‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 237 sur 893 · Y. 1005. - 2 0(/., I, xxn · texte numérisé non relu

Y. 1005. - 2 0(/., I, xxn

SOPHOCLE

proches pour les retenir malgré lui, ni surtout qu'elle daignât jamais donner asile à un parricide, à un incestueux, au père d'une race odieuse. Admirez avec quel art l'accusé se transforme en accusateur et met en cause à son

tour et les Athéniens et leur hôte. Cet art, au reste, ne lui réussit guère : l'indignité de tels outrages, qui retombent sur sa propre sœur et s'adressent à des malheureux que le destin seul a faits coupables, est éloquemment relevée par Œdipe dans une véhémente tirade, dont le seul défaut était de reproduire, peut-être un peu longuement, des apologies plus d'une fois déjà entendues dans celte pièce. Assez de discours, pouvait dire le spectateur avec Thésée*, qui emmène enfin Gréon, décidé à le garder en otage jusqu'à ce qu'on lui ait remis ou qu'il ait

repris les filles d'Œdipe. Le chœur, resté seul, remplit à l'ordinaire, par un brillant iutermède, le moment où Taction se transporte hors de la scène. Ces vieillards, que la faiblesse de l'âge retient à Golone, s'élancent par la pensée sur la trace de leurs jeunes compatriotes poursuivant les ravisseurs ihébains. Leur imagination se plaît à les chercher dans les lieux divers où elle place tour à tour la rencontre et le combat; elle remplit des détails d'une topographie toute poétique, toute fabuleuse, comme dit Horace % d'harmonieuses strophes oii se complète le panégyrique d'Athènes, souvent repris dans cette pièce, et son véritable sujet autant que la mort d'Œdipe.

Antigone, en mes bras, c'est bien toi que je presse? — Le vainqueur de Créon vous rend à ma tendresse.

Ces vers par lesquels s'ouvre sèchement le quatrième acte de l'imitation de Ght'nier, ne laissent guère soupçonner de quelle scène charmante ils tiennent la place. Où

est la joie du vieillard, joie inespérée, dont les premiers transports lui font quelque temps oublier d'en remercier l'auteur? Les paroles d'Antigone qui le rappellent plus

OEDIPE A COLONE

d'une fois à ce devoir, celles par lesquelles il s'excuse, par lesquelles l'excuse Thésée d'avoir fait parler sa tendresse avant sa reconnaissance, sont des tf-aits aussi ingénieux que naturels, qui expliquent, en l'exprimant, celte beauté de sentiment, et où le poète est, comme ailleurs, sans affectation, son propre commentateur.

Il se commente encore, sans plus de profit pour Chénier, lorsqu'il fait dire à Thésée, non pas :

J'ai rempli mes serments. Gréon et ses soldats Déjà loin de nos murs précipitent leurs pas. Les Thébains n'ont trouvé qu'une fuite sanglante, Non ce que prétendait leur audace insolente ;

mais plus simplement :

« Je ne t'avais point fait une vaine promesse, ô vieillard. Je

te les ramène, sauvées du sort dont on les menaçait. Comment ai-je obtenu cet avantage? te le dire serait vanité : tu auras tout le loisir de l'apprendre de tes filles '*. >

L'imitateur français n'a pas mieux compris, mieux rendu, l'art des préparations par lesquelles Sophocle, à la

fin de celle scène, introduit dans sa tragédie, avec un

nouveau personnage, un nouvel intérêt, celui du dernier, du plus redoutable assaut livré à l'immuable résolution

d'Œdipe. Ce n'est plus, comme tout à l'heure, contre la fourberie et la violence de Gréon qu'il lui faudra lutter;

mais contre les prières de son fils Polynice, ajoutons contre l'appui que prêtent à ce prince coupable, mais repentant et malheureux, la compassion de Thésée, la tendresse d'Anligone.

G'est Thésée qui se charge de l'annoncer, mais d'abord sans le nommer, sollicitant d'Œdipe un moment d'entretien pour un étranger, réfugié à l'autel de Neptune, qui voudrait lui parler, pour un de ses parents, comme lui

Thébain, maintenant habitant d'Argos. Lorsqu'Œdipe

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