‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 245 sur 893 · V. 434 £qq · texte numérisé non relu

V. 434 £qq

Nous voilà bien loin de l'héroïque et SuLllme enthousiasme du début -, le poëte qui va bientôt nous reporter à

cette hauteur, nous en a fait progressivement descendre

par les peintures, si habilement variées, de la vertu timide,

de l'hypocrite tyrannie, de la complaisante servilité, plaçant aux degrés extrêmes de cette échelle morale ce qu'il y a de plus élevé et de plus bas dans notre nature, le dévouement et l'égoïsme; nous donnant, dans son œuvre simple et vaste- la mesure entièr3 du cœur humain. Ainsi composait Corneille, quand autour de son Nicomède, de son Polyeucte, il groupait les figures bien nobles encore

d'Attale, de Pauline, de Sévère, et que dans un com de

ces tableaux où l'héroïsme ressortait par le contraste d'une vertu moins haute et moins fière, il ménageait une place aux lâches terreurs d'un Félix ou d'un Prusias, aux basses intrigues d'une Arsinoé et d'un Flaminius ; détails

famiUers qu'une critique étroite a blâmés au nom de je ne sais quelle dignité factice. Tel était l'art de ces artistes italiens, qui ont reproduit, par une heureuse conformité

de génie, les formes pures et la touche naïve de la poésie

grecque. Voyez comme dans ces représentations de martyres, au milieu de toutes ces expressions diverses d'affections terrestres et vulgaires, où se peignent en traits vivants la froide et officielle dureté des juges, la brutale

fureur des bourreaux, la curiosité indiflerente ou la muette pitié de la foule, rayonne sur le visage du saint, altéré par

les souffrances du corps, la joie sublime de l'âme et son

céleste espoir !

C'est par une disposition toute semblable que se détache, dans le tableau de Sophocle, la figure d'Antlgone. vers laquelle nous ramène tout ce qui l'entoure, sur laquelle se fixent enfin nos regards. Qu'on se représente les

vieillards de Thèbes pleins d'un étonneraent douloureux

qu'ils craignent de laisser paraître ; qu'on se représcnle

Créon cachant sous une apparente froideur la joie do trouver un coupable dans un ennemi, et devant eux Antigone prête à répondre de son action. Quelle attente devaient exciter ses paroles, que, par une suspension ha-

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