Voy. plus haut. p. 277, note
2. C'est par conjecture et corrigeant un passage peu intelligible d*Athénée, que Fr. G. Wagner, Poet. îrag. gmc. fragm., édit. F. Di-
tlot, p. 155, attribue une Antigone à TÊloile Voyez sur ce poëte notre to. nu I, p. 119.
SOPHOCLE
celle de Sophocle. C'est elle qu'a Imitée, avant les modernes, le Romain Attius; on n'en peut douter d'après des
fragments où s'entrevoit quelque chose et des efforts d'Is-
mène pour détourner Antigone de son noble et hasardeux dessein, et de son empressement à en réclamer pour ellemême, quand sa sœur est surprise et condamnée, la complicité et le châtiment.
D'autres fragments nous font entendre les discours des
soldats chargés de veiller près du cadavre de Polynice. Ils
ont donné à penser * que ce qui, chez le poète grec, n'était
qu'en récit, était en action chez le poëte latin ; exemple bien curieux, assurément, des libertés de l'imitation latine, si le fait était plus constant. Mais pourquoi ces fragments n'auraient-ils pas fait partie d'un récit, du récit de ce garde qui, dans la tragédie de Sophocle, vient avertir
Créon? Les paroles se racontent aussi bien que les actes. La grande narration faite par Ginna à Emilie, au début
de la tragédie de Corneille*, est toute remplie des dis -
cours qu'il a tenus aux conjurés.
L'Antigone d'Attius laissa après elle un long souvenir,
puisque Virgile en a imité quelques traits^ et que Macrobe * a relevé ces imitations. En vofci une qu'il n'est pas sans intérêt de rapporter.
Avant que, dans TÉnéide, Didon, au désespoir, se plai- Js'uît des regards, désormais indifférents, que Junon, que le fils de Saturne laissent tomber ici-bas,
Jam jam nec maximaJuno Nec Saturnius haec oculis pater adspicit aequis,
l'Antigone d'Attius s'était écriée, remplaçant le doute pénible de TAntigone de Sophocle" par une désolante certitude, le tournant, sous une forme plus sentencieuse, à la négation épicurienne de la providence divine, comme fai-
1. Entre autres, assez récemment, à 0. Ribbeck, Traa, latin, relia Leipsick, 1852, p. 129,313. ^''
1. Acte I se. m. — 3. J^neid., iv, 372; xn, 20. — Saturn., vi, 1. 2. — 5. V. 917 sqq. '
ANTIGONE. 283
salent sur le théâtre de Rome, avec l'assentiment du public romain*, bien des personnages de tragédie:
Jam jam Neque reguntdl,nequeprofectodeûmsQmmusrexomnibus curât.
« Non, les Dieux ne règlent point l'ordre du monde et leur roi s'embarrasse peu de ce qui s'y passe. »
Si dans les fragments de l'Antigone d'Attius, on démêle la trace confuse du chef-d'œuvre de Sophocle, dans la Thébaïde de Sénèque, tragédie dont le cinquième acte a péri, dans celle de Stace, poëme épique qui nous est
parvenu complet, on ne l'aperçoit plus. A la sœur de Polynice, chez Stace, est associée, on pourrait presque dire substituée, son épouse Argie. Sans doute, malgré bien
des traits affectés, la rencontre des deux femmes pendant la nuit, près du cadavre de Polynice, les soins pieux
qu'elles rendent ensemble à cette chère dépouille, offrent un intérêt touchant; mais Antigone n'est plus, comme dans la tragédie, sur le premier plan ; elle a une compagne de son héroïsme qui l'égale et quelquefois même lefface. En outre, si son rôle, par ce partage, est devenu moins dramatique, ses sentiments, par une exagération théâtrale qui était dans le génie de Stace et dans l'esprit de la poésie de ce temps, s'éloignent bien de la vérité plus humaine et plus pathétique que leur avait conservée
le tragique grec. C'est avec une joie orgueilleuse, qui
trompe l'espoir du tyran, qu* Antigone, comme aussi Argie, court au-devant du glaive:
Ambae hilares et mortis amore superbœ,
Ensibus intentant jugulos, regemque cruentum Destituunt *.
Les deux Thébaïdes de Sénèque et de Stace, ouvrages de forme diverse, mais assez semblables pour le goût, nous conduisent aux Antigènes modernes qu'ils ont en grande
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