V. n% 738-9. - a. Acte IV, sc
OEDIPE ROI
et qu'avant Sophocle, Eschyle, traitant le même sujet,
n'avait pas non plus omise *. Œdipe maintenant, tout
iuDOcent qu'il se croit d'abord de ce que lui impute le grand prêtre, finit par se reconnaître confusément dans
ses accusations. Il songe avec trouble au meurtre qu*il a commis, aux menaces de parricide et d'inceste qui lui
furent adressées , et qu'il retrouve , chose étrange ! dans
les récits de Jocaste. Il est plus frappé d'une conformité
que le poète à dessein a rendue plus complète. La scène
de Sophocle le conduit, ou peu s'en faut, à la conviction qu'il est le meurtrier de Laïus ; la scène de Voltaire le
pousse plus avant sur la trace de sa destinée, jusqu'k lui faire soupçonner, sans pouvoir le comprendre, que Laïus était son père, et que cette Jocaste, qui l'écoute en frémissant, est sa mère en même temps que sa femme. De Ik,
avec une disposition nouvelle et très-heureuse qu'il serait
minutieux d'indiquer, un effet plus frappant encore, plus
de terreur, plus de pathétique.
Des exemples rendront plus sensible cette différence
Quand Jocaste dit k Œdipe, qui s'informe curieusement de Laïus, que ce prince avait quelque chose de ses traits et de
son air *, ce mot si simple mais si terrible, produit dans la pièce de Sophocle et dans celle de Voltaire des effets fort divers; il ne trouble chez l'un que le spectateur, qui devine la vérité ; chez l'autre il trouble Œdipe lui-même qui déjà
la soupçonne :
JOCASTE
Seigneur, qu'a ce discours qui vous doive surprendre?
ŒDIPE
J'entrevois des malheurs que je ne puis comprendre.
Il en est de même pour ces vers par lesquels finit Voltaire et dont Sophocle ne lui avait pas offert le modèle :
L'un d'eux, il m'en souvient, déjà glacé par l'âge,
Couché sur la poussière, observait mon visage ;
l. Schol. Sophûcl. ad. OEd. Eeg. v. 721. - 2. V. 751.
ne SOPHOCLE.
Il me tendit les bras, il voulut me parler ; De ses yeux expirants je vis des pleurs couler;
Moi-même, en le perçant, je sentis dans mon âme, Tout vainqueur que j'étais.... Vous frémissez, madame !
Quelle lueur sinistre illumine tout à coup la scène et pénètre dans l'âme des deux infortunés ! Jocaste elle-même, on le devine, a tout pressenti.
Celte voix du sang, qui, dans ce récit, parle à (Edipe immolant son père, Vollaire, dans un autre récit *, l'avait déjà fait entendre à Jocaste épousant son fils. Depuis il en troubla, dans des situations à peu près pareilles, son Seïde, sa Sémiramis, d'autres encore de ses personnages tragiques. Elle a quelque chose de fort théâtral assurément, mais qui n'est peut-être que théâtral et appartient plus aux
conventions de Tart qu à la nature.
Rien de convenu chez Sophocle, qui semble, ici comnae partout prendre à tâche de ramener le merveilleux luimême au naturel et au vraisemblable par la précision souvent familière des détails. Il se conformait en cela à Tespiit de la tragédie grecque, comme Voltaire suivait les traditions de la nôtre, lorsque dans son imitation il élaguait tous ces détails qui lui semblaient manquer de noblesse, et que par des formes de récit d'une généralité pompeuse et éclatante, par des développements déclamatoires, et des amplifications descriptives qui plaisaient à la jeunesse de
son talent, il recherchait des effets plus frappants sans doute, mais aussi plus factices.
C'est moins à une erreur de goût de Voltaire qu'à Tenapire de l'usage, qu'il faut attribuer certaines formules cérémonieuses par lesquelles cette belle scène serait refroidie, si elle pouvait l'être. Je n'aime pas, je l'avoue, que, dans une telle sir jation, Jocaste soit assez maîtresse d'elle-même pour dire v poliment à Œdipe :
Et je m'applaudissais de retrouver en vous,
Ainsi que les vof lus, les traits de mon époax.