Don Carlos, acte I, se
2. Lucrèce, tragédie de M. Ponsard, représentée en 1843. Voyet
notre 1. 11, p. 66.
IIIPPOLYTE,
cette parole et la détourne aux coupables espérances d'un incestueux amour; elle s'enhardit à dire* :
Prends pitié de moi ; entends la muette prière que Vadresse mon cœur ; je voudrais parler et je n'ose.
HIPPOLYTE
De quel mal étrange souffrez-vous?
PHÈDRE
D'un mal qui n'est guère celui d'une marâtre.
HIPPOLYTE
Quels discours enveloppés, pleins d'énigmes et de mystèresl Exphquez-vous avec franchise. ^
PHÈDRE
Eh bien, c'est l'amour qui brûle de sa flamme mon cœur insensé. Elle dévore, cette flamme cruelle, la moelle de mes os-
ellecircule dans mes veines, elle pénètre dans mes entrailles...!
HIPPOLYTE
C'est votre chaste amour pour Thésée qui produit ces transports.
PHÈDRE
Il est vrai, Hippolyte : oui, j'aime les traits de Thésée; ceux qu il avait aux jours de sa jeunesse, quand un premier duvet décorait ses joues brillantes, quand il vint visiter la sombre et perfide demeure du monstre de Crète, et qu'un lil secourable le guida dans ses longs détours. De quel éclat il brillait alors' Une bandelette retenait ses blonds cheveux; une pudeur vir^i^ nale colorait son visage; et cependant sur ses bras délicats "se
montraient des muscles vigoureux. Il ressemblait à Phœbé ta
déesse, ou à mon aïeul Phœbus ; ou plutôt à toi-même : oui,
c est comme toi qu'il était, lorsqu'il charma sc« ennemie. Ainsi se dressait sa tête altière. Mais en toi brille un plus vif éclat une beauté plus négligée; c'est ton père tout entier, et quelque chose aussi des grâces farouches de ta mère TAmazone quelque chose de la rudesse des Scythes avec les traits d'un Orec. Ah ! si avec ton père tu fusses venu dans les mers de Crète, ma sœur, plutôt qu'à lui, t'eût préparé le fil sauveur O ma sœur! en quelque parlie du ciel que tu brilles aujoura nui, je t appelle à mon aide; nos causes sont pareilles : toutes
deux nous avons trouvé dans une même maison nos ravisseurs