Liv#II, fab. I
2. La Wie uruiue à Hérennius (11,22), le de Invontione (I, 49),
trouvent qu'Euripide remonte trop baut, et qu'il eOt sufti de reprendre les choses au départ de Mtdée. Oumti ien [Itutit. ora*. V, 10) est du même avis :<«... Recte autem monemur c;.usas non ulique ab « ultima esse rep'^tendas, ut Medea : Utinam ne in nemore Felio. « Oua>i veroid eam fecerit miseram aui fioceniem, qu d iilic cecderit « a>iieyna ad terram trahes. » Cetie critique est mi^^ux placûe dans une rhél rique que datis une poptique. L'usage peu dram.iiique des
Froloaues admis, Kuripide a bien pu, en quelque» mot-*, tians orter itnaginaiion de son auditoire au temps du premier vai-seau, de la remière nivigition, de 1 expédition des Argonautes, avanSsCf'ne de
fa
a tragédie de Médée. Et mêine, sous le rapport de la vraisemblance
Iramaiique, bien qu'il soit vrai eu général qu'il ne faut pas reuionter
rice*. Dès le dixième vers, où finit cet avant-propos lyrique, elle descend au langage du drame et de sa condition, et, avec l'éloquence et la poésie qui lui sont permises, elle retrace l'abandon de Médée et son affreux désespoir ; elle la soupçonne, dit-elle, de quelque dessein sinistre, soit contre ses ennemis, soit contre elle-même, soit peutêtre contre ses enfants, « qu'elle semble avoir pris en
haine, et dont la vue ne réjouit plus son cœur 2. »
Que l'on ne se hâte pas de condamner, comme peu naturelle, cette confidence solitaire; on en trouverait au
à des causes trop éloignées, il l'e^t aussi cependant que la passion se plaît à y remonter, témoin l'Ariane et la Didon de Catulle et de Virgile, qui semblent se souvenir du prologue d'Euripide, et même delà traduction, si souvent citée, qu'en avait faite Ennius:
Jupiter omnipotens utinam nec tempore primo Gnosia Cecropiae letigissentliitora puppes!
(Caim., LXiv, Nupt. Thetlet PeL, 171.)
Félix, heu nimiu'n felix, si littora tantum
Nunquam Dardani» letigissent nostra carinae !
(yfin. IV, 657.)
Sans doute la logique aurait aussi le droit de dire que les vaisseaux d'Atliènes et de Ti oie ne sont pour rien «lans les fautes et le«« malheurs d Ariane et de Didon; mais il est naturel à la p-nssion de s'attaquer ainsi à des eau e< imaginaires, er> se d tournaot de la cause réel e, de s'en prendre à une sorte de fitalité. Euripide n'est donc pas si coupable que le font Cicéron el Oumtiiien. li l>st d'awtjini moins, qu une partie d« la lauie, si faute il y a, appartient à Ennius. C'est Ennius, non Euripide, qui commence par ce détail du pin abatiu sur \v somme! du Pflion, et devenu le premier vai>spau; Kuripide jette ce détail
entre deux autres sur la navigalitm des Argonautes. Pourquoi Ennius a-t-il ciian^^é cela? probableuient qu'il avait lait la même réflexion,
que le scoliasled'Kuripide piête a un cf^rtain Tim^rque, et qu'il avait
trouvé contraire à Tordre logique de faite naviguer le vaisseau avant de l'avoir con^truit. Mais ce renversement d'épojue, qui avait un nom CI ez les grammairiens, OTteponpajTov, irpwôûffîÊpov, e4 une licence, et Il Cme un agrément poétique, comme le remarqué lescoliaste, citant Homère à ce sujet. Ennius a voulu corriger Euripide, et est tombé oaus le défaut de paraître repiendie les choses de plus haut encore (jue lui.
1. Ce titre, fort vraisemblable, lui est conlest'» par Elmsley, qiii ne trouve dans la pirce rien pour le justifier. Mais, nourrice ou vieille servante, Bepànaiva, comme il propose d'écrire à la liste des personnages, peu importe.
a24 EURIPIDE.
besoin Tapologie dans les usages du théâtre antique*,
et, ce qui vaut mieux, dans les mœurs grecques et dans
la nature. Il en est, dit Gicéron', en citant ce passage, dans la traduction d'Ennius, qui se plaisent à entretenir de leur douleur la solitude même. On croirait qu'Euripide a prévu l'objection, car il y répond un peu plus bas. Un vieil esclave, chargé du soin des enfants de Médée, mais qu'il ne faut pas, comme Brumoy et Prévost, appeler du
titre pompeux de leur gouverneur, s'étonne, en les ramenant, après leurs jeux, à la maison, de trouver devant la
porte son ancienne compagne de servitude, occupée loin
de sa maîtresse, dont le service la réclame, à repasser
toute seule ses chagrins. « Les bons serviteurs, répond-
1. Nous en avons déjà rencontré des exemples remarquables dans YÉlectreûe Sophocle, v. 86 sqq., 420 sq. (voyez t. II, p. 30l). On peut y joindre ce qui se voit dans VÉlectre d'Euripide, v. 54, dan^ son ïphtgénieen Tauride, v. 43, etc. Je ne cite point Promélhée, Philocleie ; leur isolement complet donne, chez eux, à de pareilles invocalioas un tout aulre caractère. A qui s'adresseraient-ils? ils n'ont de
confidents que la nature elle-même. Virgile est, comme toujours, fidèle à la tradition grecque, quand il dit {jEn. VII, 593; :
Multa deos aurasque pater testatus inanes.
Piaule Test d'une autre manière dans cette parodie d'un de ses prologues {Mercat.y 3 sqq.) :
Non ego idem facio, ut alios in comœdiis. Vidi facere amatores. qui aut nocti, aul die, Aut soli, aut lunae mi>erias narrant suas ; Qi;os Pol ! ego credo biimanas querimonias Non tanti facere, quid velint, quid non velint, Vobis narrabo potius meas nunc miserias.
« Je ne fais point, en ce moment, ce que je vois faire tous les jours
aux amoureux de comédie, qui racontent leurs peines ou à li nuir, nu
au jour, ou au soleil, ou à la lune, lesquels, je pense s'emharras'scnt fort peu de toutes ces plaintes. C'est à vous, spectateurs, que je viens confier mes chagrins. »
Je trouve dans les Mémoires de M. de Montlosier cette allusion à l'usage dont il s'agit : « En lisant les tragédies de Sophocle et .l'Knri
...V...V... V v..^..^ .j^j ^iç^y^^j ujuuciiico. L^aii ciaiii uiiu^ lus aiic'.ens une divinité, si j'avais eu cette croyance, que de choses j'aurais pu dire à l'air de nos montagnes I »