CHAPITRE HUITIEME
Continuation du même sujet*
Après les Choêphores^ après V Electre., y avait-il place au
théâtre d'Athènes pour une troisième tragédie sur la même aventure? Cette fable si simple, qu'Eschyle avait agrandie
par les images de la fatalité, Sophocle variée par rartifice des péripéties et l'expression des sentiments, où l'un avait atteint les dernières limites du terrible, comme l'autre du pathétique, un poète pouvait-il la reproduire sans plagiat; pouvait-il lui conserver, en la renouvelant, sa vraisemblance et son intérêt? On aie droit d'en douter, puisqu'Euripide a complètement échoué dans ce dessein.,
Nous n'avons pas la date de son Electre* ; mois com^
ment n'y pas reconnaître, avec la dame spirituelle qu'a
citée Prévost*, avec W. Schlegel, Tembarras d'un écrivain venu le dernier, condamné à faire autrement que ses devanciers, et, parce que les beautés naturelles de son sujet ont été enlevées, condamné à faire moins bien; qui,
1 M. J. A. Hartung, Euripides restitutus, 1844, t. II, p. 301, sqq., a cru pouvoir la réunir, dans une tétralogie dont elle aurait été la première pièce, avec VHélène et YÀndromède données ensemble, on le
sait, la quatrième année de la xci* olympiade. Il fait observer qu'aux vers i27l et suivants est annoncée la fable assez étrange de VHélène.
En outre, les trois pièces lui paraissent liées par une certaine communauté de sujet, puisque dans toutes il s'agit d'une femme inustre,que l'arrivée imprévue d'un libérateur arrache à une situation malheureuse. Il va bien loin, comme l'a remarqué M. H. Weil, dans sa dissertation plus d'une fois citée déjà, De tragœdiarum grœcarumcum relus vuhlicis conjunctione, Paris, 1844, p. 29 sq., quand il fait de cette situation l'emblème de celle d'Athènes elle-même et quel Hélène en particulier, lui semble se rapporter al'égoriquement à ce retour' tutelaire d'Alcibiade dji.t, selon d'autres (voyez plus haut p. 125 sq.),le Philoctète de Sophocle offrit aussi, vers le même temps , rexpression allégorique.