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bile, un artifice familier aux Grecs*, retardaient quelques
moments encore les récits du garde et les questions du
tyran ! Le poète ne restait pas au-dessous de cette attente
et la surpassait même par la grandeur imprévue de son dialogue et de ses pensées.
CRÉON
t Et vous, vous qui tenez vos yeux attachés à la terre, ne niez- vous pas ce dont on vous accuse?
ANTIGONE
Non, je ne le nie pas; au contraire, je l'avoue.
CRÉON
Quoi donc! jynonez-vous la défense que j'avais faite?
ANTIGONE
Je la connaissais : pouvais-je l'ignorer? elle était publique.
CRÉON
Et comment avez-vous osé braver cette loi?
ANTIGONE
C'est que ni Jupiter, ni la Justice, concitoyenne des dieux infernaux, aucun de ces dieux qui ont donné des lois aux hommes
ne lavaient promulguée; et je ne pensais pas que vos arrêts
dussent avoir tant de force, que de faire prévaloir les volontés (i un homme sur celles des Immortels, sur ces lois qui ne sont point écrites, et qui ne sauraient être efTacées. Ce n'est pas
d aujourd hiu, ce n'est pas d'hier qu'elles existent; elles sont de tous les temps, et personne ne peut dire quand elles ont commencé». Devais-je donc, par é^ard pour les pensées d un homme, refuser mon obéissance aux dieux? Je savais qu'il me fallait mourir : pouvas-je l'ignorer, quand vous n'eussiez pas d'avance