‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 264 sur 893 · T. I, p. 290 sqq · texte numérisé non relu

T. I, p. 290 sqq

ELECTRE

dont quelques-unes ^ seulement, publiées par des recueils

du temps* et, depuis, une ou deux fois reproduites % se sont conservées. Je les rapporterai en leur lieu, autant pour contribuer, s'il m'est possible, à les faire connaître davantage et servir ainsi la mémoire, maintenant effacée, d'un condisciple et d'un ami, que pour en varier, pour en parer ce chapitre. Ce ne sera pas toutefois sans dire, mon sujet m'y oblige, que M. Anceau, qui dans sa dissertation a eu quelquefois le tort, auquel alors, en 1819, personne chez nous n'échappait, de se placer au point de

vue de la tragédie française pour juger la tragédie grecque, a, dans ses imitations, comme au reste à peu près

tous ceux de nos littérateurs qui se sont livrés à ce genre

d'exercice, remplacé trop souvent par notre solennité

tragique la libre et familière allure du modèle, changé, en harangues un peu apprêtées ce qui, dans le texte, semble l'expression subite, irréfléchie, abandonnée, de la passion. A ce défaut près, peut-être inévitable, ces morceaux, supérieurs, je crois, à ceux du même genre que La Harpe a répandus dans son Lycée, se distinguent par

un caractère remarquable de fidélité élégante et énergi-

que*.

L'énergie de l'invective est poussée si loin par Electre

dans les deux dernières scènes, et particulièrement dans

la véhémente tirade par laquelle elles se terminent et se résument, qu'il est naturel de demander comment ses

tyrans souffrent que leur irréconciliable ennemie sorte de la prison où ils la retiennent, pour venir ainsi, sur la place, ameuter contre eux le peuple de Mycènes. Sophocle, que la critique ne peut surprendre, charge le chœur

1. Lycée français, 1819, t. II, p. 209; V. 73. — 2. Tragédies de So-

TphocJe, traduites du grec par M. Artaud, Paris 1827, 1. 111, p. 176 et

suiv. ' '■

3. Les imitations en vers âeVÉlcttre, fréquentes depuis que'ques

années, soit (ians les traductions complètes de Sophocle plus d'une fois rappelées déj;\ (voyez plus haut, p. 4), soit d;ins les essais spéciaux dont il a été tout a I heure question (p. 297), celle, particulièrement de M. Léon Halévy dans sa Grèce tragique, en 1845, offriront d'inléressants sujets de compar.-»'«on avec U* ei^uis de M. Anceau.

SOPHXLE. — 20

SOPHOCLE

de l'objection, et de la réponse Electre, de qui l'on apprend, révélation importante qui, tout ensemble et sans dessein apparent, explique ce qui a précédé, prépare ce qui doit suivre, qu'Eghiste est en ce moment hors du palais et de la ville. tSon absence, qui enhardit Electre, comme Glytemnestre le lui reprochera plus tard * , enhardit aussi le chœur, au point qu'il se hasarde à s'informer d'Oreste et de son retour depuis longtemps annoncé. Cela amène cette nouvelle et touchante peinture des espérances lassées, presque découragées d'Electre:

ELECTRE

11 promet de venir, mais ne tient pas sa promesse.

LE CHŒUK.

Une graode entreprise demande quelques délais.

ELECTRE

Je n'en ai point mis à le sauver.

LE CHŒUR

Prends confiance. Il est né généreux, il n'abandonnera pas ses amis.

ELECTRE

Je le crois : sans cela aurais-je vécu si longtemps*?

Par une disposition selon moi heureuse, dont pourtant se sont écartés et Euripide, et tous les modernes, sans excepter Chénier, qui imitait Sophocle, chez ce dernier,

comme chez Eschyle, Oreste est déjà arrivé, il agit déjà, au moment où on le désire, où on rappelle, où on accuse ses retardements, au moment aussi où de sinistres^ visions, annonce lointaine du dénoûment, troublent lame des coupables qu'il doit punir. Ces présages, qui mar-

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