‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 362 sur 893 · Acte IV, se · texte numérisé non relu

Acte IV, se

HIPPOLYTE

tion consolante de Diane, qui, en rapprochant le père

et le fils, réconcilie les spectateurs avec l'horreur du dé-

noûment.

C'est cependant d'un tel examen, où la pièce grecque 2St presque toujours mal comprise, et plus souvent encore falsifiée, qui dénote, avec tant de prévention, si peu de connaissance du théâtre ancien, une lecture si superficielle de l'ouvrage qu'on prétend juger; c'est, dis-je, d'un tel examen que s'est autorisé La Harpe pour s'indigner qu'on /

ait osé établir un parallèle entre Euripide et Racine ; pour '

prétendre, et répéter avec complaisance, que Racine a rem-

placé les plus grandes fautes par les plus grandes beautés;

pour conclure enfin par ces paroles vraiment insensées :

Tel est cet ouvrage, qu'il faut bien pardonner à Euripide, puisque nous lui devons celui de Racine^.

D'où venait à La Harpe, contre un poète mort depuis plusieurs milliers d'années, une violence et un emporte nient que les contemporains sont seuls en possession d'exciter? d'une passion toute contemporaine: de l'ascendant qu'exerçaient sur ses jugements les opinions de Voltaire ; du désir d'élever les tragiques français, et Voltaire

à leur tête, au-dessus de tous les poètes dramaliques de

tous les temps; que sais-je enfin? peut-être de la pensée

secrète que le disciple pourrait bien suivre lui-même la haute fortune du maître. La Harpe se reposait avec sécurité dans cette opinion fort contestable, que les arts de l'imagination, et en particulier la tragédie, ont été sancesse en se perfectionnant des anciens aux modernes, et, chez nous, du dix-septième au dix-huitième siècle. Cette

foi dans la perfectibilité tragique lui montrait, entre les

productions successives de la scène, une inogression toujours croissante, dont le dernier terme était sans doute à

ses yeux Coriolan ou Warwick. C'est de cette hauteur,

qu'abaissant ses regards vers le théâtre grcr, il souriait avec une indulgence protectrice, ou une dédaigneuse pitié, à ce qui lui semblait l'enfance et le begayement de

l- Lycée; Comment.

l'art, à cette poésie primitive où, suivant d'autres juges, la voix humaine, à peine dénouée, a dû rencontrer, dès ses premières paroles, l'accent naïf et inimitable de la passion et de la vérité.

Nous avons vu*, lorsque nous nous sommes occupés de VJphigénie en Aulide, que les censeurs de la pièce grecque avaient suscité contre la pièce française une réaction assez semblable à celles que causent en politique l'emportement et les excès des partis. Il en a été de môme à roccasion de VHippolyte et de la Phèdre. Racine a expié

de nouveau, par des attaques fort vives et le plus souvent fort injustes, les indiscrètes préférences de ses exclusifs

admirateurs.

Dès 1776, Batteux, défendant contre Voltaire, avec

VŒclipe de Sophocle *, VHippolyte d'Euripide * , avait

établi, entre cette pièce et la Phèdre de Racine, un parallèle, aussi modéré du reste que judicieux, mais dans lequel l'avantage n^était pas toujours du côté du poète français. Ce fut bien pis après les développements que reçut dans le Lycée une opinion que son premier auteur

eût sans doute retirée, s'il eût pu voir combien un disciple fanatique la prenait au sérieux, et quelle extension il

lui donnait.

A peu près vers la même époque, en 1807 et 1808,

Geoffroy dans un commentaire^, où il reproduisait les doctrines de ses feuilletons, W. Schlegeldans une brochure'^ écrite en français avec beaucoup d'élégance et d'esprit, entrèrent ensemble en lice, l'un seulement contre La Harpe, l'autre contre Racine lui-même. Tous deux apportaient aussi au combat leurs passions personnelles : le

journaliste français, une aversion, qu'on a crue systématique, contre Voltaire et tout ce qui y tenait de près ou

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