‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 255 sur 893 · Voy. plus haut. p. 277, note · texte numérisé non relu

Voy. plus haut. p. 277, note

2. C'est par conjecture et corrigeant un passage peu intelligible (l'Athénée, que Fr. G. Wagner, Poet. trag. grœc. fragm., édit. F. Di-

tlot, p. 155, attribue une Antigone à l'Étoile Voyez sur ce poëte notre lo.no I, p. 119.

SOPHOCLE

AN"-IGONE.

jecte les difficultés insurmontables de l'entreprise, leur commune faiblesse, la force prête à soutenir la loi injuste

et la peine qui en suivra l'infraction. Quelle heureuse

occasion Sophocle n'avait-il pas là de mettre dans la bouche d'Antigone les plus beaux discours au sujet d'Hémon, son amant, son futur époux, le fils du tyran, de

jeter en avant l'idée du secours que les deux sœurs auraient pu attendre de lui ! Le poète ne trouvait pas seulement, dans ce parti, un moyen commode et simple d'annoncer un personnage, mais bien d'autres avantages plus précieux encore dans un certain système de tragédie. Il nouait fortement, par là, l'intrigue dès la première scène ; en signalant des obstacles, il faisait entrevoir des ressources, et tempérait, par quelques espérances, le sentiment du péril des personnages vertueux; il annonçait une lutte inévitable entre le tyran jaloux de son pouvoir et le fils chéri de ce tyran; en un mot il excitait vivement

la curiosité. Eh bien ! tous ces avantages, Sophocle les a

négligés ; ou, pour mieux dire, il n'y avait, dans tout cela, rien, non, rien que Sophocle eût regardé comme avantageux, comme digne d'entrer dans son plan.

« Vous vous souvenez, monsieur, de la réponse qu'il fait faire par Antigone à Ismène ? « Je n'invoque plus « votre secours, dit-elle; et si vous me l'offriez maintece nant, je ne l'agréerais pas. Soyez ce qu'il vous plaît • d'être : moi, j'ensevelirai Polynice, et il me sera beau ^t de mourir pour l'avoir enseveli. Punie d'une action

« sainte, je reposerai avec ce frère chéri, chérie par lui;

« car nous avons plus longtemps à plaire aux morts

« qu'aux habitants de la terre *. » Voyez, monsieur,

comme tout souvenir d'Hémon aurait été déplacé dans une telle situation ; comment, à côté d'un tel sentiment,

il l'aurait dénaturé, affaibli, profané? C'est un devoir religieux qu'Antigone va remplir: une loi supérieure lui dit de braver la loi imposée par le caprice et par la force. Ismène seule, à ses yeux, a le dro't de partager son péril,

i. V. 69 sqq.

parce qu elle est sous le même devoir. Qu'est-ce qu'un amant serait venu faire dans tout cela? et comment les chances d'un secours humain pouvaient -elles entrer dans

les motifs d'une telle entreprise?

»< Ainsi donc, comme toute cette partie de l'action

marche naturellement sans l'intervention d'Hémon ,

comme sa présence et son souvenir même y seraient inutiles et d'un effet vulgaire, le poëte s'est bien gardé d'y avoir recours. Mais lorsqu'Hémon commence à être intéressé à Faction, Sophocle le fait annoncer et paraître un

moment après. Antigone est condamnée, l'épouse* d'Hémon va périr; celui-ci est appelé par l'action même, et il se montre. Sa situation est comprise et sentie aussitôt qu'énoncée, parce qu'elle est on ne peut plus simple. Hémon vient devant son père défendre la vierge qu'il

aime, et qui va mourir pour avoir fait une action commandée par la religion et par la nature ; c'est alors et alors seulement qu'il doit être question de lui.,.. »

Cette citation de l'illustre Italien, d'un tour si français comme toute la dissertation, et, comme elle aussi, en assez grand désaccord avec les règles autrefois admises dans notre poétique, n'a pas seulement pour nous l'avantage de résumer la tragédie de Sophocle, d'en expliquer de nouveau l'esprit et l'économie. La tragédie d'Euripide, que l'auteur n'avait point en vue, s'y trouve elle-même comprise ; elle a en effet, comme par pressentiment d'un art nouveau, devancé ces combinaisons dramatiques, auxquelles il est fait ici une allusion peu favorable, mais dont d'autres* l'ont louée comme d'un renouvellement heureux, d'un perfectionnement de la fable de Sophocle.

Des deux Antigones qui, chez les Grecs, fermèrent la carrière, à ce qu'il semble^, une seule s'est maintenue.

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