Dictionn. philosoph., dinicle Art dramatique
3 Lycée; Comment, svr Racine. — 4. Eléments de Utterat., article
Convenance. — 5. J)ram(i\\kr%ie. — 6. Cours de littérature drama-
*T^Feuilletons «lu Journal des Débats y recueillis en 1819 sous le litre de Cours de littérat. dramatique, t. 11, p. 90-118; Commentaire sur
HafiTie
8. Lettre sur les unités dramatiques. Voyez sur ce morceau de critique notre t. H, p. 279.
rendirent à Euripide une justice qui ne fut pas toujours
exempte de quelques récriminations amères contre Racine.
Au point où en est venue cette dispute, après tant d'opinions contradictoires, on ne peut raisonnablement se flatter d'introduire dans la discussion une seule idée nouvelle. Il est seulement permis à la critique, éclairée par ces longs débats, et bien loin désormais de cette admiration, de ce dénigrement conventionnels, qui élèvent ou
rabaissent les productions du génie au gré de petites passions littéraires, ou pour servir, aux dépens de l'antiquité
et des nations étrangères, un patriotisme étroit, il lui est,
dis-je, permis de prononcer avec plus d'indépendance et de certitude, d'arriver à une conclusion moins absolue et plus juste.
Les beautés et les fautes d'Euripide et de Racine sont
aujourd'hui reconnues et hors de toute contestation ; la
question oiseuse et puérile de la supériorité de l'imitation sur l'origmal, ou de l'original sur l'imitation, est également écartée: laissant à deux chefs-d'œuvre le rang à peu près égal où les a placés un universel applaudissement nous n avons plus qu'à constater les différences qu'ont mises et ont dû mettre entre eux l'int-^rvalle des temps la ^ révolution des idées et des mœurs, la diversité des théories dramatiques.
On ne compromet point la gloire de Racine en remarquant dans ces belles productions où il s'est inspiré tout ensemble et du goût si pur et si vrai qui brille chez les anciens, et de cette noblesse élégante, de cette politesse gracieuse dont la cour de Louis XIV lui offrait le modèle 1 inévitable action de son siècle sur son talent. Si les
mœurs héroïques n'ont pas toujours été présentées dans notre Iphlgenie avec leur simplicité, leur rudesse ; si le respect de l étiquette moderne s'y est quelquefois mêlé à lexpression éloquente de la passion; si le langage de l'amour et les dehcatesses de la galanterie, si la perfectiop
même de la diction et du style y semblent, malgré Ja se. duction de la peinture, trop pou d'accord avec l'esprit
d'un sujet qui offre pour dénoûment le sacrifice d'une victime humaine, ce n'est pas au poêle, c'est à nous-mêmes
qu'il nous faut imputer ce mélange, habile sans doute,
mais factice, de civilisations diverses. Ce sont nos habitudes, nos goûts, nos idées qui l'ont forcé, malgré lui, de
nép^liger, quelquefois même d'altérer cette exquise vérité qu'il admirait dans Euripide, et que nous n'eussions pu supporter.
La même raison qui nous fait absoudre Racine, doit certes justifier Euripide du crime singulier d'avoir peint les mœurs de sa patrie, qu'il avait devant les yeux, de
préférence aux nôtres, qu'il ne pouvait guère prévoir.
N'oublions pas, comme Voltaire et LaHarpe, qu'Euripide
était Grec, et que c'était pour des Grecs qu'il écrivait.
En jugeant ainsi, dans l'esprit de leur temps, les deux
Iphigénies, nous ne nous étonnerons pas de les trouver si
peu semblables. Car ce n'est pas seulement par la peinture des mœurs qu'elles ditïèrent et qu'elles devaient différer, c'est aussi par la nature de la composition. Le sujet est le même et la fable à peu près pareille ; les scènes et le dialogue, tout se rapporte, et cependant quel contraste!
Ce qui chez l'un est naïf, prend chez l'autrj de la dignité
et de la noblesse ; l'abondance des développements est
remplacée par une élégante précision; au lieu d'une
intrigue simple, c'est une grande complication d'intérêts,
c'est un vif attrait pour la curiosité ; au lieu d'une marche calme et lente, c'est un mouvement animé et rapide,
de l'attente, de la surprise, de l'effet théâtral ; enfin il y
a d'un côté quelque chose de plus contemplatif et de plus religieux, de l'autre plus de trouble, plus de passion. Reconnaissons là les caractères mêmes, les attributs dis-
tinctifs des deux scènes, dont l'originalité propre, contestée par l'ignorance ou la mauvaise foi, ne paraît jamais
plus évidente que lorsque l'identité des- sujets semblerait
devoir les confondre.
Il n'y a plus aujourd'hui que deux Iphigènie en Aulide qui puissent fournir matière à un parallèle de ce genre. Mais avant et après Euripide, avant et après Racine,
IPHIGÈNIE EN AULIDE. 5
il en a existé d'autres, que je veux d'abord rappeler rapidement, me réservant de revenir, selon l'occasion, sur quelques-unes.
La fable dlphigénie , réclamée comme victime expiatoire au nom de Diane , amenée jusqu'à l'autel sous le prétexte de son hymen avec Achille, sauvée enfin, au moment du sacrifice, par la déesse, qui la transporte dans son temple de Tauride et en fait sa prêtresse, après lui avoir substitué, sous le couteau sacré, une biche; cette fable inconnue d'Homère , comme la remarqué Racine * et racontée seulement par Hésiode ^ par l'auteur des chants
Gypriens', avait inspiré les deux devanciers d'Euripide.
Eschyle, qui en retrace si pathétiquement le commencement^dans un chœur de son Agamemnon^ l'avait traitée peut-être tout entière, dans une trilogie composée de pièces sur l'ordre et les sujets particuliers desquelles on n est guère d'accord \ Une seule par son titre, qui ne se peut traduire, «aXauoTOiof, se rapporte visiblement à la circonstance de l'hymen supposé d'Iphigénie avec Achille*. Il est plus difficile de deviner ce qui faisait la matière des deux autres, intitulées plus vaguement Jphigénie, les /'?étresses. La scène de cette dernière a été placée par les critiques, tantôt en Grèce, tantôt en Tauride, et toujours par de fort spécieuses raisons. Sophocle avait fait aussi son Iphigènie, dont il reste, ainsi que des trois pièces d'Eschyle, fort peu de chose, et sur laquelle on ne sait rien sinon qu'Ulysse y avait up rôle et s'y employait à trom-^
l Ph^'f ''%'^'/P^'?^'"^ i"" '^"'*'^- -- 2 Pausaa , Att., î, 43.
3. Pnot., BibUoth., cod. ccxxxix excerpt. e Procli oramm Chresio. '
Tn^dnTT'w-^^ '"V%^' ^'^°°^T ^« 1^ bibliothèque grecque de F. D.do^ Cychc. poeL fragm., p. 582. Cf. Hygin. Fab,d8 ; Dictl'cret.!