Acte V, -ce
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nirsa chute. Les rapports qui l'unissent à Hippolyte sont marqués d'une manière touchante par l'expression de SOn attachement, de son dévouement empressé par son attention à faire ressortir tout ce qui le rend plus intéressant, tout ce qui peut établir son innocence , dont il ne doute pas, et à laquelle il rend, en face de Thésée, ce naïf témoignage :
« 0 roi, je ne suis, il est vrai, qu'un des serviteurs de votre maison; mais vous ne me persuaderez jamais que votre lils S un méchant. Non , quand toutes les femmes se pendraient
pour raccuser, quand tous les arbres du mont Ida se changeaient en autant de tablettes qui déposeraient contre lui, je
resterais convaincu de son innocence *. »
Ce n'est pas tout , ce narrateur, qui ne veut pas se faire admirer, mais qui tient beaucoup plus à retracer .es choses comme elles se sont passées, entre par esprit de iide-
lité dans un grand nombre de ciiQonstanccs minutieusement descriptives.
Cela n'empêche pas que, dans la peinture dun événement si étrange et si douloureux, ce pauvre homme soulevé par son émotion, n'atteigne aussi, comme je le disais tout à l'heure, à la poésie et à l'éloquence.
N'est-il pas visible que le récit de Théramène, compose à l'imitation de ce morceau, l'a été dans un esprit bien différent? Il ne convient pas plus à Théramène qu a tout autre narrateur, et ces circonstances techniques et locales, dont nous parlions, en ont toutes disparu, pour taire place à des détails plus généraux et plus nobles. L est un morceau d'une admirable poésie, mais dont toutefois 1 on a discuté et l'on discutera souvent encore la convenance
dramatique*.
2 Voyez à ce sujet. Fénelon, lettre à l'Académie française ;l^ Motte; 'A^ourr^uria Poésie en général et sur l Ode en par^;;^^^^ Boileau, xi« RéUexion cntique sur Lnngm ; L. ^ff/"^ ^^^o^'^^^^^^^^ lAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres t. ^IH, p. 300, Compa ration de VfHvpolyte d^ Euripide avec la ^ragedte de Racine sur le raême sujet; d»0^vet, Remarques degramn'aire sur Racne etc etc le résumé d.- cette discussion dans V Histoire du Théâtre- trançats
HIPPOLYTE. 63
J'abrège ces développements , qu'achève et que complète la mémoire de mes lecteurs, et je me hâte d'arriver au terme de cette analyse. La tragédie, finit pour Racine, ne l'est pas encore pour Euripide. Après avoir offert au spectateur le triste spectacle de l'innocence opprimée par le sort, il veut, comme nous l'avons annoncé, lui ménager une compensation morale. Il ramène donc sur la scène Hippolyte expirant pour le réconcilier avec son père enfin désabusé. Euripide a-t-il eu raison de finir ainsi sa tragédie? on ne le penserait pas, si l'on s'en rapportait à cette critique de Louis Racine * :
« .... Je trouve que Thésée est assez malheureux, pour ne pas le rendre encore témoin des regrets et des derniers soupirs de son fils, et que ce corps sanglant ne doit point être présenté aux yeux du spectateur, déjà assez attendri par le récit des maux qu'Hippolyte a soufferts ; » à ce décret littéraire, où La Harpe 2 la répète en ces termes :
« On apporte sur la scène Hippolyte expirant, qui, pour
achever de rendre son père plus odieux, lui pardonne sa mort ; c'est allonger inutilement la pièce, pour offrir une faute de plus. »
On jugera si L. Racine et La Harpe ont bien saisi l'esprit de cette scène % par la traduction* à peu près littérale que j'en vais donner.
t- Xrj. p. 1 sqq.; le Dictionnaire philosojyhique de Voltaire article Amplification; les observations des divers commentateurs de Racine et surtout de La HarpQ, dans son Commentaire et dans soa Lxicee \. Comparaison, e{c.,dé\ic\ike. *^