; que ce n'est pas une esclave qu'il a conquise, mais
une épouse: ces nouvelles sont certaines; on n'en peut
douter ; mille témoins les ont entendues comme lui de la
bouche de Lichas.
Remarquons, en passant, avec quel soin attentif le
poète a préparé de loin tous ces incidents, lorsqu'il nous