‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 288 sur 893 · Voyez pluïhaut, p. 330 sq. — 5. XIV · texte numérisé non relu

Voyez pluïhaut, p. 330 sq. — 5. XIV

ELECTRE

vrir. Mais cette reconnaissance, aussi touchante que naïve, et on n'en peut pas dire autant de celle d'Euripide, n'est pas la dernière, n'est pas la seule -, elle prépare, elle conduit à une autre, d'un ordre plus relevé, habilement suspendue par le poëte épique, et qui m&nque dans la tragédie. C'est, en effet, une chose étonnante, comment ses principaux acteurs s'eflacent et sont en quelque sorte supplantés par un personnage subalterne. Qui a sauvé autrefois Oreste? Ce n est pas Electre : elle était trop jeune pour cela, prétend Euripide, c'est le vieillard. Qui

fait connaître Oreste à Electre ? Ce n'est pas Oreste lui-, même, incapable de cette imprudence : c'est le vieillard.

Et tout à riieure, quand on cherchera les moyens de

venger Agamemnon, qui les indiquera le premier? Ce sera ie vieillard encore.

Oreste accorde aux tendresses du sang quelques moments à peine. Il est trop pressé d'agir. Cela convient à la situation, sans doute. Mais si Euripide, comme on peut l'en soupçonner, après sa censure d'Eschyle, a voulu critiquer, chez Sophocle, l'étendue qu'il a donnée aux épancheraents de tendresse fraternelle de son Oreste et de son Electre, il a passé le but. Je rencontre, un peu plus loin, encore une autre critique. Car cette pièce, dans les intervalles trop longs où se reposent le talent tragique de l'auteur, est une sorte de feuilleton spirituel. Oreste interrogeant le vieillard sur les chances de son entreprise, celui-ci lui répond, fort sensément, que, dans sa mauvaise fortune, il aurait tort de compter sur d'autres que sur lui-même, et qu'il lui sera bien difficile de pénétrer dans une ville et dans un palais que les justes

défiances d'Bgisthe font sévèrement garder. Ici Euripide

a touché à un détaut véritable et grave des deux pièces contre lesquelles il avait à lutter, et où l'action s'accomplit en effet avec un excès de facilité très-peu vraisemblable. Mais ce défaut qui lui a paru assez considérable pour lui faire changer le lieu de la scène, et, en même Icmps, toute la constitution de la fable, comment l'a-t-il corrigé? par une autre invraisemblance. Son Égisthe, »i

SOPHOCLE ET EURIPIDE

soupçonneux, et qui n'a pas tort de 1 être, a quitté ce palais, cette ville si bien gardés, et, sans soldats, suivi de ses seuls donestiques, est venu dans la campagne sacrifier aux Nymphes. Le vieillard, en se rendant près d'Electre, l'a VU occupé des apprêts de son sacrifice, et iC engage Oreste à profiter de loccasion qui s'offre à lui. Qu'il se

présente comme un voyageur à Égisthe au milieu de sa fête, celui-ci l'engagera sans doute à y prendre part, et, ainsi introduit, il pourra attendre et saisir facilement le moment de se venger. Mais, Glytemnestre que la crainte

des discours populaires a retenue à Mycènes , comment

la frapper aussi ? Ici se renouvelle l'atrocité que nous avons révélée plus haut. C'est Electre qui se charge d'amener

sa mère dans un piège odieux. Elle lui fera dire que, récemment devenue mère, elle réclame ses soins. A ce qu'il y a là de révoltant se joignent plusieurs invraisemblances

auxquelles le poète n'a pas pensé, ou qu'il n*a pas suffisamment dissimulées. Glytemnestre ne sera-t-elle pas

fort surprise d'apprendre si tard une chose qu'elle avait tant d'intérêt à savoir, et qu'il n'était guère possible de garder secrète? Ensuite, quelle assurance peut-on avoir

qu'elle se rende et aussitôt, à l'invitation de sa fille? Quoi qu'il en soit, le vieillard se charge de guider Oreste

vers Égisthe et d'aller parler à Glytemnestre. Les enfants d'Agamemnon, avant de se séparer, appellent à leur

aide, comme chez Eschyle, mais avec moins de verve d'éloquence, tous les dieux. Electre déclare que si son frère succombe elle ne lui survivra pas et qu'elle va préparer le fer qui l'unira à son sort. Le chœur, resté seul, pour donner aux événements le temps de se produire, par un artifice trop semblable à ce qu'on a déjà vu dans

cette pièce, célèbre avec beaucoup de mouvement et d'imagination l'antique légende de l'agneau à la toison dorée, première cause des dissensions domestiques de la famille des Atrides, et qui, de crime en crime, a amené celui que l'on va punir.

Cependant des cris lointains se sont fait entendre : le chœur appelle Electre, qui écoute elle-même, dans une

ELECTRE

anxiété, avec un trouble, peut-être, ici encore, plus marqués qu'il ne convenait au caractère du personnage. Mais

bientôt elle a la joie d'apprendre, dVm serviteur de son frère qu'il a réussi dans sa hasardeuse entreprise. Tout s*est passé, par une fortune singulière, absolument comme on s'y était attendu. Égisthe, voyant venir des étrangers, les a, sans défiance aucune, conviés à son sacrifice; bien mieux, il a engagé Oreste, qui s'était donné pour Thessalien, à faire preuve devant lui, en se chargeant de dépouiller le taureau et d'en séparer les membres, d'un genre d'habileté que les Thessaliens s'attribuaient. Oreste n'a eu garde de refuser, et comme

Égisthe se baissait pour interroger sur sa destinée les entrailles de la victime, il l'a frappé, par derrière, d'un coup mortel, avec le couteau même qu'on lui avait mis à la main. Alors les esclaves du tyran ont voulu le venger ; mais il a suffi au fils d'Agamemnon de se nommer pour qu'ils jetassent leurs armes et reconnussent l'héritier de leur ancien maître. Yoilà, fort en abrégé, ce que rapporte à Electre le messager de son frère, fort sérieusement, ce me semble , et sans les plaisanteries dont parle W. Schlegel. C'est le sujet d'une longue et minutieuse

narration où Euripide laisse voir l'intention de lutter contre le beau récit de V Electre de Sophocle, morceau dont on peut juger, au choix de certaines com^iaraisons, de certains rapprochements, dans cette scène et dans la suivantjB, qu'il était fort préoccupé*. La partie n'était pas égale, je ne dis pas entre les deux poètes, mais entre les deux sujets. Les vicissitudes, si intéressantes, d'une course de chars prêtaient assurément plus au talent de raconter et de décrire, que tout ce détail de victimes égorgées, écorchées, dépecées, sur lequel s'est complai-

Bamment étendu Euripide, que toutes ces opération? de boucher dont il a occupé et presque sali son héros. Ce n'est pas que les beautés manquent absolument à cette narration. La prière secrète* par laquelle Oreste répond

l. V. 8l«, 857, 877 sq. -- 2. V. 802 sciq.

li'

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aux vœux exprimés à haute voix par Égisthe, y offre ingénieusement rinverse de ce qui se passe, chez Sophocle,

entre Electre et Clytemnestre. L'inquiétude du tyran à

la vue de certains signes menaçants qu'il découvre dans les entrailles de la victime, et le soin ironique que prend de le rassurer celui même que regarde le présage, ce sont là des circonstances heureusement imaginées, et elles ne

sont pas les seules dont l'invention fasse honneur à Euripide. En somme, cependant, son récit mérite le reproche de froideur qu'on lui a de bonne heure adressé, au grand scandale de Barnès'.

La raison principale de cette froideur est peut-être

dans le peu de sympathie qu'inspire, non pas la cause

d'Oreste, mais l'espèce de guet-apens qui en amène le triomphe. On est tout près de prendre parti pour Égisthe, traîtreusement frappé par un hôte reçu si cordialement, au milieu d'un sacrifice, avec le couteau sacré! Voltaire

fait dire à ce chaud partisan des anciens, sous le nom

duquel il a mis sa Dissertation sur les Electres anciennes et surtout modernes, qu'il fallait qu'il en fût ainsi, « parce que tous les droits divins et humains avaient été violés dans l'assassinat d'Agamennon, commis dans ron propre palais, par une ruse abominable, et lorsqu'il allait se mettre à table et faire des libations aux dieux. » Cette apologie spirituelle pourrait être acceptée

par Euripide, mais la vérité est qu'il n'a pas songé le moins du monde au rapprochement qu'elle lui prête. Cela serait d'ailleurs, que l'action d'Oreste ne nous en paraîtrait pas, je crois, plus noble, plus glorieuse ; que nous aurions encore lieu de nous étonner du ton dont Electre célèbre ce qu'elle appelle une illustre victoire, et surtout

de cette couronne qu'elle prend le soin de tresser pour le

vainqueur *. Oreste est plus raisonnable quand il la re-

1. « .... Ouum dicit Gaspar. Stiblinus, multa tn hac narratione yideri frigidiora esse.... impudentem hominij stupidi ignorantiam

abomiiior, et frlgi iissmos sensus exsecror, ] oetaeque nosiri lelicem ?ortu7>am suspicio, qui nuHum habet hostem nisi impolentem ignorantiam.... »

ELECTRE

fuse, renvoyant aux dieux, dont il n'a été que l'instrument, l'honneur et par conséquent la responsabilité de ce qu'il

a fait.

D'un passage interprété trop à la rigueur *, on a conclu que non-seulement Oreste fait apporter à sa sœur le cadavre d'Égisthe, pour qu'elle en dispose à son gré de la manière qu'autorisait la barbarie des mœurs héroïques

et dont il a été question à la fin de la pièce de Sophocle, mais que de plus il se présente à elle la tête de son ennemi à la main. Je ne crois pas du tout que le poète lui ait prêté, avec ce cruel raffinement de vengeance, une

attitude que le reste de la scène eût rendue fort embarrassante. Se figure-t-on Oreste continuant de porter patiem^-

ment ce sanglant trophée, auquel Electre adresse, non

pas quelques paroles passionnées, ce qui serait supportable, mais tout un discours en forme? Ce discours, elle ne le commence pas sans hésitation, non qu'elle paraisse

sentir ce qu'il y a d'odieux et de ridicule à invectiver

longuement contre un cadavre, mais parce qu'elle craint, dit- elle, les mauvais propos de Mycènes ^. Voilà, il faut en convenir, une détestable imitation des charmants scrupules de Nausicaa, dans rOdyssée\ Encouragée bien

mal à propos par son frère à satisfaire sa haine, Electre dit

à Egisthe mort ce qu elle regrette de n'avoir pas osé lui

dire pendant sa vie ; et elle en a pour bien longtemps.

Le poète profite de l'occasion pour faire passer, sous le couvert de son personnage, bon nombre de moralités, au

sens juste, au tour spirituel, mais certainement les plus

déplacées, les plus anti-dramatiques, qu'il se soit jamais permises.

Si, changeant la disposition de Sophocle, il est revenu

au plan d'Eschyle, lorsqu'il a fait immoler Clytemnestre

après Égisthe *, il ne l'a pas imité en séparant les deux

meurtres par un intervalle qui rend le second impossible.

Cet intervalle suffit, en effet, non-seulement pour que

1. V. 849 sqq. Cf. 953 - 2. V. 898. - 3. VI, ??3. 4. Voyez plus haut, p. 716 sq. Cf. t. I, p. i47.

^8 SOPHOCLE ET EURTPIDE.

Clytemnestre ait pu, ait du être informée du sort d'Êgisthe et se mette à l'abri d'un sort pareil, mai? encore pour que ses enfants, à moitié vengés, aient eu le temps ie prendre à son égard d'autres sentiments. Euripide, la

loi de son dénoûment l'y obligeait, n'a suivi qu'à moitié

l'indication do la nature. Quand on annonce à Oreste que sa mère approche, quand lui-même l'aperçoit, il se souvient qu'il est fils; il se révolte contre l'oracle impie d'Apollon, il en conteste la réalité ; il renoncerait au parricide, si son implacable sœur n'était là, qui lui reproche d'oublier leur père, de désobéir aux dieux, de laisser voir un manque de cœur indigne d'un homme; si, avec une violence artificieuse qui nous la rend de plus en plus haïssable, elle ne l'engageait de nouveau dans les liens

d'un crime qu'il déteste, et que pourtant il commettra ;

il le dit en entrant dans la sinistre chaumière où il va attendre, auprès du corps d'Égisthe, sa seconde victime. Cette scène, dans laquelle brille, après tant de nuages, un rayon de la vraie tragédie, nous offre, un peu

aux dépens du caractère d'Oreste, une belle peinture de la faiblesse compatible avec les actes les plus forcenés.

Au milieu des hommages perfides que prodigue bassement à la reine de Mycènes un chœur peu digne des

éloges donnés à la moralité de ce personnage par Horace*,

Clytemnestre arrive sur un char comme dans Viphigénie en Aulide^j entourée d'un appareil qui met en action le

contraste, plus d'une fois marqué dans les discours d'Électre, du faste de la mère avec la misère de la fille. La veuve d'Agamemnon est accompagnée de quelques-unes des captives que son époux lui a ramenées de Troie ; elle les fait descendre avant elle, pour lui donner la main ; mais, par une déférence ironique, suivie d'un amer sarcasme, Elecire les prévient. N'est-elle pas plus qu'elles esclave ? N a-t-elle pas été conquise, avec la maison paternelle, par les meurtriers de son père? Ainsi recom-

l. Àd Pison. 196 sqq. — 2. Iph. Aul. v. 600 sqq.

ELtClRË

mence entre Clytemnestre et Electre la même dispute, ou plutôt, selon les habitudes du théâtre athénien, la

même controverse, trop judiciaire, que nous avons vue chez Sophocle, mais ici bien hors de place, au point où

l'action est parvenue, à deux pas de la porte fatale derrière laquelle est Oreste, le poignard à la m«.in. La pensée du châtiment prochain qui attend cette femme, épouse

si coupable, mais si malheureuse mère, nous fait trouver étrangement cruel le surcroît de supplice que lui inflige Electre, lorsque, après de dérisoires protestations de respect filial, elle se met à discuter une à une ses apologies les mêmes à peu près, comme aussi les réponses, que dans la scène de Sophocle; qu'elle prend plaisir à l'as-

sassiner lentement de ses mortelles accusations, les mêlant, par un raffinement barbare, comme sa harangue au

cadavre d'Égisthe, de peintures moqueuses, d'insultantes

moralités. Notre pitié est encore accrue par la résignation douloureuse avec laquelle Clytemnestre accepte les outrages et la haine dfe sa fille, par la compassion et les regrets que lui cause la vue de sa misère. Rien de tout cela ne touche le cœur endurci d'Electre ; mais nous en sommes touchés. Le poète, qui déjà nous avait, si à contre-temps, inspiré de l'intérêt pour Égisthe, retombe

dans la même faute , en nous intéressant à Clytemnestre. Gomment n'être pas révolté de la ruse par laquelle Electre l'attire dans sa maison, sous le couteau de

son frère ? Mère pour la première fois, dit-elle, et, par

son inexpérience, peu capable d'offrir le sacrifice prescrit à l'accouchée le dixième jour de la vie de son enfant, elle la prie de s'en acquitter à sa place. Comment supporter la féroce ironie des paroles dont elle la poursuit, même quand elle a franchi le seuil qu'elle ne repassera plus ?

€ Entrez dans ma pauvre maison, et, dans ses murs enfumés prenez garde de ternir l'^xlat de vos vêtements. C'est là que vous ofl'rirez aux dieux le sacrifice qu'ils attendent.... Va ! la coibeille est prête et le couteau aiguisé. Il a frappé le taureau

près de aui la dois tomber toi-même. Suis dans î^s ténèbres de

SOPHOCLE ET EURIPIDE

Penfer Pépoux dans les bras duquel tu reposais à la clarté du jour. Ainsi s'acquitte envers toi ma reconnaissance ; ainsi tu me

payes le sang de mon père' ! »

Les chants où le chœur exalte la rétribution vengeresse

qui s'accomplit, et en rappelle énergiquement la cause, ne font qu'une diversion passagère à une impression que

renouvellent, avec plus de force, les cris de Glytemnestre mourante, et bientôt la vue des deux parricides, qui viennent, couverts du sang maternel, attester, à la face du ciel, 1 équité d'une action contre laquelle se soulève et réclame leur conscience, qui se sentent et se disent, avec effroi, devenus un objet d'horreur pour l'univers entier autant que pour eux-mêmes. Electre, et ce changement qu'on a trouvé trop brusque et trop complet ^, est peutêtre conforme à la nature, se montre aussi emportée dans ses remords qu'elle l'était dans la poursuite de sa vengeance; mais elle ne touche pas comme Oreste, qui a voulu s'arrêter dans cette voie sanglante, et qu'elle y a précipité. Par une autre révolution, qui traduit, avec vérité, les affections changeantes de la foule, le chœur ne peut plus souffrir les instruments de l'abominable justice qu'il appelait tout à l'heure. C'est qu'un dialogue, qui passe en horreur les dénoûments d'Eschyle et de Sophocle, l'a fait assister, ainsi que nous, à une épouvantable scène.

A quelle œuvre, ma sœur, as-tu forcé ton frère? Tu l'as vue,

l'infortunée ! quand je voulais la tuer, déchirer ses vêlements,

me présenter ^a mamelle! Hélas ! elle traînait à terre ce corps d'où je suis sorti, et moi, la main dans ses cheveux....

ELECTRE

Je l'ai vue ; j'ai vu ta douleur aux cris lamentables de ta mère, de celle qui t'a enfanté.

ORESTE

Elle criait, touchant de sa main mon visage : Mon fils, je t'en supplie;... elle se suspendait à mes joues.... je sentais le fer

s'échapper de ma main.

1. V. 1.1.^3-1140. — 2. Brumoy, Théâtre des Grecs ; la dame citée par Prévost, ibid.

ELECTRE

L£ CHŒUR

Malheureuse! avez-vous pu soutenir la vue de votre mère égorgée, expirante ?

ORESTE

Moi, je me suis couvert les yeux de mon manteau, et mon

çlaive a cherché le sein maternel où il s'est enfoncé.

ELECTRE

Et moi, je t'ai poussé au meurtre, ma main a touché 1^ fer*....

O Euripide, arrêtez : où s'emporte votre Melpomène? au delà des bornes permises du pathétique et du terriblel * Ne peut -on lui dire ce que dit le chœur à vos parricides : « Jetez un voile sur ce corps sanglant : cachez ces affreuses blessures*?...

La pièce, qui, par le défaut d'une direction une et

forte, par la nature fortuite et invraisemblable d'incidents

pour la plupart d'une excessive familiarité, par le mélange bizarre d'intentions disparates et d'intérêts contradictoires, par l'importance exagérée de quelques rôles subalternes et la dégradation arbitraire du caractère principal, a été, malgré ses beautés du détail, et quelquefois à cause d'elles, un tourment pour le spectateur, ne pouvait le laisser, en finissant, sur d'aussi tristes images.

C'est pour les dissiper que, dans une de ces conclusions

à machine qui sont les pendants de ses prologues, le

poète a fait descendre, près du corps de Glytemnestre, ses

divins frères Castor et Pollux. Ils ont quitté les champs

de l'air*, d'où ils veilleiit au salut des mortels pieux, en danger de naufrage , pour venir rassurer, contre leurs remords, l'innocence d'Oreste et d'Electre, que l'oracle seul d'Apollon, interprète des volontés de Jupiter et du destin, a faits coupables. Oreste doit aller chercher à Athènes, sous le bouclier de Minerve*, un asile contre

les Furies prêtes à le poursuivre ; il doit s'y faire absoudre

par un jugement de l'aréopage, puis, en Arcadle, sur

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