‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 277 sur 893 · Poet,f XIV · texte numérisé non relu

Poet,f XIV

ELECTRE

CLYTEMNESTRE

Dieux I on me frappe !

ELECTRE

Redouble si tu peux.

CLYTEMNESTRE

Encore, hélas* !

ELECTRE

Qu'Égisthe ait même sort!

LE CHŒUR

Les imprécations sont accomplies. Ils vivent ceux qu'avait cachés la terre. Le sang des meurtriers est versé à grands flots par leurs victimes, enfin sorties du tombeau*.

Quand Barthélémy ' a voulu donner une idée des grands effets du théâtre grec, il a cité ce dialogue, incomparable en effet pour le mélange des grandes émotions de la tra

gédie, la pitié et la terreur. La catastrophe, dont les yeux n'eussent pu soutenir le spectacle, est comme amenée sur la scène, et dans ces cris de détresse partis du lieu où elle s'accomplit, et dans ces élans de fureur par

lesquels Electre semble s'y transporter. Sa fureur est vraisemblable sans doute, tout y a préparé; mais les encouragements au parricide qu'Eschyle s'est contenté de faire donner par le chœur, et que Sophocle fait proférer par elle-même, ne nous glacent-ils pas pour ce personnage jusque-là si intéressant , même dans ses emportements ?

Electre ne nous paraît - elle pas maintenant souillée elle-même du sang dont son frère va se montrer tout

couvert'?

Oreste lui-même n'est désormais pour nous que l'objet

d'une froide horreur. Le poëte ne lui a donné ni hésita-

la piUS qu une icuiiinav^ciiuc, uii ciujjium. i ai v^tm^ v/wwivj wn.v>, j^v^not

le célèbre critique, Sophocle a voulu rendre plus sensible l'action du

destin sur l'enchaînement des deux catastrophes, dont la seconde l'expiation nécessaire , fatale de la première.

2, V. 1410-1421.-3. Anacharsis, lxxi. - 4. V. 1421.

SOPHOCLE

ÉLECTPE.

lions, ni remords ; tout au plus s'informe-t-il auprès de son vieux gouverneur de l'effet qu'a produit sur sa mère le récif de sa mort*; tout au plus, après le meurtre de Glytemnestre, répond-il à sa sœur qui l'interroge : « Au palais, tout va bien, si Apollon ne nous a pas trompés par son oracle^. » Sophocle n'est pas allé plus loin dans la

voie où Eschyle avait rencontré l'idée de ce trouble pathétique d'Oreste, par lequel il avait cru devoir soulager

les âmes des terribles émotions de ses Choéphores, Ajoutons que dans la pièce d'Eschyle, quand Oreste verse le

sang de Glytemnestre, il s'es4 déjà assouvi de celui de son complice, et qu'il est animé par un premier coup à un second. Il n'en est pas ainsi dans la pièce de Sophocle, où c'est sa mère d'abord que cherche son impassible colère. Au reste, chacune des deux dispositions a son avantage : si l'une enlève quelque chose à l'énormité du parricide, l'autre en détourne la pensée du spectateur, pour la

fixer, en finissant, sur un objet plus propre à la satisfaire,

le supplice d'Égisthe'.

SiÉgisthe paraît si tard dans la pièce, il n'y a pas lieu

de s'en étonner, comme La Harpe, comme avant lui Voltaire S lorsqu'il a dit, répondant lui-même, quoique assez faiblement, i sa critique : « N'est-ce pas un défaut qu'Égisthe ne paraisse qu'à la dernière scène, et pour y recevoir la mort ? Quel personnage que celui d'un roi qui ne vient que pour mourir 1 » Les Grecs ne se piquaient pas

d'amener leurs personnages sur la scène avant qu'ils y

fussent appelés par le besoin de l'action* ; et le rang qu'ils

leur attribuaient n'était pas une raison pour eux dy

faire plus de façons. On sait même qu'à ce théâtre démocratique les tyrans ptaient joués d'ordinaire par des ac-

3. Ainsi pensait de cette seconde disposition Lucien, lorsque, dans la description d'une galerie probablement imaginaire {de (EcOj xxiii, voyez notre tome I, p. loi), il louait un peintre de l'avoir empruntée à So(.hocle, ou, ajoutait-il mal à propos, à Euripide. Euripide, nous le verrons, est revenu à la disposition imaginée par Eschyle.

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