‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 221 sur 893 · V. 1166. — 3. V. 1172 sq · texte numérisé non relu

V. 1166. — 3. V. 1172 sq

SOPHOCLE

Sophocle sait rassembler artistement les fils de son intrigue ; car il ne faut pas lui prêter, avec Voltaire, cette étrange distraction, d'oublier que la vengeance de la mort de Laïus est le sujet de sa pièce', ou, pour parler plus exactement, une moitié de ce sujet. • mi j La confrontation, la reconnaissance des deux vieillards qui se sont vus autrefois sur le Cithéron, où ils gardaient pendant les trois quarts de Tannée, du printemps à l'hiver, l'un son propre troupeau, l'autre ceux de Laïus, charment par un naturel familier, fréquent dans la tragédie grecque, / ei qui contraste ici avec la sombre majesté des royales I infortunes de la maison de Labdacus. Celte^ heureuse ' opposition manque à la pièce de Voltaire. La rigueur de notre étiquette tragique n'a pas permis d*y admettre de simples bergers; il a fallu en faire un Icare, /auori du roi de Gorinthe, un Phorbas, conseiller du roi de Thèbes*; changement malheureux, même pour la vraisemblance, si

le mouvement et l'intérêt de la pièce laissaient au spectateur le loisir de se demander comment ces nobles personnages ont pu se rencontrer, à point nommé, sur une montagne, dans une solitude, pour exposer et sauver

Œdipe.

A peine le berger de Gorinthe a-til dit au serviteur de Laïus un mot de cet enfant qu'il en reçut autrefois, que celui-ci se trouble. C'est bien pis quand il lui déclare tout joyeux que cet enfant est Œdipe. Le vieillard fait, comme avait fait Jocaste, de vains efforts, pour détourner le cours de rinévilable explication. 11 faut qu'il réponde aux pressantes , aux menaçantes questions d'Œdipe , emporté malgré lui, comme le représente si bien Pîutarque^ d'après Sophocle, par la double fatalité de sa passion qui l'entraîne et du destin qui le pousse : mais que ses réponses sortent avec peine de sa bouche, qu'il est ingénieux à les rendre incomplètes pour retenir le plus qu'il pourra de l'affreux secret! L'interrogatoire va plus vite

Page 1