‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 235 sur 893 · W. Schlegel · texte numérisé non relu

W. Schlegel

nord, tel que le cimetière d'Iiaralet, par exemple, ou la

bruyère des sorcières de Macbeth, ces figures dépaysées

d'Œdipe et d' Antigone dont autrefois, dans le modèle, la

lumière méridionale d'un paysage grec éclairait les tragiques

douleurs.

Une erreur d'un autre genre, due à la préoccupation d'une fausse dignité, c'est celle de Chénier, qui prêle à l'aveugle et à sa conductrice, en peine de leur chemin, dans une situation que Sophocle a voulu conserver si ordinaire, ce pompeux dialogue :

Quelle cité, ma fille, a- frappé tes regards?

— Athènes, si j'en crois l'orgueil de ses remparts*.

Les personnages de la scène grecque disent plus simplement les choses simples :

« Sais-tu où nous sommes? — Près d'Athènes, je crois; tous les voyageurs nous l'ont dit sur la route, et j'en aperçois de loin les tours*. »

Qui les tirera d'embarras? un passant que Sophoclerleur envoie fort à propos et fort raisonnablement ; car les

choses vont ordinairement ainsi. Cela a paru par trop commun à Ghénier, qui a supprimé le passant. Cet homme,

aux premières paroles que lui adresse Œdipe, l'interrompt

pour Tavertir qu'il s'est placé, par mégarde, dans un

lieu dont l'accès est interdit, dans une enceinte consacrée aux filles de la Terre et de la Nuit, qu'en ce pays on appelle Euménides. Mais, loin de s'effrayer à leur nom, Œdipe se déclare leur suppliant et refuse de quitter l'asile dans lequel le hasard, ou plutôt, comme il va le dire tout à l'heure, le destin lui-même l'a conduit. Le passant

n'ose prendre sur lui de l'en faire sortir ; il s'en va consulter à ce sujet ses concitoyens, non sans satisfaire auparavant, en plusieurs choses, la curiosité d'Œdipe et la nôtre. Ainsi, ce bois sacré des Euménides est situé dans

le bourg de Golone, celui qu'on appelle Téquestre en

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