Cic, Tusc
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II'
136 SOPHOCLE
rapportât quelques traits * complétés par cette belle citation de Stobée * :
« 0 mort, ne me repousse pas ! toi seule peux guérir les maux désespérés. La douleur n'approche plus des morts. »
Quelque chose de ces belles paroles se retrouve dans le
peu qui reste * d'une tragédie de Sophocle, liée par l'iden-
lité du personnage principal avec celle qui nous occupe,
son Philoctète à Troie''. C'était un Philoctète à Troie
qu'avait aussi composé Achœus ', comme on peut le conclure de ce qui en a été cité, et qui nous est parvenu, un fragment d'une harangue militaire d'Agamemnon *, harangue curieuse à plus d'un titre : par un de ces anachronismes de mœurs inévitables sur tout théâtre et assez fréquents dans la tragédie grecque, l'usage de la trompette
y était attribué aux héros d^Homère, qui ne l'ont point
connu ', et le général des Grecs y poussait, en finissant,
un cri de guerre rarement répété, je crois, par la poésie :
1- Dissert. XIII. — 2. Tit. cxx, 12. — 3. Stob., Tit. cxxi, 7. - 4. Stob., i^td.; Priscian., XVIII; A. Gell, XIÏF. 18. Voyez Brunck. — 5. Voyez sur Achaeus notre tome I, p. 80, 91 sq. , 93. — 6. Suid., V. 'EXeXeù.
7. Virgile a fait comme les tragiques grecs. Au V* livre de VEnéide, V. 113, c'est la trompette qui donne le signal des jeux célébrés en l'iionneur d'Anchise :
Et tuba commissos medio canit aggere ludos ;
a" VI", V. 164, Misène, l'ancien compagnon d'Hector, devenu celui
d'Énée, est loué comme excellant dans l'art d'animer les soldats par les
sons de la trompette et d'allumer la guerre :
Quo non praestantior aller ^re ciere viros, Martemque accendere cantu.
Si Virgile a pu s'autoriser, pour cette addition aux usages retracés
par Homère, de l'exemple des tragiques, peut-être leur duit-il aussi (nous l'avons déjà remarqué t. I, p. 230) cette magnifique expression Martem accendere cantu. «c Enfin la trompette, de ses sons beUi queux
embrasa tout, » dit Eschyle dans le récit de la bataille de Salamine : , làXîTtY^ 8'autî iràvî' £/.£Ïv' i::cVyeY£v.
(JPers., ▼. 395.)
PHILOCTÈTE
f II est temps de les secourir; et c'est moi qui vous conduirai. Que chacun porte la main à la garde de son épée ; que d autres embouchant la trompette, donnent au plus tôt le signal. Il est temps ; hâtons-nous ; héléleul »
L'arrivée du héros au camp des Grecs, sa guérison,
ses exploits, sa victoire sur Paris, ce que raconte, diaprés
les traditions épiques, Quintus de Smyrne *, formait
sans doute la matière de ces tragédies, dont nous ne
pouvons, au reste, cela est bien regrettable, nous faire
aucune idée.
Nous ne sommes pas plus à portée de savoir ce que c'étaient que les Philoctètes donnés au temps de Sophocle et d'Euripide par Philoclès *, après Euripide par Antiphon » et Théodecte *. Le héros y était-il montré à Lemnos ou à
Troie? Des inventions heureuses y renouvelaient-elles, en
quelque chose, des sujets dont de si habiles, de si grands
poètes avaient pris possession? Les renseignements nous
manquent pour répondre à ces questions. Il semble, à
priori, que l'épuisement de la matière devait être embarrassant pour les derniers venus. Théodecte ne se distinguait pas beaucoup de ses prédécesseurs en déplaçant la
blessure du héros, en la transportant de son pied à sa main ; il se trouvait de même sur leur trace lorsqu'il le