‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 213 sur 893 · V. 128-131. Voir, sur cette - 4. V · texte numérisé non relu

V. 128-131. Voir, sur cette - 4. V

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le scoliaste, l'a supposé Corneille dans sa tragédie, et après lui La Motte, pour ne pas avouer qu'i? avait, lui cinquième, succombé à Fattaque d'un seul homme. Pourquoi une version nouvelle substitue-t-elle bientôt aux bri-

gandi. des voyageurs^? Parce que rien n est plus naturel

et plus ordinaire, au sujet d'un fait si obscur, que les

variantes du mensonge et les rumeurs diverses de la

renommée. Enfin pourquoi le témoin du meurtre, qui a

dû reconnaître le meurtrier, ne Ta-t-il pas dénoncé ? Un passage de la pièce ^ semble donner a entendre que, le voyant devenir le roi de Thèbes et Tépoux de Jocaste, une réserve douloureuse lui a fait renfermer son secret. Ainsi dans cette fable, fondée sur une invraisemblance, tout a cependant sa raison, que tantôt le poêle exprime , tantôt

il laisse deviner. L'art discret de Sophocle se contente

quelquefois d'aider l'intelligence du spectateur, et, la mettant Seulement sur la voie de la découverte, lui en laisse

l'honneur et le plaisir.

Œdipe reparaît, et, devant tout le peuple assemble, ordonne à quiconque connaît de quelle main est mort Laïus, à quiconque a été le complice du meurtre, ou même l'assassin, de déclarer ce qu'il sait ou ce qu'il a fait. Il prononce contre le coupable, quel qu'il soit, habitât-il son palais, une sorte d'excommunication terrible qui doit la

séparer du commerce des humains. Il reproche aux Thébains l'indifférence qui leur a fait négliger si longtemps la

vengeance de leur roi, et s'engage à la poursuivre de

tous ses efforts, comme celle d'un homme dont il occupe

le trône, dont il possède la femme, dont les enfants seraient les siens, comme celle de son propre père. Ce morceau est d'un grand effet : Œdipe s'y désigne lui-même à son insu, et chaque expression révèle presque le mystère de sa naissance et de son crime. C'est une beauté que Voltaire a trop négligé d'emprunter à Sophocle. L'im-

précalion qu il met dans la bouche de son Œdipe est doublement vague, et par le choix trop peu précis, trop peu

SOPHOCLE

caractérisé des détails, et surtout par l'absence de ces allusions qui dans le grec jettent sur la destinée du héros une lueur affreuse.

Sophocle est vraiment admirable pour Fart des préparations; dans lin court dialogue il enferme le germe des

soupçons qu'Œdipe doit bientôt concevoir contre Gréon

et contre lui-même.

Pressé par le chœur de consulter Tirésias, Œdipe répond * qu'il l'a envoyé chercher sur le conseil de Créon, circonstance qu'il n'oubliera pas et dont nous devrons aussi

nous souvenir quand l'accusation imprévue du devin

lui suggérera l'idée d'un complot tramé contre son trône et sa vie.

Plus loin ' le chœur lui dit qu'on attribua autrefois le

meurtre de Laïus à des voyageurs. Ce bruit est plus près

de la vérité que celui qui imputait le crime à des bri-

gands, et je ne doute pas qu'il n'ait été glissé à dessein

dans cette scène comme une transition à la découverte du

vrai coupable.

Enfin vont cesser, avec ces rapports confus et contradictoires, toutes les incertitudes. On amène Tirésias, le confident et Tinterprète des dieux, Tirésias, qui seul entre les mortels possède la connaissance de la vérité. Son arrivée, annoncée, attendue, désirée, forme un vrai coup

de théâtre. Quand Tirésias sait pourquoi Œdipe Ta

mandé, il se reproche d'être venu, il maudit son art, il

refuse de parler; mais quand (Edipe, passant de la

prière à la menace, et du respect à l'insulte, l'accuse,

dans un mouvement de colère, d'être lui-même ce coupable qu'il ne veut pas révéler, le devin, s'emporlant à son

tour, réplique, avec plus de vérité, par la même imputation. Provoqué à tout instant avec outrage, il achève de développer la destinée du fils de Laïus et de Jocaste dans

des discours qui devraient frapper le malheureux d'une horrible clarté, et où cependant il ne se reconnaît point.

Comment justifier, comment expliquer cet aveuglement, 1. V. 277, S(i. — 2. V. 2S1.

OEDIPE ROI

souvent criliqué comme une grave invraisemblance*? par l'adresse avec laquelle Sophocle préoccupe son ŒJipe de soupçons contre Gréon. Ces soupçons datent déjà de loin, et ici il nous faut encore admirer la trame si ariistemenl

ourdie d'une fable en apparence si simple.

Dès la première scène, Œdipe se plaint des lenteurs de

Gréon. Plus loin il conjecture que ces brigands, qu'on

croit les assassins, ont été soudoyés par quelqu'un qu'il

ne nomme point, mais qui probablement, c'est l'avis du scoliaste, est Gréon. Dans son imprécation contre les coupables, quels qu'ils soient, il a soin de comprendre" ceux même qui se trouveraient habiter son palais, et cette prévoyance ne peat gaère regarder encore que Gréon. Si Gréon a voulu attenter sur les jours de Laïus, c'est que sa

naissance lui donnait des prétentions au trône de Thèbes;

la mort ou l'exil d'Œdipe , en le préservant de toute

fâcheuse découverte, favoriserait de nouveau les projets

de son ambition. Est-il si peu naturel qu'Œdipe, qui a

sur son parent de tels doutes, Œdipe, qui ne sait que par lui la réponse de Delphes, et n'a consulté Tirésias que par

son conseil, dans l'étonnement et l'indignation où le jette une accusation que dément la conviction de son innocence, se croie en butte à un complot, et que, plein de cette idée,

il porte d'abord sur autrui des soupçons qui bientôt retomberont de tout leur poids sur lui- même?

Cette scène me paraît donc inattaquable pour la vraisemblance, et quant à la conduite, c'est un véritable

chef-d'œuvre. Rien de plus vif et de plus naturel que

ces mouvements passionnés qui, entraînant tour à tour les deux interlocuteurs, l'un en dépit de ses égards respectueux, Tautre, malgré sa réserve compatissante, font tout à coup éclater dans la dispute le fatal secret. Les devins, les prophètes, nous le voyons par les récits de la

Bible comme par les fictions d'Homère, ont souvent été

pour les hommes l'objet d'un doute méprisant, d un ressentiment haineux. Souvent aussi ils ont mêlé à l'exer-

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