Acte II, se. ii. Voy. Soph., Anttg., 223 sqq
ANTÎGONE. 285
Cl nohle de son œuvre, le style de Baïf? On en pourra juger, par cette traduction du discours d'Antigone à Gréon, le morceau capital de la pièce grecque et celui aussi oii paraissent le moins la bassesse et la grossièreté ordinaires du vieux iranslateur ;
GRÉON.
Voy, qui as fait l'offence,
D^ niui baiis dclaier sçavois-tu ladeffense?
ANTIGONE
Ouy, je la sçavois, et chacun comme moy
CRÉON
Et lu as bien osé faire contre la loy.
ANTIGONE
Aussi n'étoit-ce pas une loy, ny donnée
Des d eux, n'y saintement des hommes ordonnée;
Et je ne pensoy pas que tes lois peussent tant,
Que toy, homme mortel, tu vinses abatant, Les saintes loix des dieux, qui ne sont seulement Pour durer aujourd'hui, mais éternellement. Et pour les bien garder j'ay m eux aimé mourir, Que, ne les gardant point, leur courroux encourir ; Et m'a semblé meilleur leur rendre obéissance, Que de craindre un mortel qui a moins de puissance. Or si d'avant le temps me faut quitter la vie,
Je le comte pour gain, n'ayant de vivre envie.
Car qui, ainsi que moy, vit en beaucoup de maux. Que perd-il en mourant, sinon raille travaux? Ainsi ce ne m'est pas une grande douleur De mourir, pour sortir hors d'un si grand malheur;
Mais ce m'eustbien été un plus grand déconfort, Si sans point Tinhumer j'eusse laissé le mort, Duquel j'étois la sœur, fille de mesme mère : Mhis, l'ayant fait, la mort ne me peut être amère. Or, si tu dis que j'ay follement fait l'ofiense, Encore plus follement tu as fait la deffense*.