‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 204 sur 893 · TU XXIX, 15. Cf. Schol. Arisloph., Ran · texte numérisé non relu

TU XXIX, 15. Cf. Schol. Arisloph., Ran

PHILOCTÈTE

son Philoctète ces naïfs et touchants transports que laisse éclater le héros de Sophocle, lorsqu'après tant d'années d abandon et de solitude, il aperçoit des hommes, lorsqu'il reco?inait l'habit grec, cet habit qui lui est encore si cher, lorsqu il entend leur voix et retrouve sur leurs lèvres celle langue quil a apprise dès l'enfance, et que depuis si longtemps d ne parle plus à personnel « Qui que tu sois,

disait-ii, au contraire, à Ulysse, en labordant, que

veux-tu? Gomment oses-tu pénétrer en ces lieux? Est-ce

1 amour du gain qui t'amène près de ma demeure ? Vienstu jomr du spectacle de ma misère?... Tu vois un homme

bien malheureux;... je n'étais pas ainsi autrefois... Mais dou viens-tu?... qui es-tu? . Lorsqu'à cette question, Ulysse, comme Néoptolème, avait répondu : Je suis Grec, Philoctète ne s'écriait pas, ainsi que dans Sophocle, 0

douce parole'] il saisissait ses armes, et, dans un transport

de fureur, voulait en percer Ulysse. Il se peut que cette

sombre misanthropie, qui le saisit à la vue d'un homme et

d un Grec, ne manque pas absolument de vraisemblance.

C est une nature d'exception qui a pu se rencontrer. Mais je préfère cette nature plus générale et plus attendrissante que Sophocle a reproduite.

Ulysse menacé par Philoctète, l'apaisait au moyen dune fable, qui me semble d'une invention malheureuse. II se faisait passer pour un des compagnons de Palamède

condamné à mort, on se le rappelle, sur une accusa^

tion calomnieuse d'Ulysse. Cher Sophocle, qui a suivi

i^uripide en le- corrigeant, Ulysse engage, il est vrai, Néoptolème à le traiter sans ménagement, comme il en a quelque droit, lorsqu'il parlera de lui à Philoctète. Il ne s offensera pas, dit-il, de paroles un peu vives, mais dont 1 ettet peui être utile k ses desseins et aux intérêts de la patrie. On reconnaît là le politique uniquement occupé de son entreprise, et qui lui sacrifie les vains scrupules de la vanité. Mais chez Euripide, quelle différence! N'est-co

pas outrer au delà de toute mesure le caractère d'Ulysse,

mém,, XY. - 2. ibid.

SOPHOCLE

PHILOCTETE.

que lui faire ainsi rappeler une aventure si déshonorante

pour lui, un crime si atroce

La paraphrase s'arrête ici, et, pour le reste de la pièce, nous sommes réduits aux indications et aux éloges de Dion, d'après lesquels nous pouvons supposer qu'Euripide s'était surtout attaché* à peindre l'éloquence d'Ulysse, qu'il lui faisait tenir de longs discours,

remplis de sentences morales et de réflexions politiques. Cette éloquence devait surtout se développer dans une scène heureusement imaginée, où Ulysse disputait aux

envoyés troyens la possession de Philoctète, et débutait par des vers dont Aristote fit, dit-on, au moyen d'un léger changement, une application injurieuse à Isocrate, son prédécesseur dans l'enseignement de la rhétorique*.

c II serait honteux de se taire sur les intérêts des Grecs, et

de laisser parler les barbares ■. »

Sophocle n'a pas fait beaucoup parler son Ulysse, et il n'en a pas moins représenté, avec bien de la vérité, l'homme d'État rusé et l'orateur persuasif. Cette manière vaut

l'autre, et mieux même, à ce qu'il me semble.

En général, dans cette tragédie d'Euripide, telle que la critique peut la restituer, on croit apercevoir, comme dans la plupart des pièces qui nous sont restées de son théâtre, ce tour d'imagination romanesque et cette expression

sententieuse qui altéraient déjà, en quelque chose, dans ses ouvrages , la simplicité , la naïveté primitive de la tragédie grecque, dont Sophocle ne lui avait point offert le modèle, et qu'il eut le bon goût de ne point imiter de

lui.

Il est bien à regretter que Dion nous ait donné si peu de lumières sur la pièce d'Eschyle. Heureusement un tragique romain, Attius, l'avait imitée comme plusieurs

1. Voyez notre 1. 1, p. 135. - 2. Plutarch.. Adv, Colot.y 2; Cic, de

Orat., III, 35; Diog. Laert,, V, 3; Quintil., Instit. orat. III, i. Cf. Valcken., Diatrib.f xi; Matthiae, Euripid. Fragm., t. IX, p. 285.

du même poëte , négligées par ses prédécesseurs ; et , au moyen des fragments latins ajoutés aux fragments

grecs, une savante et . ingénieuse critique* a pu en retrouver quelque chose ; le dessin , par exemple , de la scène d'ouverture , où Minerve , introduisant ellemême Ulysse à Lemnos, l'instruisait des difficultés de

son entreprise et des moyens d'y réussir; d'autres

scènes où Philoctète s'entretenait de ses injures et de

ses misères, d'abord avec les habitants de LeraDos%

ensuite avec Ulysse, qui gagnait adroitement sa confiance

et parvenait à Temmener; d'une scène, enfin, dont Sophocle ne paraît pas s'être inspiré moins heureusement que des précédentes , et dans laquelle Philoctète , prêt à partir, était arrêté par un accès subit de son mal. Il fallait que cette péripétie eût été rendue par le vieux

poêle avec une grande énergie, pour qu'après la forme

nouvelle et admirable qu'elle avait reçue de Sophocle, on

se souvînt encore de la scène originale au siècle de

César', et que, sous les Antonins, Maxime de Tyr en

1. God. Hermann, de jEschyli Philocteta ; Opusc.ji. III, p. 113 sq. Cf. Welcker, Triloq.j etc., p. 8, note 7; p. 563. Depuis, E. A. J. Ahrens, yEschyl. fragm., éd. F. Didot, p. 197, a reproduit, comme offrant le caractère de la vraisemblance, les idées de God. Hermann, dont s'est au contraire complètement écarté J. A. Hartung, Euripid. restitut.y t. I, p. 348, qui a fait servir les fragments du Philoctète d'Atlius à la restitution , non pas de la tragédie d'Eschyle, mais de celle d'Euripide. Cette restitution, approuvée en certains points par 0. Ribbeck, TraQ. iat. reliq., p. 308, est ingénieuse, mais bien hardie.

Le critique semble ne rien ignorer de ce que faisaient et disaient dans la pièce d'Euripide, non-seulement Philoctète et Ulysse, mais les personnap^es secondaires, Diomède, Actor, Paris. Car il y a donné un rôle à Paris d'après un passage de Quintilien, Institut, orat., V, 10, 84,

dont le texte, fort tourmenté, est resté fort incertain, et où il semble qu'on reproche au Philoctète d'Attius de faire remonter bien haut la cause de son infortune en disant à Paris, sans doute par apostrophe : • Si tu eusses été plus maître de tes passions, je ne serais pas maintenant si malheureux. »

si imperasses tibi, ego nunc non essem miser.

2. Là était probablement le vers compare par Aristote, roet.j xxi avec un vers correspondant d'Euripide.

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