É pitre vn
Es t
sans colère à ce que nous a coûté cette misérable pièce qui arrêta Racine, âgé seulement de trente-huit ans, dans la carrière où chacun de ses pas était marqué par quelque illustre conquête sur l'histoire, sur la fable, au profit de notre théâtre ; qui, pendant douze années, condamna au silence sa muse tragique. On prétend que Racine disait : « Toute la différence qu'il y a entre Pradon et
moi, c'est que je sais écrire; » et ce mot, fort douteux,
attendu qu'il manque fort de justesse. Voltaire* en a
fait lapplication aux deux Phèdre, mettant en parallèle d'une manière piquante des vers de l'une et de l'autre,
certes bien différents, sur un thème semblable, mais les
donnant elles-mêmes comme à peu près égales pour la conduite. On a été plus loin : on n'a pas craint d'avancer que le plan de Pradon était supérieur à celui de Racine, C[U avec le plan de Pradon et les vers de Racine on aurait
une Phèdre parfaite. La Harpe^ a fait justice suffisante
de ces opinions hasardées en montrant par une fidèle
analyse ce que c'était que ce plan si vanté et si peu
connu; mais il n'est pas inutile à notre dessein de redire ce qu'était devenu le sujet d'Euripide et de Sénèque entre les mains du ridicule et présomptueux antagoniste de Racine. W. Schlegel», dégageant ce sujet de ce qui le rend tragique, c'est-à-dire de l'adultère et de l'inceste, n'y voit plus « qu'un homme d'un certain âge qui fait la cour à une femme, sans obtenir du retour, tandis que
cette femme réussit aussi mal dans les avances qu'elle fait à son fils ; une situation tout a fait comique. » Voilà précisément la tragédie de Pradon. Sa Phèdre n'est que la fiancée de Thésée ; elle aime innocemment Hippolyte, comme innocemment aussi elle hait Aricie.
Au temps où la pièce parut, ces aristarques qui la
mettaient dans la balance avec celle de Racine et les jugeaient toutes deux sans passion^ comme dit Boileau,