‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 203 sur 893 · Acharn.,\. 418. — 2. Chronol. scentc · texte numérisé non relu

Acharn.,\. 418. — 2. Chronol. scentc

f-omy LU, Lix. Voyez sur ces morceaux Walckenaêr, Diatrih. in

a-uapid. fragm., xi; E. A. J. Ahrens, JJJschyl. fragm., éd. F. Didot

ui

SOPHOCLE

PHILOCTÈTE

tienneit une sorte d'analyse, qui permet de les comparer

avec l'ouvrage de Sophocle. Celte comparaisoo, dont s'est rarement avisée la critique, ne manque pas d'importance: elle justifie la supposition par laquelle, en commençant, nous faisions éclore, en quelque sorte, des méditations de Sophocle, tout le plan de son Philoclète; elle

permet d'apprécier à quel degré, dans des sujets donnés

par la tradition épique, et tant de fois reproduits sur la scène, ce grand poëte se montrait inventeur.

L'un des deux morceaux de Dion, d'un tour agréable et plein du sentiment délicat de Tesprit divers de l'ancienne tragédie grecque chez ses principaux représentants, nous offre le parallèle des trois Philoctètes d'Eschyle, d'Euripide et de Sophocle; l'autre une paraphrase, ou, pour mieux dire, une version en prose des deux premières

scènes de la pièce d'Euripide. Ils sont l'un et Pautre fort curieux par les renseignements qu'on y trouve sur des

ouvrages célèbres et à jamais perdus. Si notre littérature moderne, comme la littérature antique, disparaissait un

jour du monde, un simple chapitre de critique pourrait de même prendre place parmi les débris les plus précieux de la gloire d'un Voltaire, d'un Racine, d'un Corneille.

Dion, qui, dans son parallèle, accorde à Sophocle la première place, paraît faire toutefois de ses deux rivaux un

cas a peu près égal ; mais il est facile de reconnaître Finfériorité de leurs compositions, môme d'après l'idée incomplète qu'il nous en donne, ne parlant guère d'Eschyle qu'en général et seulement lorsqu'il se rapproche d'Euripide qu'il a particulièrement en vue.

Chez Sophocle, l'intérêt qui s'attache au personnage

p. 197; Fr. G. Wagner, Euripid. fragm.,èà. F. Didot, p. 809; J. A. Hartung, Euripid. restitut. t. I, p. 348. M. Ch. Lenormant, dans l'article du Correspondant cité plus h ut, p. 005, donné du premier une élégante tr duction. Selon Walckenaêr (i5/d., ix), sur un exemplaire de Sophocle de la bibliothèque de Leydc, est une note écrite en grec

par Jos. Scaliger, dans laquelle rargument métrique du Philoctète est

donné comme se rapportant moins a Touvrage de Sophocle; qu'à celui ou d'Eschyle ou d'Euripide.

de Philoctète vient à la fois et du douloureux isolement

auquel Ta condamné l'abandon des Grecs , et ^^^ l'inflexible fermeté de son âme, qui lui fait préférer celte désolante solitude à la société de ses oppresseurs. Cet intérêt devait être beaucoup moins vif chez Eschyle et

chez Euripide, qui, tous deux, d'après la réalité *, il est

vrai, dont s'est hardiment, habilement écarté Sophocle

représentaient comme habitée l'île de Lemnos, et composaient d'hommes de ce pays le chœur de leurs tragédies.

Il est bien vrai qu'ils représentaient aussi Philoctète comme à peu près délaissé par eux; que le chœur, dans la

pièce d'Euripide, se reprochait même cette insensibilité ; mais enfin, un délaissement absolu eût été une choquante invraisemblance, et quelques soins, quelques secours, si rares, si faibles qu'ils fussent, la seule vue d'hommes, 'ses

semblables*, devaient rendre la situation de Philoctète

1. Lemnos était un des domiciles antiques de la mystérieuse religion des Cabires, circonstance qu'Eschyle, avec son penchant pour les

Cicéron, de Nat. deor., I, 42; Tusc. II, 10, et comme les a savamment et judicieusement restitués et assemblés, en 1825 God Hermann, de jEschyli Philocteta; Opusc, t. III, p. 113 et suiv *1828) Or, Il n y a point de temple sans des adorateurs de sa divinité A ne consulter, sur une question poétique, que la fable elle-même, ce Qu'elle raconte des femmes de Lemnos qui, dans un transport jaloux, tuèreni leurs maris, et depuis, unies aux Argonautes, devinrent mères d'un

nouveau peuple (voyez Apo 11. Rhod., Argonautic. I, 602 sqq. ; iv

1^^^,' J^^n^L?^''v ^^i?o^«w«/c. II, 83 sqq.; Stat., Themd. V, i saa • K\]o\\oà Bihhoihecl; Hygin., Fah. xv, cclxxiii, etc.), de leu^

au temps de 1 exil de Philoctète, montrent assez que Sophocle a controdit 1 opinion reçue, en faisant de Lemnos, dans l'intérêt de son «irame un désert. Un auteur presque moderne, il est vrai, mais qui a uavaiUe, onpeut le croire, sur des données antiques, Quintus da -îmyrne, dans le morceau où il raconte, plutôt comme Eschyle et Eu- \T^^T^ ^^"^°i.«, Sophocle, l'histoire de Philoctète {Posthomeric, i\,6à6 sqq), mêle episodiquement à cette histoire celle des femmes

aeLemnOs, Cvoyantpar conséquent aux habitants de cette lie et v

plaçant même une ville gu'il appelle la ville de Vulcain. ' ^

u^' iT *"^ 5*^*^® d'Euripide, au rapport de Dion, un des personna-

«es, homme de Lemnos, nommé Hector, ou plutôt Actor, était donné

SOPHOCLE — 9

SOPHOCLE

fil'

beaucoup moins malheureuse et moins touchante qu'elle ne

le paraît chez Sophocle, qui Ta peint dans un désert, seul avec sa douleur.

Son caractère n'était pas, à ce qu*il semble, moins alTaibli que sa situation. Le héros de Sophocle ne cède

qu^à l'ordre des dieux, et à la voix d'un ami. La Décessité

ne peut rien sur lui. Quand on l'a, par surprise, privé do

cet arc, la défense et le soutien de ses misérables jours, an

milieu de son désespoir et de son égarement, il s'aiTermit

et s'obsiine dans sa résolution désespérée. Il n'en était pas de même chez les deux autres poètes. C'était précisément

par ce moyen que, dans leurs tragédies, Ulysse parvenait à

réduire Philoctète : du moins est-ce ce qu'on peut conjecturer, d'après les paroles de Dion, qui ne s'explique pas là-dessus très-clairemeot.

Ni Euripide, ni Eschyle, n'avaient fait usage de ce

personnage de Néoptolème, si ingénieusement introduit

dans Taction par Sophocle, dont le caractère forme un

si heureux contraste avec ceux d'Ulysse et de Philoctète, et

au moyen duquel l'intrigue se noue avec tant de naturel et d'intérêt.

C'était Diomède, que, d'après une tradition*, dont Sophocle s'est souvenu dans la scène du marchand', tout en s'en écartant judicieusement dans le plan de la tragédie, Euripide avait jugé convenable d'associer à Ulysse. On

ne peut guère concevoir quel était remploi de ce personnage. Nous Tavons déjà dit', comment le faire paraître,

lui l'ami d'Ulysse, le compagnon de toutes ses entreprises,

aux yeux de Philoctète, qui doit, à ce titre, voir en lui un

autre Ulysse, et les unir tous deux dans une même haine, un égal mépris?

Si Diomède ne pouvait remplir convenablement auprès

de Philoctète le rôle qu'y joue Néoptolème, il devenait iné-

comme venant quelquerols visiter Philoctète, et cela n'est pas sans rapport avec ce qu'on lit chez Hygin, Fah., en : « .... quem expo-

« siium pastor régis Actoris, nomihe Phimachus, Dolophionis filius,

« nutrivit. »

î. Voyez l'analyse de i& Petite Iliade^ citée plus haut, p. 97, note 1.

— 2. Y. im sqq. — 3. Voyei j>lus haut, p. 98 sq.

PHILOCTÈTE. 131

ritable qu'Ulysse s'adressât lui-même, et sans intermé-

diaire à son ennemi mortel. Mais eût-il été souffert un seul moment par lui, s'il en eût été reconnu, et pouvait-il ^e pasTetre? C'est cependant ce qu'avaient imaginé Eschyle et Euripide.

Chez Eschyle, Ulysse était tout simplement méconnu

par Philoctète : singulière invraisemblance*, que Dion excuse bien faiblement, par des raisons qui tournent contre celui qu'il veut défendre! Il allègue les changements que dix années ont pu opérer dans les traits d Ulysse, l'isolement où a vécu Philociète, Ja préoccupation de son esprit fatigué par le malheur et la maladie • mais il oubhe combien est fidèle la mémoire d^un ennemi' Ecoutez, et c'est la réfutation du critique, la condamnation du poète, écoutez comment Crébillon fait parler son Atrée, lorsqu après vingt années Thyeste se présente de-

vant lui :

.... Quel son de voix a frappé mon oreille *?

Quel transport tout à coup dans mon cœur se réveille^ D où naissent à la fois des troubles si puissants? Quelle soudaine horreur s'empare de mes sens?*

Toi qui poursuis le crime avec un soin extrême

Ciel, rends vrais mes soupçons, et que ce soit lui-même Je ne me trompe point ; j'ai reconnu sa voix : Voilà ses traits encore.... ah ! c'est lui que je vois • Tout ce déguisement n'est qu'une adresse vaine

Je le reconnaîtrais seulement à ma haine.

Euripide s'y prit autrement qu'Eschyle, mais non plus iieureusement. Renouvelant le merveilleux de l'Odyssée,

i>;?,7n91®^*A5«V^''^^''®? chose étrange 1 qui paraît à Brunck" (JVo^ ad

0 A ' '^^^ """^ invraisemblance. Selon lui, la scène du mar-

rerml^fH. Ph"r^.^?' ^^.^f'"' ^^^P^'^"® ^* ^^^^'^^^ ^^ec laquelle il est

ton? L f >®- ^^'^o^if e» et la suppression de la scène par La Harpe rfjid

out à fai incroyable cette reconnaissance. En faisant le procès à La

1 arpe il le fait aussi a Fenelon, dans le récit duquel Ulysse n'est inloauit que par ces mots, sans aucune autre préparation: « Cependant

ipn^/«r® •• " . - ^"^^ \°'^"J?- n'est-ce pas Ulysse? ». Aussitôt j'en- «am ,nc^ "f'*"' '/ me répond : .< Oui, c'est moi. >> Gela m'a toujouri l'aiu aussi plein de venté que ( eflet *

il supposa que Minerve, la protectrice d'Ulysse, l'avait, en changeant ses traits, rendu méconnaissable aux yeux de Philoctète. Ce moyen, auquel on se prête dans le récit d'une épopée, convient beaucoup moins à la scène, qu'il doit refroidir par son invraisemblance. Qui ne voit, en outre, combien une invention si romanesque est loin

de la simplicité de Sophocle, qui n'a voulu recourir

à l'intervention surnaturelle de la divinité qu'à la fin de sa tragédie, et à défaut de tout autre moyen de la dénouer?

Ulysse ouvrait la pièce, dans un de ces prologues* qu'on a tant reprochés k Euripide, par quelques réflexions

morales, dont la paraphrase de Dion Ghrysostome nous a conservé le sens général et plusieurs citations d'Aristote*, de Plutarque*, de Stobée*, l'expression. D'où vient, disait-il, que, pouvant, comme d'autres, s'abandonner au

repos, il consume sa vie dans de hasardeuses entreprises?

C'est qu'une noble ambition lui fait sans cesse poursuivre

la gloire. Après cet exorde, d'un tour assez élevé, mais

quelque peu déclamatoire, il se rappelait à lui-même,

c'est-à-dire qu'il expliquait au spectateur dans quel dessein il était venu à Lemnos, et comment Minerve, pour l'y aider, avait changé son visage.

Il ajoutait que les Troyens, instruits de l'oracle qui faisait dépendre de Philoctète et de ses armes le destin de Troie, et jaloux de s'attacher ce héros, devaient incessamment envoyer vers lui ; invention excellente, qui ajoutait à

l'importance du sujet, et le rendait plus intéressant par la nécessité imposée à Ulysse de réussir, et de réussir promptement !

A cela près, une telle exposition était bien loin de Tarlifice que nous avons admiré dans la première scène de Sophocle, comme ce qui suivait de la vérité dont nous a paru briller la seconde. Euripide n'avait pomt prêté à

1. Cf. Schol. ad Soph. Philoct., i. - 2. Ethic. Nicomach., Vï, 8; Eihk. Eudem.y V, 8. - 3. De se ipsumlaudando, 14; Ad pî'inc. I.-

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