‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 192 sur 893 · V. 632 sqq. - 2. V. 1048 sqq · texte numérisé non relu

V. 632 sqq. - 2. V. 1048 sqq

3. Un passage d'Attius, cité par Varron [de Itngua laftna, VII, 88),

paru traduire les veis 288 sqq. des Trachiniennes, C est peui-ôtio

a paru

LES TRACHINIENNES.

souvent à le reproduire, et dans leurs versions complètes du poêle, et dans des imitations à part. Deux de ces dernières sont surtout à rappeler, l'une de L. Racine *, l'autre composée de nos jours par le savant et habile traducteur deCicéron, M.J. Le Clerc ^

Ce morceau, auquel on a rendu hommage, en le séparant ainsi, pour l'admirer isolément, de Teosemble dont il fait partie , perdrait cependant beaucoup , si l'on ne

prenait le soin de l'y replacer par la pensée. Il paraîtrait quelque peu solennel, déclamatoire, et justifierait la critique de La Harpe, qui, tout en le louant, semble ne pas le juger dramatique. 11 en est tout autrement quand on Je voit à sa place, avec les développements qui l'amènent^

qui le suivent, et le font participer au mouvement de la scène.

Un cortège lugubre arrive sur le théâtre; ce sont des étrangers, des habitants de l'Eubée qui ont transporté Hercule à Trachine. Anéanti par la violence du mal, il parait sans voix, sans mouvement, comme assoupi. Hyllus , qui marche à ses côtés , s*informe avec une inquiète curiosité de l'état où il se trouve, et un vieillard qui craint que les douleurs du héros ne se réveillent au bruit des indiscrètes paroles de son fils, cherche en vain à réduire au silence ce jeune homme qui, dans sa douleur, ne se possède plus. Ces détails sont singulièrement naïfs

et répandent beaucoup de charme sur le rôle déjà si vrai

et si touchant d'Hyllus. Hercule reprend en effet ses sens,

comme le vieillard Tavail prévu ; ses cruelles soutTrances

se raniment, et il donne cours à ses plaintes dans des strophes lyriques habilement substituées au mètre ordinaire de la tragédie, et remplies des mouvements confus

une raison de croire, avec Jos. Scaliger, à une imilation de la pièce

ue Sophocle par Attius, mais non d'attribuer à ce dernier la belle

tirade qui se lit dans les Tusculanes, liv. II, ch. 8 et 9. Cette tirado, comme celle qui la suit, ch. 10, et par les mêmes raisons (voyez l, I,

I». 289), ne peut guère être que de Cicéron lui-même.

w ^-^^f^^^ions sur la poésie, ch. VI, art. 2. — 2. OEuires complètes ae jU. T. Cicéron, publiées en français. Tusc, II , 8 et 9.

SOFlîOCLE, — 6

SOPHOCLE

de la douleur. Les angoisses, le malaise, :es impatiences,

le délire d'un malade, tout cela s'y trouve. Le Iils de Jupiter, j*en remercie Sophocle au lieu de l'en accuser,

comme Gicéron S comme peut-être Platon \ au heu d eu rire, comme peut-être Lucien ^ le fils de Jupiter n est ici

qu'un homme eu proie aux maux de rhumanité. Bienlut

nous le verrons se relever en dieu d'un abattement passaeer et involontaire, et il nous offrira ainsi ce mélange d'héroïsme et de faiblesse qui était pour les poètes grecs le type de la tragédie, le moule idéal sur lequel ils la mo-

délaient, . , ,.

Je voudrais donner une idée de cette pemture hardie

de la douleur physique si souvent exposée sur la scène

par Eschyle, par Sophocle, par Euripide surtout, et qm n'était, pour ces grands artistes, qu'un moyen indirect

de faire ressortir la fermeté de l'âme, la dignité de notre

nature morale. Je ne trouve rien qui aille mieux au but

que je me propose, que quelques vers d'André Lhenier,

inspirés évidemment par les souvenirs de la poésie antique, ceux où il a peint si naïvement les tourments de son

jeune malade :

Ma mère, adieu! Je meurs, et tu n'as plus de fils ; Mon, tu n'a plus de fils, ô mère bien aimée! Je te perds! une plaie ardente, envenimée, Me ronge ; avec effort je respire, et je crois

Chaque fois respirer pour la dernière fois.

Je ne parlerai point; adieu! Ce lit me blesse;

Ce tapis qui me couvre, accable ma faiblesse ; Tout me pèse et me lasse; aide-moi; je me meurs; Tourne-moi sur le flanc; ah! j'expire : ô douleurs!

A cette touchante image de la jeunesse défaillante,

qu'on ajoute l'accent terrible dont Hercule ébranlait la 1 Tusc II 8,9,-:. De liepuU., III, X. Voyez notre t. I, p. 5G.

3 De Saltat., xxvii. Aristophane, dans la dernière s^unii de ses Acharniens (v. 1192 sqq.), remplie en partie des l^?^?"^^/'""^ *^,^„ ^.^T

TYinpbiis lilpssô oaralt avoir voulu se moquer à la fois ci du geneiai ^henL et de ^e héros tragique, tel que l'Hercule mourant de

LES TRACHINIENNES.

scène grecque, et l'on pourra se représenter l'emportement, le désordre de ses plaintes, ces paroles brusques, rapides, énergiques, ces mètres vifs et inégaux dans lesquels elles se produisent.

C'est dans un moment de relâche, comme Pindique le

changement du mètre et le retour du vers ïambique,

qu'arrive le morceau célèbre dont nous avons parlé. On

sent tout ce que cette disposition lui donne de naturel et de vraisemblance. Hercule retrouve assez de force pour décrire ses horribles souffrances, pour se plaindre de

l'ignominie de sa mort, pour revenir sur les souvenirs glorieux de sa vie*, pour demander vengeance de la perfidie de son épouse. Nous le voyons ainsi échapper par degrés

aux tortures du corps et s'élever aux mouvements plus

nobles de la souffrance morale. Ces sentimenis, qu'amène

la situation, se reproduisent plus d'une fois comme il convient à la douleur; plus d'une fois ils sont interrompus

par le retour soudain, les atteintes redoublées de son mal.

1. J'ai eu déjà plus d'une occasion (voyez 1. 1, p. 61, 193, 348 sao \ de relever chez Euripide des crifiqueslittéraire; dirigées contre^l^ chyle : peut-être s en est-il permis une fort injuste, à mon sens, contre Sophocle dans le vers (1243) où son Hercule furieux dit, avint un court résumé de sa vie héroïque : . Les travaux que j'ai endurés, est-il besom de les rappeler? . L'Hercule de Sophocle les rappelle hién rapidement, bien vivement, les enchaînant l'un à l'autre par le mouvement génural d une apostrophe pathétique à ses bras , auparavant si

redoutables, et mamtenant frappés d'impuissance. De ce mouvement lort bien rendu dans l'imitation énergique de Cicéron, on peut rapprol

Cher celui dont, alors et depuis, de grands poètes ont animé la môme

énumeration devenue un des lieux communs favoris de la poésie laline. Ne semble-t-il pas que Lucièce lutte en même temps que Cicéron contre les beaux vers de Sophocle, lorsque, passant en revue, avec un grand éclat une grande vivacité poétique, les services rendus par Hercule à 1 humanUe, il les met au-dessous de ce qu'elle doit à Épicure (deNat rer., V, 22 sqq.)? I^ même revue se reproduit ci.ez Virgile, renouvelée par un transport tout lyrique, quand ses Arcadiens,

Ipl ?nn."n J°' ri^'"^'?' ^^^î?^^"i ^" <^^^°^"^' dans une fête solennelle les louanges d Hercule {yEnetd. \ HI, 287 s.|q.). On n'étendra pas lé

MfT "".f ?o?'"'^J^"^ <^^^- ^^^> ^235 sqq.), ni même à uvide

i»/cmm., IX, 182 sqq.), qui pouvaient s'inspirer plus (lirecieiiient,dans

un même sujet, dans une situation pareille, de l'exemple de Sophocle : cnez eux, au personnage dramatique se substitue bientôt, avec plus ou

moms de mesure, selon leur génie divers, le poêle ingénieusement, sabtilemen descriptif, à qui les travaux d'Hercule om-ent une matière favorable d'amplific»tton poétique.

SOPHOCLE

Mais ce qui domine dans cette peinture, ce qui en forme le trait principal, c'est la lutte d une grande âme, d'une âme destinée au ciel, avec rinfîrmité mortelle de ce corps misérable qui l'arrête encore. Hercule se surprend à pleurer, tant il souffre cruellement! Il s'en indigne, il s*en excuse, et, rejetant les voiles qui le couvrent, il expose k tous les yeux l'affreuse plaie qui le déchire,

l*horreur de ce fléau qui abat jusqu'à sa constance.

Quoi, dit-il, dans Téloquenle imitation de M. V. Le Clerc :

Quoi! je verse des pleurs!

Des pleurs efféminés trahissent mes douleurs!

Jamais dans ses revers, dans ses jours de détresse, Hercule a-t-il connu cette indigne faiblesse ? Je cède à mes tourments.... Mon fils, viens contempler Tous les maux dont les dieux ont voulu m'accablcr. Je ne suis plus qu'une ombre, inutile à la terre :

Par pitié, roi des dieux, arme-toi du tonnerre I

Foudroie, anéantis ce corps que je te doi; C'est le premier bienfait que j'implore de toi. Le mal, a chaque instant, recloublant de furie,

Va chercher dans mon sein les restes de ma vie.

Dans ce tableau si plein de vie et de mouvement, La Harpe a-t-il eu raison de ne voir qu'une situation passive? Je ne le pense pas, et le reste de la scène surtout réfute pleinement cette critique. La situation change

tout à coup * lorsque Hyllus apprend à son père, dans

un court intervalle d'accablement et de silence dont il se

hâte de profiter, la mort et l'innocence de Déjanire. Celte

révélation forme un véritable coup de théâtre : Hercule comprend que les oracles sont accomplis, que son heure est venue, et il fait, en héros digne de TOlj^mpe, les apprêts de sa mort. Il exige que son fils lui jure d'exécuter ses ordres; et lorsque celui-ci, après une suspension du plus grand effet, a enfin prononcé, la main dans les

LES TRACHINIENNES.

mains de son père, ce serment qui Tépouvante, Hercule lui commande de le brûler, vivant encore, et puis, chose bien étrange pour nous «, mais que la tradition poétique « imposait sans doute au poète et rendait plus acceptable h son public, il lui prescrit de s'unir à cette lole qui a reposé

à ses côtés, et qu aucun mortel, que le fils d^Hercule, ne doit

jamais nommer du nom d'épouse. Hyllus résiste; il ne veut

pas pour femme de la beauté fatale qui a causé la mort de

ses parents; il ne veut pas prêter ses mains au ministère

parricide qu'on exige de lui : mais enfin il cède à l'impérieuse volonté d'un père; il ordonne qu'on l'enlève, qu'on

le transporte sur le bûcher funèbre où il veut expirer.

Hercule quitte la scène avec ces paroles oii paraît la victoire qu'il remporte sur la douleur :

• Allons mon âme, allons; avant que ce mal terrible ne se

réveille, alTermis-toi : mets à ma bouche un frein d'acier, pour

di

1 J- ,^é*^stase, dans ses Observations, d'une maUce superficielle sur e théâtre grec, s'en montre fort scandaHsé; mais en des termes don* la crudité pourrait elle-même scandaliser le lecteur. M. Faguet serait tenté de croire que l'idée de cette espèce d'inceste, commandé par Hercule à Hyllus, est une imagination alexandrine, plus conforme aux mœurs de l'Egypte et de l'Asie, qui admettaient de telles unions, qu'à celles de la Grèce; il trouverait là, plus qu'en toute autre chose, une raison d attribuer les Trachiniennes à quelque autre Sophocle (voyez notre tome I, p. 69, 105), qu'au grand Sophocle lui-même, s'il y avait nécessite de i étirer à celui-ci cet ouvrage, ce dont, au reste, il ne convient pas. Voyez sa notice sur les Trachiniennes, t. 1, p. 49 et

suiv., de sa traduction an vers du Théâtre de Sophocle. 2. Hyllus a passé de la fable dans l'histoire, et son souvenir est

quelquefois rappelé par Hérodote, à l'occasion des Héraclides, ses descendants, et de Sparte (vi, 52; vu, 204; VIII, 131).^ Un contemporain

^ primitivement demandée par Hercule pour son liîs Hyuuo. v.^,* n est point en contradiction avec la tradition suivie, mais non introiJuite. on ^oit le croire, par l'auteur des Trachiniennes, et qu'Apoilodorè a cor.signee dans sa Bibliothèque, II, vn, 13; vin, 4. Ovide s'est conforme lui-même à cette tradition. Après la mort d'Hercule, la conhdente d- s douleurs et des souvenirs d'Aicmène, c'est, dit-il lole :

Qiiestus ubi ponat aniles

Cui referai nati testâtes orbe labore?

Cuive suos casus, lolen habet. Hercuîis ill rni Imperiis, thalamoque animoque receperat Hyllus.

{Metam,, IX, 276 sqq.)

SOPHOCLE

arrêter mes cris dans cette épreuve dernière que je subis tvec joie *. »

Bien avant THercule de Sophocle, l'Ulysse d'Homère

avait apostrophé sofi âme :

« Supporte cette injure, ô mon âme; tu en supportas une plus grave le jour où l'indomptable Cyclope dévora tes braves

compagnons. Tu sus alors te contenir jusqu'au moment ou ton

adresse me tira de cet antre dans lequel je pensais mourir . »

Platon, qui cite Homère, eût pu citer Sophocle, dans ce passage du Phédon, où il fait alléguer par Socrate, en témoignage de la distinction de nos deux natures, ces dialogues intérieurs entendus des poètes et reproduits par eux. « Ne voyons-nous pas, dit-il, que Tâme gouverne tous les éléments dont on prétend qu'elle est composée, leur résiste pendant toute la vie, et les dompte de toutes les manières, réprimant les uns durement et avec douleur, comme dans la gymnastique et la médecine; réprimant les autres plus doucement; gourmandant ceux-ci, avertissant ceuxlà; parlant au désir, à la colère, k la crainte, comme à des choses d'une nature étrangère*. » Si Voltaire se fût rappelé ces paroles de Platon et les vers qu'ils commentent, peut-êlre n'eût-il pas écrit au sujet de certaines apostrophes de Corneille * assez semblables à celles de Sophocle et d'Homère : a .... Nous ne sommes plus dans un temps

OÙ Ton parle à son bras et k son âme. »

Cicéron aussi*, expliquant cette expression, en apparence singulière : Se commander à soi-même , par la division de l'âme en deux parties. Tune raisonnable, qui doit gouverner, l'autre privée de raison, qui doit obéir, en appelle comme Platon aux poètes, et cite une scène

1 V 1261 sqq. Un fragment de Sophocle, conservé par Athénée {Veipn., 1 ; Fagm. incert. Sophocle, xui) nous oflre un autre exemple dece îTf^nre (i'aposiroph*^. ,, , •.

a 0 ma langue, qui depuis si longtemps as gardé le silence, comment pO!irras-tu aborder un tel discours? Certes, le pouvoir de la nécessité

est Lien grand, puisqu'il te force de révéler ce secret domestique. »

2 Odifss XX, 18 sqq. — 3. OEuvres de Platon, traduites par V. Cousin, t. I, p. 270. —4. Le Ci<i,acl3 I, se vu. — 5. Tusc, il, 20, 21.

LES TRACHINIENNES,

d'une tragédie perdue de Sophocle, Ulysst blessé^ ^ qui avait, avec la dernière scène des Trachiniennes, beaucoup de rapport. Ulysse, frappé d'un coup mortel, après s'y être abandonné comme Hercule, sans trop de résistance, aux mouvements dç la douleur, s'y relevait, comme lui, de cet

abaissement involontaire et passager; par un héroïque

effort, il faisait taire sa plainte, et se résignait à la souffrance et à la mort. Cicéron a loué Pacuvius d'avoir, dans son imitation, rectifié Sophocle en prêtant à Ulysse moins de faiblesse. Cette correction stoïcienne pouvait plaire aux Romains; mais les Grecs, je crois, eussent trouvé qu'elle retirait au tableau quelque chose de sa vérité, de son pathétique et même de sa grandeur; car c'est à la violence de Tattaque que se mesure Ténergie de la résistance, l'honneur de la victoire.

La mort d'Hercule doit avoir donné lieu à beaucoup de

tragédies grecques; il n*y en a qu'une toutefois, parmi

celles que nous savonj^ avoir eu pour titre le nom du héros,

où l'addition d'une épithète indique clairement que tel en était le sujet. C'est VHercule au bûcher^ 'HpaxXrjç 7:epixato{x6voc, attribué par Suidas k un poète du nom de

Spinlharus, dont Aristophane a raillé l'origine barbare*. Il était aussi l'auteur, nous le savons par le même Suidas,

d*une Sémélé frappée de la foudre, sujet traité par Sophocle dans ses *Yopo'^opoi, comme l'autre dans ses Trachiniennes ^

et Ton a pensé que les deux ouvrages étaient des imitations

du grand tragique athénien'.

Une revue des autres compositions, de diverses formes, où a été reproduit le sujet des Trachiniennes, serait très* propre, si déjà cette revue n'avait été faite* trop en détail pour y revenir, à compléter Téloge de la pièce de Sophocle.

On vç^rrait, et nous en avons tout à l'Jieure touché en passant quelque chose , la simplicité, le naturel, la vérité

1. 'OÔu(T<TeO; TpaufAïTiaç, c'est le titre donné par Aristote,Poe^., xiv. D'autres disent àxavQoTcXriè. La pièce s'appelait encore NÎTiipa, comme j'ai eu occasion de le dire déjà, plus haut, p. 12.

2. Av. y 761. — 3. Voyez Fr. G. Wagner, Poet. trag. grxc. fragm. ,

cdit. F. Didot, p. 92. — /|. Voyez surtout Brumoy.

SOPHOCLE

du poète grec s'effacer, et faire place aux jeux brillants du

bel esprit dans les ingénieuses Héroïdes, dans les élégantes Métamorphoses de cet Ovide *, dont on peut dire, en empruntant une piquante expression de Shakspeare , qu'il voulut dorer Vor et parfumer la rose,

La tragédie attribuée à Sénècpie, Hercule au mont Œta, offrirait le contraste complet de la pièce originale,

par le désordre de son ordonnance , par Textravagance

de ses personnages que remuent de grossiers ressorts, et

qu'on a comparés spirituellement à des marionnettes

gigantesques*. Pour ne parler que des principaux, on admirerait comment la douce et touchante Déjanire s'y

transforme en une bacchante, une furie, ne respirant que vengeance et que sang; comment Hercule s'y dégrade autant par Texcès de ses jactances que par celui de ses lamentations. On aurait peine à reconnaître les idées de

Sophocle, dans la diffusion, la recherche, Temphase,

prêtées par le poëte latin à tous ses acteurs, mais surtout

k son Hercule, qui défie la douleur, qui l'appelle au

combat, comme un matamore de comédie ; qui décrit ses

souffrances intérieures et les progrès de son mal avec l'exactitude d'un analomiste ou d'un somnambule lucide ; qui met à rappeler les hauts faits de sa vie une si pénible afffictation, que cet effort d'esprit, en un pareil moment, peut être regardé assurément comme le plus merveilleux de ses travaux.

Chez Rotrou, on retrouverait, bien peu corrigés, les

défauts du séduisant mais défectueux modèle que, suivant

Tesprit de son temps, il préféra à Sophocle. Son Hercule

rhourant, où se mêlent, dans un style encore grossier,

avec les pompeuses folies du tragique latin, les fadeurs espagnoles et d'Hercule lui-même, et de je ne sais quel Arcas, son rival, et d'Iole leur commune maîtresse, donnerait une idée de la tragédie que nous possédions quatre ans avant la merveille du Gid, et que l'apparition

de ce chef-d'œuvre ne nous fit pas perdre entièrement.

l. Ileroid., IX; Melam., IX, 134 sqq. — 2. W. Schlegel.

LES TRACIIINIENNES 89

Bien longtemps après, malgré les progrès de l'art, le judicieux La Harpe n'a-t-il pas proposé, pour ajuster à notre scène le sujet des Trachiniennes, un plan à peu près semblable à celui du vieux Rotrou ?

Enfin, car on devrait passer sur beaucoup d'autres ouvrages oubHés et dignes de l'être, qui n'intéressent

plus que la curiosité bibliographique, par exemple cet Al-

cide de 1693, par lequel une épigramme célèbre marqua si

plaisamment la décadence de Gampistron»; enfin, dis-je le quinzième livre du Télémaque reproduirait à peu près seul, fidèlement, avec quelques traits d'Ovide et de Sénèque, heureusement épurés, les grâces, la grandeur primitives de Sophocle; et si, dans ce qu'on n'ose appeler une imitation, tant il s'y rencontre de liberté, d'originalité quelque trait de différence se faisait cependant remarquer' ce serait chez le vertueux archevêque, chez le poëte chré'

tien, un sentiment encore plus élevé de la beauté morale.

l.Joici, sauf omissions, la suite chronologique de ces ouvrages in-

spires en SI grand nombre, et avec si peu de^ succès, ou un succès si peu durai, e, a nos auteurs français par le sujet des' l^acMni^nnes et

de 1 Hercule au mont OEta : Hercule, tragédie par Jean PrévosTîfiU Sr flTir"'''' ^r^Sédie par Rotrou, 1632 ^ercu/./ tragédie ptf abbe Abeille sous e nom du comédien 1 a Tiiuillerie, 681 Acide^ou letnomphe d hercule, tragédie-opéra, par Campistron, \Sk la Mort

itnn\fViZ^.^n"' Pf ^""'""''' lî04i to3/orfS7ym/./eAragédie p^^^^ ?w" ^iîS/ "^'''''i^.^ourant, opéra, par Marmontel, \l6i- Hercide TnlTr^nV^^ tragédie par Lefèvre 1787. Compléton's ceUe^iste nar a il/on d//ercM/e, que donna à Bordeaux, en 1793, notre trâeéi^Pn Ufond. L'auteur, aWs fort jeune (ilavait dix-neuf ansUonaK ouvrage le rôle du centaure Xessus, qui le remplit presque outentieï

1 hai^f nn° ^°"J°"^« nouvelle, après vingt anït, es" poir Déjanire de sa haine, non moins persévérante, pour Hercule, de ses fureurs «î'in guinaires, de ses machinations scélérates. Lafond,par le aient au fl I montré SI longtemps sur la scène française, comme interprire de nos ciels-d œuvre dramatiques, a bien expié ce grave PéclirEaire de sa première jeunesse. Un poëte que l'e^liteur de Sénèque le TraL?ane

:" a mT'^^ t' f ^^^ ''"'• ^^°^^^^^' ^^-^ d ' rapport!;' :^

l' ve e ^cVn^inS ''"^ ^"^''^ ^^"^"^ Xpillinêas'Te

lc?caS,^Hp i' " C- ^'^éveneaua écrit, en 1804 dans la forme es cantates de J. B. Kousseau un poëme ditiwrambiuue Hernilp

m mont OEta plein de verve, (i'éclaC d'énergie' mais qui in pire îioLeli?"' P'"' ^'' par Sophocle, ne se rattache qu'indLteûS a

l^ll

niILOCTÊTE.

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