‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 225 sur 893 · Jugement sur OEdipe · texte numérisé non relu

Jugement sur OEdipe

SOPHOCLE

honoraient à l'égal des dieux! au seiu d'éternelles ténèbres où se perd sa voix gémissante *, en proie à la double angoisse de la souffrance physique et de la douleur morale, épouvanté de lui-même, n'osant prétendre à la pitié et surpris de l'obtenir. Mais, dit le poëte, il serait plaint même d'un ennemi *. Comme dans la belle scène du retour d'Ajax à la raison*, et d'après une distribution métrique assez ordinaire k la tragédie grecque, le trouble, le tumulte de ses sentiments s'expriment par le libre et impétueux mouvement d'une suite de strophes, jusqu'au moment où des pensées plus rassises, des discours plus

suivis justifient la reprise des ïambes. Il s'agit de répondre au chœur, qui ne peut comprendre comment il n a pas préféré la mort à la vie qu'il s'est préparée. La mort, dit-il, était un châtiment trop au-dessous de ses forfaits. Et puis (il faut entrer ici dans les idées des anciens qui croyaient que les mutilations du corps se perpétuaient

jusque dans son ombre*), eût-il supporté aux enfers la vue de son père, de sa mère; sur la terre, celle de ses

enfants, celle même de sa ville natale? Non; il lui conve-

1. V. 1299. — 2. V. 1285. Cf. Sophocl., 4/., 922; Tyr., fragm. x, 8.

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