Acte III) se
MEDEE
logues, que Timportance nécessaire du personnage de Jason, dont l'ingratitude, l'égoïsme, la dureté, blessent et
révoltent inévitablement, quoi qu'on puisse faire d'ailleurs
pour en atténuer le fâcheux eflet. Personne jusqu'ici n'a mieux réussi que M. Legouvé à le rendre supportable. Plus de ces détours hypocrites qui le faisaient mépriser,
sans le sauver de la haine; mais un emportement passionné qui s'avoue, avec une rude franchise, et explique,
sans la justifier, la violence des actes.
L'extrême simplicité de la fable présentait encore ici
comme dans la plupart des sujets qu'il s'agit de faire passer de la scène grecque sur la nôtre, une difficulté dont M. Legouvé a su triompher. Cette fable, il l'a resserrée, dans le seul cadre qui lui convienne, en trois actes, bien distincts, artistement construits ; il en a comblé les vides par l'introduction épisodique du personnage d'Orphée,
l'un des compagnons de Jason dans l'expédition des Argonautes, son ami et celui de Médée, qui s'entremet avec
zèle pour ramener l'un, pour consoler l'autre; qui, interprète inspiré des lois morales violées autour de lui par
d'odieux attentats, semble tenir dans le drame la place du chœur antique.
J'ai pris plaisir à m'étendre sur cet ouvrage, l'emprunt le plus heureux, depuis l'Agamemnon de Lemercier* et la Glytemnestre de Soumet', que notre théâtre ait fait à la muse antique ; oii l'on a prétendu, c'est une grande preuve
de goijt, reproduire quelque chose du modèle, moins par
le calque toujours un peu froid, toujours imparfait, de ce
que nous appelons la couleur locale, que par l'expression
plus vivante du sentiment et de la passion. Je ne l'aurais
loué qu'imparfaitement, si, par une citation de quelque étendue, je ne mettais mes lecteurs à même de l'apprécier sous ce rapport. Je choisis le morceau où Médée fait l'histoire de sa passion fatale pour le chef des Argonautes. Ge sera un moyen indirect de compléter les souvenirs