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SOPHOCLE. — 21
SOPHOCLE
Un tyran vous ravit votre antique héritage ;
Les larmes, les soupirs sont voire seul partage ; Et dans un lit désert condamnée à vieillir, L'hymen de ses doux fruits ne peut vous enrichir. Non, n'espérez jamais le saint titre de mère :
Égisthe pourrait-il, à lui-même contraire.
Souffrir qu'à sa victime enfantant des vengeurs,
Notre couche pour lui fût fertile en malheurs? Ah ! suivez la vertu qui me parle et m'éclaire ; Vous honorez la cendre et d'un père et d'un frèro, Et leurs mmes sacrés, dans le sombre séjour, Vous paîront un tribut de justice et d'amour. La liberté, jadis votre noble apanage De vos heureux destins redeviendra le gage. Et votre fière audace attirant tous les yeux, Vous assure un hymen digne de vos aïeux. Quoi ! ne voyez-vous pas quelle gloire sublime
Répand sur moi, sur vous, cet ellbrt magnanime ? Partout, comme en ces lieux, quel homme, à notre aspect. Ne témoignera pas le plus profond respect? « Voyez, amis, voyez ces deux sœurs dont le zèle,
a Sans secours, a sauvé la maison paternelle ; « Prodigues de leurs jours, leur intrépide bras a A des tyrans altiers sut donner le trépas. 0 O vertueux élans du plus mâle courage !
« Le monde entier leur doit un éclatant hommage :
« Oui, qu'en ces jours sacrés où fument les autels, tt On leur rende à genoux des honneurs solennels î s Ainsi tous les humains publlront notre gloire, Et la mort ne pourra flétrir notre mémoire.
Chère sœur, entrez donc dans un projet si beau :
Consolez votre père au fond de son tombeau ; Vengez la mort d'Oreste ; à sa misère extrême Arrachez votre sœur ; délivrez-vous vous-même. Et songez qu'une vie en proie au déshonneur Est pour le iang des rois le plus affreux malheur*
Le premier mérite, le mérite dramatique de ce morceau, c'est d'être à sa place. L'Electre de Voltaire débute ^ par menacer de tuer Égisthe; celle de Grébillon*, le fils d'Égisthe, et ces menaces ne sont guère prises que