‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 378 sur 893 · Voyez t. II, p. 2S · texte numérisé non relu

Voyez t. II, p. 2S

tique. Mais, grâce à l'heureuse influence de ses modèles et aussi au bonheur de quelques inspirations personnelles, il plaît de temps à autre par un tour naturel, facile et même élégant. C'est le bégaiement, qui n'est pas sans

quelque charme, de notre Melpomène.

Vient le temps où Corneille lui enseigne le secret de ce

style franc et noble que polira l'art consommé de Racine.

Alors des auteurs maintenant oubliés, mais qui participent en quelque chose au progrès général de la langue tragique, traitent de nouveau un des plus heureux sujets

légués aux modernes par l'antiquité, et, ouvriers quelquefois utiles, préparent des matériaux pour le grand monument qui doit bientôt venir. En 1635, La Pinelière donne son Hippolyte, imitation de Sénèque, que V Histoire du Ihèdire français qualifie d'insipide et dont elle

cite cependant quelques vers d'un tour assez correct et

assez ferme*. En 1646, un auteur plus connu, secrétaire, dans sa jeunesse, de la reine de Suède Christine,

et son résident en France, dont la facilité défraya longtemps nofre théâtre en compagnie des poètes d'ordre secondaire qui remplissaient les intervalles des chefs-d'œuvre de Corneille, Gilbert, fait représenter un nouvel Hippo- -yte, qu'il qualifie dans un second titre, assez singulier, de Garçon insensible. Si j'en crois V Histoire du théâtre

français, cette qualification était démentie par le tour

galant que donnait à ses refus, après avoir entendu les

déclarations amoureuses de Phèdre, l'Hippolyte de Gil-

1. Thésée, par une comparaison qui n'est point dans Sénèque, et dont on ne peut pai louer la convenance dramatique, y exprime ainsi la nature des ombres qu'il a rencontrées dans sa descente aux enfers :

Mille fantômes vains, et sans vie et sans corps, Volent confusément dans ce cachot des morts. Ainsi quand un milan part, et, quittant la terre, S'élève à cette plaine où gronde le tonnerre. De son aile étendue arrêlmt un rayon,

Il fait toujours ^oiis lui de lui-même un crayon: Cette ombre dont sa course en tous lieux est suivie.

Est un oiseau visible et sans corps et sans vie. Tels à l'entour de nous on voyait approcher Ces fantômes qu'en vain on eût voulu toucher.

IIIPPOLYTE.

bert. C'est un grand honneur pour celte pièce que Racine lui ait emprunté, on l'a souvent remarqué, quelques détails, l'idée de la mort volontaire dont se punit Œnone :

.... De sa présence avec honte chassée, Dans la profonde mer OEiione s'est lancée* ;

ridée de ce dialogue entre Thésée et Hippolyte

HIPPOLYTE

Chargé du crime affreux dont vous me soupçonnez, Quels amis me plaindront, quand vous m'abandonnez?

THÉSÉE

Va chercher des amis dont Pestune funeste

Honore Pcidultère applau lisse à rmceste.

Des traîtres, des ingrats, sans honneur et sans foi,

Dignes de protéger un méchant tel que toi*.

Voici comment Gilbert avait, le premier, exprimé ces mêmes idées :

HIPPOLYTE

Si je suis exilé pour un crime si noir, Hélas! qui des mortels voudra me recevoir?

Je serai redoutable à toutes les f.imilles,

Aux fïères pour leurs sœurs, aux pères pour leurs fdles. Où sera ma retraite, en sortant de ces lieux?

THÉSÉE

Va chez les scélérats, les ennemis des dieux, Chez ces monstres cruels, assassins de leurs mères; Ceux qui se sont souillés d'incestes, d'adultères, Ceux-là te recevrout. ..

Les deux passages se rapportent, mais peut-être le se-

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