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Acte IV, se. ni

288 SOPHOCLE

La plus cruelle mort me sera trop humaine.

Je me résous sans peine à la fin de ma peine, Elle m'affranchira de votre autorité, Et ma punition sera ma liberté*.

Je ne m'arrêterai point sur l'Antigone de Garnier, m même sur celle de Rotrou, monument de notre langue

tragique, plutôt que de notre tragédie. Les deux poètes

ont trouvé trop pauvre la matière enrichie par le geme de

Sophocle ; ils ont joint à sa tragédie, avec les Phémoien-

nes d'Euripide, les deux Thébaïdes de Sénèque et de

Stace, et composé un seul drame du double sujet des frères ennemis et de la mort d'Antigone. Ce qui caractérise surtout les pièces qu'ils ont empruntées à 1 antiquité c'est l'imitation indiscrète de modèles fort divers et fort inésraux : aux traits naïfs et vrais de la muse grecque, ils mêlent volontiers, avec les substilités et les exagérations de la muse latine, les fadeurs amoureuses qui plaisaient,

de leur temps, à la Melpomène française. De tels ouvrages sont comme ces masures qui couvrent encore aujourd'hui le sol désolé de l'antique Grèce, et où brillent, parmi les vulgaires matériaux d'un art ^ossier, quelques débris arrachés aux temples de Phidias.

L'auteur d'un Agamemnon donné en 1680,Pader dAssézan, fit représenter, en 1686, une Antigone. Je ne rapporterai rien de la pièce, très-faible ouvrage d'un élève de Boyer; mais je transcrirai quelques lignes de la préface

propres à faire comprendre combien les sujets antiques

étaient alors mal venus sur notre scène et ce qu'il avait

fallu d'art à Racine pour les y faire supporter :

« On a approuvé, dans cette tragédie, la conduite, les

pensées et les vers ; mais la plupart du monde, et surtout du monde galant, en a condamné le sujet. On a dit qu'il est un peu trop lugubre, qu'il n'intéresse pas assez, et

1 Acte IV se. m. On trouvera dans le Théâtre des Grecs, mêlés à l'analyse de Brumoy et aux notes de B.ochefort beaucoup O/autres passages de V Antigone de Rotrou.

ANTIGONE

qu'enfin Antigone a tort de mettre sa vie en danger pour

un frère qui ne vit plus. Je veux croire que si je lui avais

fait faire, pour un sujet animé, ce qu'elle fait pour un qui ne Test pas, ma pièce en serait plus touchante. Peut-être même n'y ai-je pas jeté assez d'amour pour le temps. Mais le temps n'en a t-il point trop, et, à force de chercher les tendresses et la douceur dans la tragédie, ne craint-on pas de l'éloigner de ce sublime merveilleux et

de ce noble pathétique, qui en font le véritable caractère... ? »

Sans rechercher, ce dont on me dispensera facilement,

quels auteurs, maintenant oubliés, comme Pader d'Assé-

zan, ont encore entrepris d'ajuster aux habitudes de notre théâtre le sévère sujet d'Antigone^ je me hâte d'arriver

à la tragédie que donna, sous ce titre, en 1783, le célèbre Alfieri'. Un parallèle continu de sa pièce avec celle

de Sophocle serait fort instructif; on y apercevrait indistinctement la différence du système ancien et du système moderne. Je me borne, pour ne point trop étendre un

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