V. 75 sq. — 5. V. 80 sq
que ne le sont cette campagne et cette chaumière du palais
de Mycènes.
Le sujet, dont il n'a point encore été question, se produit enfin avec Oreste et Pylade, qui viennent occuper la scène laissée vide par la double sortie d Electre et du bon cultivateur, défaut peu ordinaire à la tragédie grecque. Oreste nous fait connaître Pylade, en le nommant, ce qtii est naturel et conforme aux usages du théâtre ; mais il
se nomme lui-même, presque avec ce laisser aller par
trop commode, que Boileau préfère, ironiquement, aux
expositions trop pénibles, dans ces vers de l'Art poétique:
J'aimerais mieux encor qu'il déclinât son nom, Et dit : Je suis Oreste.
Remarquons-le cependant: le mouvement passionné sous lequel Racine cache une expUcation toute pareille, au début de son Andromaque,
Qui l'eût dit, qu'un rivage à mes yeux si funeste,
Présenterait d'abord Pylade aux yeux d'Oreste? ^
est indiqué dans le passage, moins adroit, plus évidemment adressé au spectateur, de la scène d'Euripide:
.. Pylade, le plus fidèle des amis et des hôtes, le seul qui n'ait point abandonné ce malheureux Oreste*.... »
C'est encore avec peu d'art qu'Euripide fait raconter
par Oreste à Pylade ce que celui-ci ne peut ignorer, puisqu'il ne quitte point son ami, savoir que le fils d'Agamemnon vient, conduit par les oracles des dieux, tirer vengeance du meurtre de son Dère; qu'il lui a, pendant
1 Les commentateurs Barnès,MusgTave,etc., en faisant remarquer, dans le V. 8'4 , l'intention du 'OpÉaxr.v t6v8', font, sans le vouloir, ressortir ce que cette intention a de'trop marqué. Il y en a d'autres exemples dans il théâtre grec. Les Fidèles , qui chez Eschyle ouvrent la tragédie des Perses, v. 1 sqq., s'annoncent absolument de la même manière : Tào£ II.ÈV.... niaxà y.aXeÎTai : « On nous appelle les Fidèles.*
mf
SOPHOCLE ET EURIFIDE.
la nuit, pour plus de sûreté, offert un sacrifice sur son
tombeau; qu'au lieu de chercher à pénétrer dans la ville, il se tiendra d'abord sur la frontière, pour être à même, s'il lui arrivait d'être reconnu, de se mettre à l'abri. Il est possible que ces démarches prudentes soient plus vraisemblables, plus conformes à la manière dont les
choses auront pu se passer dans la réalité, que ne l'tst la confiance avec laquelle, chez Eschyle et Sophocle, Oreste
se montre dans Mycènes même, auprès du tombeau, au seuil du palais de son père; mais elles sont, incontestablement, moins poétiques, moins dramatiques. Ce qui
retient Oreste en ce lieu, c'est encore qu'il y cherche sa sœur, dont il a appris le mariage. Il veut la voir, savoir
d'elle l'état des choses, la faire entrer dans ses desseins. Sans doute Taurore qui commence à poindre amènera bientôt sur le chemin quelque paysan, quelque esclave
qu'ils pourront interroger. Et justement s'approche une femme, qu'à sa tête rasée, au fardeau que soutient son
front, ils jugent de condition servile. On pourrait croire qu'ils vont l'attendre ; ils aiment mieux se retirer un peu
à l'écart, pour l'observer, l'écouter, comptant sans doute, et
ils n'ont pas tort, sur un monologue.
Electre, car c'est elle, on l'a deviné, qui revient de la
fontaine, et que son urne pleine d'eau, ses cheveux coupés en signe de deuil*, ont fait prendre pour une esclave,
se nomme d'abord, non pas aux spectateurs qui la connaissent, mais à Oreste, dont on dirait qu'elle se sait écoutée, avec aussi peu de cérémonie^ que lui-même tout à l'heure. Viennent ensuite des plaintes, d'une expression et d'un mètre lyriques, où se succèdent, se mêlent, le souvenir de la mort de son père, le regret de l'exil de
son frère. Ces plaintes sont moins belles que chez Sophocle, et la situation d'Oreste, ici encore leur secret auditeur, est moins touchante; car rien ne nous traduit son émotion, et il en est assez maître pour assister, toujoui'5