Mme Ristori
MEDEE
Une nouveauté, dont on doit louer M. Legouvé, c'est
d'avoir tenu constamment en présence les deux rivales.
De là, dès le début de l'ouvrage, des tableaux, des scènes,
qui frappent et attachent. Vous voyez Creuse qui, le jour
de son hymen, entre au temple de Diane, pour offrir un dernier hommage à la déesse de la virginité*, et, dans le
même moment, de la colline qui s'abaisse vers Gorintlie,
vous voyez descendre l'abandonnée, l'errante, l'indigente
Médée, un de ses enfants dans ses bras, et traînant l'autre
par la main. Cependant Creuse, sortant du temple, accueille avec bonté ces infortunés, ces suppliants, les enfants d'abord, envoyés par leur mère avant qu'elle ose elle-même se montrer.
A votre seule vue Son âme, je le crois, doit se sentir émue : Un jour d'hymen, quelle est la vierge de seize ans
Qui ne s''altendrit pas sur de petits enfants?....
Que votre détresse Sans nul appui d*abord à ses yeux apparaisse :
Pour des entants tout seuls on a plus de pitié*!
Bientôt' c'est le tour de la mère qui prie, avec dignité, en exilée et en reine^ dont on pourrait dire comme lepoëte latin* :
Servata precanti
Majestas non fracta malis.
La compassion d'une part, la confiance de l'autre, engagent les deux femmes dans un entretien où de mutuelles confidences leur découvrent, entre leurs destinées, des conformités secrètes, étranges, qui les surprennent, qui les troublent, et dont l'explication, avec ses suites terribles,