W. Schleg «1, Comparaison, etc., déjà citée
IIIPPOLYTE.
wi'
chants et terribles que réunit précisément la passion adultère, incestueuse, homicide, envoyée à Phèdre par la colère de Vénus.
Est-il besoin de reproduire ici cette scène mémorable'; et cet abattement du corps, ce délire des sens, ce trouble de l'âme, qui trahissent la lutte douloureuse où Phèdre
se consume; et cet aveu pénible, si ardemment sollicité, si difficilement obtenu, que 1 infortunée refuse, diffère,
prépare, qu'elle s'efforce de faire sortir delà bouche même
qui l'interroge, afin de n'en pas souiller ses lèvres? Ne suffît-il pas de renvoyer à la plus fidèle des analyses, au plus éloquent des commentaires, à cette scène profondément gravée dans toutes les mémoires ', où notre Racine, avec une précision élégante et nnf« r^ipidité de mouvement qui appartenaient à la nature de son génie et aux habitudes de notre théâtre, a rendu si vivement la poésie d'Euripide, encore animée par un heureux mélange de Sapho, de Théocrite, de Catulle, de Virgile?
A la révélation inattendue que leur fait entendre Phèdre, la nourrice et le chœur éclatent en témoignages d'horreur et de pitié. La reine leur déclare que, puisqu'elle a vainement combattu sa passion, elle veut mourir, pour s'y soustraire, et sauver son honneur avec celui de ses
enfants. Alors , effrayée de sa résolution , la nourrice , changeant de langage, lui donne de coupables conseils que condamne sévèrement le chœur, à qui les traditions du théâtre commandaient d'être plus fidèle à la vertu.
On a blâmé ces conseils de la nourrice. Le vif attachement qu'elle a jusqu'ici témoigné pour celle qu'elle a nourrie, dont elle préfère à tout la conservation, les rendent vraisemblables, malgré leur perversité; s'ils paraissant arriver un peu brus luement après son premier emportement contre un penchant criminel, il faut songer pourtant qu'ils en sont séparés par un assez long silence pendant lequel elle se consulte et se décide. Quelques
\. V. 197 sqq. — 2. Phèdre, acte f, se. 3.
critiques * ont même pensé, quoique à mon avis sans raison, qu'elle quitte un moment la scène et y rentre résolue à encourager Phèdre dans sa passion. On ne peut nier, du reste, que chez Racine, ces conseils ou d'autres semblables, qu'à l'exemple d'Euripide il met dans la bouche d'Œnone, n'y soient mieux préparés par des circonstances qui l'enhardissent et peuvent l'excuser, par la fausse nouvelle de la mort de Thésée, celle de son retour, et, plus tard, par la fureur jalouse et le désespoir violent auxquels s'abandonne sa maîtresse, et dont elle veut la sauver 2.
La Phèdre d'Euripide persiste dans sa résistance, et la nourrice, qui désespère d'en triompher, se résout à se passer de son consentement et à la servir malgré elle. Elle lui propose, selon les superstitions de l'antiquité, d'essayer d'un philtre pour la guérir; et, sur ce prétexte, elle s'éloigne malgré les instances de l'infortunée : celle-ci la soupçonne avec raison de vouloir révéler son amour
à Hippolyte, et décèle, par ce soupçon timidement exprimé, le désir caché de son cœur, peut-être une secrète
connivence : trait de vérité tout à fait admirable et qu'il me semble qu'on n'a pas encore remarqué".
Quelques^ moments après, Phèdre, qui est restée au fond du théâtre, sur son lit de douleur, dans un mortel accablement et un profond silence, interrompt tout à coup avec efl'roi le chant où le chœur célèbre la funeste puissance de l'amour. Elle a entendu retentir dans le palais
la voix suppliante de sa nourrice et la voix irritée d'Hip-
polyte; elle se voit déshonorée, perdue, sans autre ressource qu'un prompt trépas. Bientôt paraît Hippolyte, et la malheureuse, à qui il ne daigne pas parler, est condamnée àécouter ses discours insultants pour elle et pour son sexe. Enfin, il sort de cette demeure qui lui semble souillée, pour n'y reparaître qu'avec son père, dont il déplore la honte, et à qui il la révélerait, si un serment