Lycéôm — 2. liid
IIIPPOLYTE.
oiseuse conversation , le reproche subsiste en partie, et Euripide n'est qu'à moitié justifié. Qu'est-ce donc que cette conversation tant reprochée? Le croirait-on? C'est précisément ce qui paraissait à Voltaire le seul beau, le seul raisonnable endroit de la pièce, cet égarement, cette révélation de Phèdre, imités et traduits par Racine. Ainsi le critique, dans son zèle maladroit et aveugle, écrase du même coup, avec le poëte qu'il attaque, celui qu'il veut défendre. G'esttout à fait comme le malencontreux émoucheur de La Fontaine.
Qu'on me permette d'emprunter à l'apologue une autre comparaison. L'argumentation mensongère et brutale de La Harpe contre le pauvre Euripide, qui ne peut lui répondre, me paraît ressembler beaucoup au dialogue du loup et de l'agneau. On y trouve la même bienveillance, la même logique, la même manière d'avoir raison malgré toute raison. Euripide, dit-il, portant l'intérêt sur Hippolyte, ce qu'il ne manque pas de désapprouver, quoique
Hippolyte soit le héros de la pièce, ne s est pas embarrassé
de faire un monstre de sa Phèdre^. Et comment sa Phèdre est-elle un monstre? C'est d'abord que ce délire
cette honte, cet accablement, où, jusqu'à La Harpe, on avait eu la simplicité de voir le combat touchant du crime et du remords, ne sont rien moins que cela. Que sont-ils d(mc? le voici: l'état violent de Phèdre vient surtout de ce que la passion quelle ressent, n'est point un peiychant na~ turel et spontané, mais une espèce de maladie envoyée par les dieux, et qui ne peut que la tourmenter^. Apparemment que chez Racine, où Phèdre accuse sans cesse de sa passion criminelle la haine de Vénus, il en est autrement. Apparemment qu'en effaçant de cette aventure l'intervention divine, en la réduisant aux effets d'un sentiment involontaire, on en changerait la nature. Comprendra qui pourra une pareille confusion d'idées et de langage : quant à moi, je me récuse, et crois pouvoir sans injustice appliquer à ce passage, tout à fait inintelligible, et pour