‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 232 sur 893 · T. I-, p. 1.9 6(jq · texte numérisé non relu

T. I-, p. 1.9 6(jq

OEDIPE A COLONE

plus sérieux? N'est-ce pas même par eux que se sont conservés certains passages des tragiques ? Quand ce que

nous avons d'eux ne l'établirait pas, ne suffirait- il pas, pour être en droit de Taffirmer, des révélations du Dandin

d'Aristophane sur les passe-temps du tribunal, où le peuple jugeur, tout en gagnant son triobole, n'entendait pas s'ennuyer , et savait bon gré à quiconque trouvait moyen d'égayer son affaire : « Si l'acteur Œagrus est cité en justice, nous ne le renverrons pas absous qu^l ne

nous ait récité quelque beau passage de Niobé*. »

Je me suis à dessein dépaysé par cette citation d'Aristophane, pour ne pas paraître trop oublier la gravité de mon

sujet, en rapprochant, d'après un spirituel récit *, de l'aventure de Sophocle, une aventure tout à fait semblable arrivée, j'ose à peine l'écrire, à Tabbé Gotin.

« Dans sa vieillesse, il céda une partie de sa fortune à un de ses amis contre une pension viagère. Ses parents ayant voulu le faire interdire, il invita ses juges à venir

l'entendre prêcher, et son éloquence, Téloquence de

Tabbé Colin ! produisit tant d'efl'et sur eux, qu'ils condamnèrent les parents de l'orateur à une amende et aux

dépens. »

Mais c'est assez s'arrêter à la défense d^me anecdote que la criiique, d'ailleurs, contesterait en vain; elle plaît à l'imagination qui s'obstinera toujours à y croire •. On

1. Arisloph., Vesp., 592 sq. — 2. Journal des Débats, 28 mars 1829, arlicle de M. V. Le Clerc.

3. Millevoye, dans son poème intitulé : Les 'plaisirs du ;>oèîe, l'a racontée à son tour, en assez beaux vers :

Sophocle avait des fils, dont les cœurs endurcis

Avides d'envahir son tardif héritage,

D'un vieillard importun accusaient le long âge.

Ils feignent que lei r père, indigne de son art, N'agit, ne pense plus, ne vit plus qu'au hasard, Et que de sa raison par les ans allaihlie Le tlambeau pâlissant s'éteint avec sa vie.

Sophocle est accusé par ses enfants ingrats, Et Sophocle esteonduit devant les magistrats Calme, parmi les flots d'un nombreux auditoire,

Il s'avance escorté de soixante ans de gloire. On l'interroge ; alors Uvant avec fierté Un front où luit déjà son immortalité :

206 SOPHOCLE

aime k voir dans Y Œdipe à Colone, dans les scènes où le

chœur déplore les maux qu*apporle un grand âge , où

Œdipe loue la piété d'Antigone et maudit l'ingrat Polynice, le plaidoyer dun père outragé; on se figure le procès recommençant au théâtre , et Sophocle vengé par les applaudisssments du public, comme il l'avait été par les suffrages des j uges .

Cette satisfaction fut bien tardive, si l'on en croit ce

que rapporte un argument de la pièce assez récemment

découvert et publié * , que l'Œdipe à Colone fut représenté

sous Tarchonte Micon, quatre ans seulement après la

mort de Sophocle , et par les soins de son petit-fils Sophocle le jeune , celui-là même qui avait donné occasion au drame domestique, peut-être exprimé dans cette tragédie.

Ce nouveau texte a suscité parmi les savants de nouvelles disputes. Gomment concilier les quatre ans d'intervalle qu'il met entre la mort de Sophocle sous l'archonte

Caillas et la représentation de la pièce sous Tarchonte

Micon , avec ce qui se lit chez Diodore de Sicile *, que ce

fut cinq ans après Callias , et sous Lysias , la quatrième

année de la xcv* olympiade , que Sophocle le jeune commença à faire jouer des pièces de théâtre? Est-ce bien

«« Entre mes fils el moi que l'équité prononce !

« Sages Athéniens, écoutez ma réponse. »

Il dit, et fait entendre à ses juges surpris

Le dernier, le plus beau de ses nobles écrits;

Il lit Œdipe ! il lit, et sa froide vieillesse

Se réchauffe un instant des feux de la jeunesse.

Ces longs cheveux blanchis, cette imposante voix,

Ce front qu'un peuple ému couronna tarit de fois, Portent dans tous les cœurs une terreur sacrée ;

I>e juge est attendri, la foule est enivrée;

Ses fils mêmes, ses fils tombent à ses genoux,...

Les pleurs ont prononcé, le grand homme est absou".

1. C'est ce qui résulte de cette note de C. Fr. Hermaiin, ouvrage déjà cité, p. 39 : « E.x copiis Victorianis, quae Monachii ass^^rvantur, primus edidit Thierschius in actt. Philoll. Menace, t. I, p. :i2'2; mox

ex ipsis membranis Laurentianis Elmslejus in edilionesua, Oxon, 1823, 8. » Voyez cet arguaient dans l'édition de Boissoaade, où il est rap-porté le troisiènue.

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