Hevue encyclopédique, 1824, t. XXII, p
EIRIPIDE. I. — 8
HIPPOLYTE
d'État dont Tambition veut perdre le jeune prince; Thésée condamne son fils à k mort, et le met entre les mains de Gratandre, son capitaine des gr.rdes, à qui il ordonne d'obliger le coupable à se tuer lui-même avec l'épée qu'il a laissée dans les mains de Phèdre; on vient en effet annoncer au roi que ses ordres ont été exécutés et qu'Hip-
polyte n'est plus; Phèdre ensuite s'accuse elle-même, ou
plutôt accuse le ministre calomniateur; Thésée est au désespoir ; mais arrive un dénoùment semblable à celui d'Adélaïde Duguesclin : le fidèle Gratandre , au lieu de faire
périr le prince, l'a sauvé et le rend à l'amour de son père et de la eune Ismène.... «
Au commencement de notre siècle, un écrivain, grand
admirateur de Dorât, dont il finit par prendre le nom, grand contempteur, cela était naturel, de Boileau et de Racine , avant de refaire l'Art poétique du premier, recommença la Phèdre du second'. Si, comme il s'en flattait, il ne surpassa pas Racine, il sut, ce qui pouvait sembler aussi difficile, laisser Pradon bien loin derrière lui. Pradon eût-il jamais écrit ces incroyables vers de son épî-
tre dédicatoire :
Racine eut du talent; mais, auprès d'Euripide, Ce n'est qu'un barboteur dans l'onde Aganippide.
Il serait difficile de dire qui de Racine ou d'Euripide a été le plus outragé par l'Hippolyte de M. de Gubières.
Je ne voudrais pas laisser mes lecteurs sur ce souvenir
ridicule. Je leur rappellerai donc, en finissant, comment,
à diverses époques, on essaya de transporter le sujet qui
nous occupe sur la scène lyrique. Au xvii* siècle, Segrais,
jeune encore, en avait fait, dit-on, sans doute inspiré par la pièce de Gilbert, une tragédie-ballet , qui ne fut point mise en musique. En 1733, labbé Pellegrin, qui soupait du thédire, comme dit l'épigramme, donna, en compagnie de Rameau, une tragédie-opéra d'Hippolyte et Aricie, avec
l. Ilippolytey tragédie en trois actes, imitée d'Euripide, par Doiat»
f'.iihièies-Palmezeaux, représentée à Paris sur le théâtre du Marais, 1; 9 ventôse an XI (1803). '
assez de succès pour qu'elle ait été parodiée deux fois, sous le même titre, au Théâtre-Italien, en 1733 par Riccoboni, en 1742 par Favart. Plus près de nous, en 1786, un homme de lettres distingué qui, avant de se signaler dans la critique, s'était fait connaître par des vers agréables et par quelques succès de théâtre , Hoffman écrivit
pour Lemoine, naguère imitateur outré de Gluck*, et désormais plus heureusement inspiré par Sacchini, une tragédie lyrique de Phèdre. Il suivit le plan de Racine , en
retranchant seulement, ce qui était une réforme bien sévère pour l'opéra, l'épisode d'Aricie ; par respect pour les vers du grand poète , avec lesquels les arrangeurs prétendus lyriques lui paraissaient avoir pris trop de licences, il en composa, sur les mêmes situations, de nouveaux où l'on trouva de l'élégance, de la douceur, de la sensibilité :
mais, malgré le mérite du poërae et de la musique, auxquels le public rendit toute justice 2, l'ouvrage fut trouvé
monotone et froid, et quand on le reprit", en 1813, sans
l'aveu de son auteur, la même impression se renouvela.
Gela ne pouvait manquer d'arriver. Rien de plus faux que le titre de tragédie-lyrique; autre chose est un opéra, autre chose une tragédie : il faut à la musique de grands et larges traits, des mouvements, des contrastes, quelque chose d'éclatant, de rapide, de heurté, qui ébranle fortement l'imagination et les sens ; mais pour ces nuances
successives du sentiment et de la passion, ces délicates
analyses du cœur, ces profonds développements de caractères, qui font le charme des belles tragédies, cela n'est
pas de son domaine ; elle le doit laisser à l'art tout diffé-
i^nt des Racine et des Euripide.