‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 396 sur 893 · Acte V, se · texte numérisé non relu

Acte V, se

2. Dans ce discours, dont les premiers vers (217 sqq.) sont fort obscurs, et ont singulieremdnt embarrassé, tourmenté les commentateurs, elle dit d'altord pourquoi, malgré sa vive douleur, elle consent à se montrer : . Femmes de Corinthe, je sors de ma maison, pour que VOUS i.'ayez p^s à me reprocherun refus.... ..Suivent des maximes

qui doivent donner l'explication de sa conduite, mais qui ont besoia elles-mêmes d'être expliquées, et que les commentaires n'ont point eclaircies. Enniiis les a comprises à sa manière, et cela lui a fait traduire à fdui les premiers mots, entendant de l'exil volontaire de Médée hors de sa patrie ce qui ne rej^arde que sa sortie en ce moment hors de sa maison. Matronœ opulentœ, OfUiimates, Corinthum quœ arcein allam habetù, ne mi vitio vertite a patn'a quod absim; nam multi suam rem hene gessere et publicam patria procul ; multi domi qui aetatem egep.nt, propterea sunt improbati. « Femmes illustres de Corinthe, qui habitez ses hauteurs, ne me reprochez pas d'avoir quitté

nia patrie. Beaucoup, pour l'avoir quittée, ont vu prospérer leurs affaires et celles de TÊtat ; d'autres , pour y avoir passé leur vie, ont été desapprouvés. » Ces maximes, bonnes en elles-mêmes, ne conduisent

guère aux confidences que Médée va faire à ses amies, sur l'infidélité

«le Jason, son abandon, son désespoir. H est douteux que ce soit le sens général d'Euripide, et certain que ce n'est pas celui des premières paroles. Remarquons que, par une sorte d'anoblissement, qui est l'esprit .le notre scène, Ennius déjà fait des Corinthiennes qu'Euripide n'a nullement qualifiées, qui sont, disent-elles, venues du voisinage, attirées par le cris de Médée, de grandes dames, matronœ opulentœ, optumates, etc. Les vers qui ont été refaits de bien des manières (Voy ^^'^"ck, p. 84; consultez aussi 0. Ribbeck, Trag. lat. reliq.,l8b2, p. d», 249) sont cités, tantôt textuellement, tantôt autrement, c'est-à-

ri

passe sur les réflexions que ce sujet lui inspire* ; j'en ai

déjà parlé. Elle finit, encore comme Phèdre, en demandant au chœur le secret sur les moyens qu'elle pourra imaginer pour se venger de ses ennemis. Les femmes de Gorinthe ne font pas plus difficulté de le promettre que hs habitantes de Trézène; les unes et les autres, par leur fidélité à cet engagement, se rendent complices de la mort de leurs princes, et cela pour servir les fureurs d'une étrangère.

C'est vraiment ahuser un peu du droit de se«copier soimême. Répéter une beauté, cela s'excuse, mais non pas

un défaut. Or, on ne le saurait nier, et après Corneille *,

si réservé sur les anciens, Dacier lui-même' en est cou-

fenu, il est souverainement invraisemblable que le chœur s'oblige à une telle discrétion, et tout autant qu'on la lui

demande.

Faut-il adopter Tapologie, savamment subtile, proposée, en 1727, par un membre distingué de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et de-l'Académie française, M. Hardion'^? Cette opinion paradoxale, que, l'autorité du roi Gréon sur Gorinthe étant fort limitée, et

Médée exerçant, comme femme de Jason, sur la partie du

dire déplacés rt dispersés dans une phrase de prose, par Cicéron, écrivant à Trébatius {lam. VII, 6). Tréliatiiis a quitté Rome et s'est rendu en Ga le, près de César, pour avancer sa fortune. l\ a des rep:rets, desitleria urbis et urhoniiatis. Cicéron l'en blâme et lui cite à ce sujet les maximes de la Médée, mais (ie la Médée d'Ennius.

1 A une comparaison entre ia c<>ndition des hommes et celle des femmes app.irliennent les ver> (25:^ sq.), qu'iiu rapport de Varron {de

ling. lati V) et de Noiiius (v. Cermre), Enniiis avait ainsi rendus :

Nam ter sub armis malim vitam cernere Quam semel modo parère....

« J'aimerais mieux trois fois hasarder ma vie dans ks combats, que d'enfrinie' une seule. »

Voyez l'allusion laite à ce passape de la Médée d'Euripide par Lucien, d ns snnd'alogue de Ménipie et de Tirésias (Z^taî. mort., xxvni, 2).

Page 1