‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 253 sur 893 · Peut-être cependant est-elle indiquée aux vers 1023 sqq · texte numérisé non relu

Peut-être cependant est-elle indiquée aux vers 1023 sqq

4. Phryges sive llectoris hjtra, fragm u; Stob., lit. cxxv, 7.

2' 8 soruocLE.

Mais il avait ajouté religieusement :

a Némésis est plus forte que nous; la justice poursuit sur

nous la vengeance de celui qui n'est plus; »

absolument ce qu'a dit si bien, dans un ouvrage heureusement inspiré par Tesprit de la Grèce, un de nos poètes dramatiques :

On ne fait point aux morts d'outrages impunis;

Il est des dieux vengeurs près des tombeaux assis '.

Ce qui distinguait davantage les deux tragédies, ce qui doit paraître chez Euripide, qu'il ait en cela changé Sophocle ou été changé par lui, une nouveauté hardie , c'est que, dans sa pièce , la passion amoureuse avait son rôle. Il est permis de le conclure d'un vers où Hémon , qui, dans la tragédie de Sophocle, témoigne si énergiquement

son amour, mais n'en dit pas un mot, s'écriait, sans doute en se défendant contre les reproches de Gréon :

« J'aimais et l'amour trouble la raison des hommes '. »

Euripide avait-il prêté, comme il est vraisemblable, des sentiments pareils à Antigone? La dernière scène des Phéniciennes^ dans laquelle' elle rejette, avec tant de dédain et d'emportement, la main du fils de Créon, pourrait faire supposer le contraire. Mais on sait que les tragiques grecs ne se piquaient pas toujours d'établir entre

les ouvrages divers qu'ils empruntaient à un même cercle d'aventures une bien exacte concordance; que même, d'un ouvrage à l'autre, il leur arrivait de se contredire. Des témoignages anciens % rapprochés de cei tains fragments, ont permis de supposer^ qu'Antigone était aidée par

1. M.Lebrun, Ulysse, acte IV, se. n. — 2. Fragm. vu: Stob., tit. Lxiv, 4. — 3. V. 1672 sqq. — 4. Aristoph. Byz., Argum. Antig, Soph.; Schol. Soph. Antig. extr.

5. Voyez, avec le chapitre de J A. Hartung, tout à Theure rappelé, la restitution plus discrète, proposée depuis par F. G. Wagner Euripid. fragm. edit. F. Didot, I8i6, p. 656 sqq. Chez l'un et chez {'autre,

sont discutées des idées différentes émises précédemment par M. Welc-

ker.

ANTIGO^ E.

Hémon dans sa pieuse entreprise ; que tous deux, unis

par le même péril, comme ils l'avaient été par un dévouement pareil, étaient sauvés au dénoûment grâce à une de ces interventions merveilleuses si aimées d'Euripide, par l'intervention du dieu de Tlièbes,Bacchus, venant intimer

à Gréon la volonté des dieux, et terminant la tragédie,

moins tragiquement certes qu*elle ne se terminait chez

Sophocle, par le mariage d'Antigone et d'Hémon, et même par l'annonce de leur future postérité.

Un grand poète de notre temps, M. Manzoni, dans un excellent morceau de critique, plus célèbre qu'it n'est connu *, a si bien montré sous quel aspect Sophocle avait saisi son sujet, et par là, implicitement et à son insu, si bien distingué cette conception de la conception déjà moderne d'Euripide, que je croirais faire tort à mes lecteurs en ne transcrivant pas ici ce passage, bien qu'assez

étendu. M. Manzoni y conteste, d'après la pratique des

Grecs et en particulier le plan de V Antigone de Sophocle,

la nécessité, admise par le critique français auquel ilj-é-

pond, de déterminer dès le premier acte du drame la position et les desseins de chaque personnage.

a .... Hémon est un personnage très-intéressé dans l'action de V Antigone; il Test même par une circonstance rare sur le théâtre grec; c'est le héros amoureux de la pièce: et cependant, non-seulement il n'est pas annoncé dès le premier acte, si acte il y a; mais c'est après deux

chœurs, c'est vers la moitié de la pièce, qu'on trouve la

première indication de ce personnage. Sophocle pouvait

néanmoins le faire connaître dès l'exposition ; il le pouvait d'une manière très-naturelle, et dans une occasion qu'un poëte moderne n'aurait sûrement pas négligée. La tragédie s'ouvre par l'invitation qu'Antigone fait à sa sœur Ismène d'aller, avec elle, ensevelir Polynice leur frère, malgré la défense de Gréon. Ismène ob-

1. C'est une Lettre à M. C*** (Chauvet), sur Vunité de temps et de lieu dans la tragédie, que M. Fauriel a publiée en 1823, à la suite de

sa traduction des tragédies de M. Manzoni, le Comte de Carmagnola

et Adelghis,

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SOPHOCLE

jecte les difficultés insurmontables de l'entreprise, leur commune faiblesse, la force prête à soutenir ia loi injuste et la peine qui en suivra l'infraction. Quelle heureuse occasion Sophocle n'avait-il pas là de mettre dans la bouche d'Antigone les plus beaux discours au sujet d'Hémon, son amant, son futur époux, le fils du tyran, de

jeter en avant l'idée du secours que les deux sœurs auraient pu attendre de lui ! Le poëte ne trouvait pas seulement, dans ce parti, un moyen commode et simple d'annoncer un personnage, mais bien d'autres avantages plus

précieux encore dans un certain système de tragédie. Il nouait fortement, par là, l'intrigue dès la première scène ; en signalant des obstacles, il faisait entrevoir des ressources, et tempérait, par quelques espérances, le sentiment du péril des personnages vertueux; il annonçait une lutte inévitable entre le tyran ialoux de son pouvoir et le nls cheri de ce tyran ; en un mot il excitait vivement

la curiosité. Eh bien ! tous ces avantages, Sophocle les a

négligés ; ou, pour mieux dire, il n'y avait, dans tout cela,

rien, non, rien que Sophocle eût regardé comme avantageux, comme digne d'entrer dans son plan.

« Vous vous souvenez, monsieur, de la réponse qu'il fait faire par Antigone à Ismène ? « Je n'invoque plus <c votre secours, dit- elle; et si vous me l'offriez maintece nant, je ne l'agréerais pas. Soyez ce qu'il vous plaît • d'être : moi, j'ensevelirai Polynice, et il me sera beau

ce de mourir pour l'avoir enseveli. Punie d'une action « sainte, je reposerai avec ce frère chéri, chérie par lui;

« car nous avons plus longtemps à plaire aux morts « qu'aux habitants de la terre *. » Voyez, monsieur, comme tout souvenir d'Hémon aurait été déplacé dans une telle situation ; comment, à côté d'un tel sentiment, il l'aurait dénaturé, affaibli, profané? C'est un devoir religieux qu'Antigone va remplir: une loi supérieure lui dit de braver la loi imposée par le caprice et par la force. Ismène seule, à ses yeux, a le dro**. de partager son péril,

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