‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 344 sur 893 · Acte IV, se · texte numérisé non relu

Acte IV, se

hippolyte:.

Thésée, dans notre tragédie, débute avec violence, avec emportement; il s'étonne que son fils ait osé paraître à ses yeux; il menace de l'immoler de sa propre main, il l'exile, il le dévoue à l'infaillible vengeance qu'il attend de Neptune.

Dans la tragédie grecque, au contraire, il prolonge par

d'obscures et menaçantes insinuations l'attente et l'inquiétude d'Hippolyte, il le raille avec une ironie amère eur sa fausse vertu, il lui reproche complaisamment son

crime; avant de prononcer l'arrêt de son bannissement, il réfute d'avance les raisons qu'il pourra produire pour

sa défense.

Cette réfutation anticipée, qui se rencontre chez les deux poètes, et est bien dans la nature, a peut-être été mieux placée par Racine, après une première justification d'Hippolyte que , dans son impatiente fureur, Thésée se hâte d'interrompre.

Si de cette partie de la scène, remplie par la colère de Thésée, nous passons à la suivante, où se développe l'apologie d'Hippolyte, nous y serons frappés de la même diversité.

L' Hippolyte grec, qui a obtenu une plus facile audience du courroux plus calme de son père , en abuse peut-être un peu par des préparations'étudiées, par des raisonnements déclamatoires , que l'Hippolyte français s'interdit judicieusement. Du reste, c'est, des deux parts, à peu près le même fonds d'idées : horreur du crime qu'on leur

impute , appel à leur vertu connue , serments solennels, refus de déclarer l'affreuse vérité , ici par respect pour la

sainteté du serment, là par un égard plus noble pour l'honneur paternel. En général, notre Hippolyte, dans son

langage modeste, soumis, respectueux, montre une délicatesse plus raffinée que l'Hippolyte ancien, qui a la franchise et la rudesse d'une nature moins polie. Si ce contraste donne d'abord la supériorité à Racine, Euripide la reprend aussitôt que la froide mention d'Aricie est venue tout glacer sur notre scène par l'importun voisinage d'un intérêt subalterne. L'Hippolyte de Racine, qui s'entend

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reprocher, avec quelque vraisemblance, une excuse mensongère; qui, honteusement chassé, se retire presque sans répondre, avec une douleur et un respect trop tranquilles, devant les menaces de son père , ne se soutient plus à côté de cet autre Hippolyte qui mêle à ses vives protestations, à ses pathétiques regrets, les éclats d'une fierté blessée ; qui repousse du geste et de la voix l'audace des esclaves prêts à l'entraîner sur l'ordre de Thésée; qui ne

quitte la scène que le dernier, après une solennelle proclamation de son innocence , après de touchants adieux à sa terre natale, environné de ses amis qui le suivent en foule, et protestent par leur douleur en faveur de sa vertu opprimée ; qui se donne ainsi , sur son imitateur et son rival, un avantage que nous cédons rarement aux anciens, celui d'une sortie plus théâtrale.

Nous avons eu plus d'une occasion de remarquer que, si réguliers que soient les Grecs dans leurs compositions dramatiques, ils n'y calculent cependant pas la durée du

temps avec une aussi rigoureuse exactitude qu'on le croit communément. Un intermède lyrique assez court, où est poétiquement célébré le sort funeste d'Hippolyte, sépare seul son départ de l'annonce de sa mort*.

Notre tragédie ne diffère nulle part autant de la tragédie antique que dans ces récits où, sur les deux théâtres, s'explique presque toujours le dénoùment.

Les Grecs, qui visent surtout à la vérité, ne manquent amais d'y introduire quelque circonstance naïve où se

peint la condition le plus souvent subalterne du narrateur,

et la manière particulière dont ce qu'il raconte l'affecte.

En outre, ils prodiguent complaisarament les détails, et

se piquent avant toute chose d'être historiens fidèles. Le

soin de l'effet ne vient qu'ensuite, et, s'il y a lieu, selon la nature de l'événement et l'émotion du témoin, la relation, généralement familière et simple, s'élève parfois à l'éloquence et à la poésie, unissant ainsi , ce que réclame l'illusion dramatique, le réel à l'idéal.

HIPPOLYTE. 61

^ Il n'en est pas tout à fait de même chez nous Cette vente qui se rapporte à la personne du narrateur, mangue

le plus souvent à nos récits. Les confidents que nous chargeons presque exclusivement de cet emploi, ont une existence trop peu individuelle, un caractère trop peu personnel, pour se montrer le moins du monde dans ce qu'ils disent. Quant à la vérité des détails, elle n'est jamais notre objet principal, et l'effet poétique est ce que nous recherchons d abord.

De là il résulte nue les récits sont , sur notre théâtre

des morceaux d apparat qui appartiennent moins à la pièce

qu au poète ; qui s en laissent volontiers détacher poui passer dans des recueils Où se font admirer leur richesse et leur élégance ; bien différents en cela des récits grecs qui

ne paraissent jamais mieux qu'à leur place, et qui perdent beaucoup a en être distraits.

Cette différence est sensible dans les deux récits dont

h mor d Hippolyte a fourni le sujet à Euripide » et à Racine ^

Chez le premier, le narrateur, dont Brumoy a fait encore

un officier est un des esclaves , et même des derniers esclaves du hPros\ Il nous apprend, familièrement, qu'au

moment du départ il était sur le bord de la mer, occupé a panser ses chevaux. La condition de ce personna-e se montre partout, dans ce qu'il retrace, par des détails relatifs a son service, qu'il a soin de ne pas omettre , et que tout autre passerait sous siî.mce. Il dit comment Hippolyte s est placé sur son char, comment il a pris les rênes et comment il tenait le fouet; il entre dans beaucoup de

détails sur ses efforts pour arrêter ses coursiers et préve-

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