V. 386 sqq
PHILOCTÈTE. lOg
Ulysse est donc en vie? Thersite Test aussi sans doute? Voilà ce que font les dieux : et nous les louerions
encore! »
Remarquez comme le désespoir de Philoctète tourne
au blasphème un mot de Néoptolème •, auquel il semble
que Cicéron ait voulu rendre le sens qu'y attachait le fih d'Achille, lorsque, dans Téloge funèbre des guerriers
morts en combattant contre Antoine, il s'écria : « N'est-ce
pas au prix du sang le plus brave que Mars vend la victoire • ? »
Nous sommes arrivés au dénoûment de cette longue scène qui, à elle seule, est comme un drame. Néoptolème fait
mine de vouloir partir : Philoctète le conjure de remmener : sa prière, partout citée, est un des chefs-d'œuvre de l'éloquence tragique. C'est qu'elle n'a rien de la harangue d'un orateur , qu'elle est toute en mouvements soudains que suggèrent au malheureux , pressé d'échapper à son exil , sa passion , son danger ; en mouvements qui, semble-t-il, ne manqueraient à personne en pareille situation. Cnacune des hésitations affectées par Néoptolème est pour Philoctète l'occasion d'un nouvel efl'ort, lui fournit un nouveau moyen. Il s'adresse à tous les
sentiments de celui qu'il veut toucher, à sa compassion,
à sa générosité , à son amour pour la gloire, à sa religion :
il prend tour à tour tous les tons; il conjure, il discute,
il caresse, il commande, il menace presque. Tout à l'heure, une sorte de désir désespéré de revoir sa douce patrie et, s'il en était temps encore , d'embrasser son vieux père , le faisait, malgré sa faiblesse, sa souffrance, bien plus, malgré sa fierté , tomber aux genoux de Néoptolème ; ne 3emble-t-il pas maintenant qu'il se relève noblement pour
lui parler des retours cruels dont le sort punit les indifférents, pour lui adresser ces maximes, ordinaire moralité
de la tragédie grecque :
« Considère combien la vie de l'homme est pleine de dangers, de chances heurpuses et malheureuses. Il faut, hors de Pinfor-