‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 289 sur 893 · V. 1338 sq. Cf · texte numérisé non relu

V. 1338 sq. Cf

SOPHOCLE ET EURIPIDE

ELECTRE

les bords de TAIphée, dans une ville qui portera son nom, achever heureusement sa vie. Electre devenue réponse de Pylade le suivra en Phocide. Égisthe recevra la

sépulture des Argiens, et Glytemnestre de Ménélas et

d'Hélène, récemment arrivés d'Egypte, où le frère d'Agamemnon a retrouvé sa femme qui jamais n'a été à Troie. Les Dioscures savent le théâtre et donnent une place dans leur discours à l'argument de V Hélène d'Euripide*, comme aussi à l'analyse des Euménides d'Eschyle. On a trouvé, avec grande raison, que tous ces arrangements qui règlent

à la satisfaction générale le sort de chacun, et où personne n'est oublié, pas même le cultivateur mycénien que Pylade doit emmener avec Electre et pourvoir convenablement, donnaient à cette tragédie, comme pour en compléter l'incohérence, un dénoûment de comédie.

Dans ce dénoûment, plus encore que dans le reste de la pièce, se trahit la prétention ordinaire à l'auteur de ne point paraître dupe des fables qu'il met en œuvre. Déjà les paysannes de Mycènes, racontant comment le festin d'Atrée a fait rebrousser chemin au soleil, s'étaient permis d'ajouter qu'elles doutaient un peu de la chose ^; déjà Oreste avait osé soupçonner que l'oracle qui lui a ordonné un parricide, pouvait bien avoir été rendu par quelque démon trompeur, et non par Apollon lui-même'; maintenant, ce sont les Dioscures qui, avec tout le respect qu'ils doivent à leur supérieur dans la hiérarchie céleste, traitent son oracle d^insensé*; c'est le chœur qui se hasarde à leur demander comment ils n'ont pas, étant dieux, préservé leur sœur d'une fin si funeste*, objection fort rai-

1. On a pu voir plus haut, page 339. note 1, quelle conséquence a

cru pouvoir tirer de là, pour établir la date de VÉlectre d'Euripide l'auteur de ÏEuripides resiitutus, J. A. Hartung. Le même critique, et d'autres après lui (voyez, par exemple, la dissertation de M. E.

Moncourt De parte satyrica et comica in tragœdiis Euripidis, 1851,

p. 66), ont conclu des dernières paroles prêtées par le poëte aux Dioscures, t. 1336 sqq., que la date cherchée était postérieure au désastre de Sicile, dans la quatrième aimée de la xci* olympiade

2. V. 730sq. — 3. V. 973. '' ^ 4. V. U3t> SL|q. — 5. V. 1289 sqq.

sonnable, dont ils seraient fort embarrassés, s'ils ne pouvaient se mettre à couvert derrière l'inexplicable nécessité. Il est clair qu'Euripide ne veut pas être accusé de prendre au sérieux l'absurdité consacrée de son sujet. C'est

fort bien : mais il ne faut pas non plus qu'il compte trouver chez son public cette foi naïve nécessaire à l'illusion

dramatique.

Ce n'est pas, au reste, il n'a garde, sur l'expression,

contraire à l'art, de ce scepticisme, que s'arrête Euripide^

mais sur les adieux du frère et de la sœur. Réunis après

une si longue séparation, et pour un seul jour, si rempli

d'amertume, il faut qu'ils se quittent; ils ne se verront plus; les voilà morts Tun pour l'autre*. A leurs regrets touchants, les dieux qui les séparent s'attendrissent eux-

mêmes^ et donnent aux spectateurs le signal de ces larmes que savait faire répandre le pathétique Euripide, et

qui effaçaient toutes ses fautes.

Un sujet si profondément tragique ne pouvait manquer,

avec et même avant tant d'autres de la scène grecque, de passer sur la scène latine. Voltaire rapporte*, à propos,

pour le prouver, le vers de Virgile :

Aut Agamemnonius scenis agitatus Orestes*.

Le catalogue des pièces de Livius Andronicus, de Névius, d'Ennius, de Pacuvius, d'Attius, sHl nous était mieux

connu, fournirait probablement de ce fait des preuves

plus directes ^ Cicéron parle d'une Electre de son frère

Quintus* et d'une autre traduite de Sophocle par un

poëte fort dur nommé Attilius^ la même probablement que Suétone • attribue à un auteur du même nom^ et,

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