‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 445 sur 893 · Voyez l. I, p. '28 et · texte numérisé non relu

Voyez l. I, p. '28 et

ALCESTE

à l'infortune ou au bonheur. Que l'un soit plus tragique

que l'autre, tout le monde en convient et je suis loin d'y contredire. Mais que cette manière, préférable en général, soit la seule permise, c'est ce qu'on ne me persuadera pas. Quoi ! les critiques vanteront sans cesse dans Homère ce sourire involontaire qui se mêle un moment aux larmes d'Andromaque ; et ils blâmeront Euripide, lorsqu'il se permet d'éclaircir le front chargé cVeumiis de sa Melpomène ! Il faut être bien ennemi de son plaisir pour sacrifier ainsi, à la rigueur des classifications, une émotion nouvelle, et, on ne peut le nier, pleine de charme, quelque nom que lui refuse ou que lui donne la poétique.

Du reste, si, dans son tableau, Euripide introduit la lumière au milieu des ombres, ce n'est pas paruneopposition heurtée, mais par un insensible et harmonieux passage. Je souhaite qu'on en puisse juger d'après l'analyse qu'il me reste à présenter de la seconde moitié de V Alcei'te: analyse que quelques pages pleines du sentiment passionné de la beauté antique*, où cette partie précisément de l'œuvre d'Euripide a été, il n'y a pas bien longtemps, admirablement reproduite et appréciée, me rendront à la lois plus facile et plus dangereuse.

Tandis que les vieillards thessaliens sont occupés à

chanter les louanges de leur reine, paraît Hercule, qui, se rendant en Thrace, pour y ravir, selon l'ordre d'Eurysthée, les chevaux de Diomède, et ayant pris son chemin par la ville de Phèies, vient demander l'hospitalité au palais d'Admète. H s'établit entre le chœur et ce héros, au sujet de l'expédition qu'il médite, une conversation

assez froide, mais qui, je pense, dans le dessein d Euripide, a pour but d'emnôcher (ju'il ne soit question entre

l.M. Villeraain, Cours de littérature ftançalse, Tableau de la litiérature au dix huittème siècle, xlih» lecr.n. A cette leçon, faite et pu-

h lee en 1819, a souvent renvoyé M. Alaignien, auteur d'une e timable traduction d'Alcesle et de judicieuses réflexions sur celte tra^vdie elle théâtre grec, insérées par lui, en ls37, dans un volume d'iaudet ixtléraxres. J ai eue ailleurs a'autre- h":tudc< qu'il a fait paraître depuien 1841, et où il sest occupé de VOEdipe Roi et du Prométhée '

EURIPfDE.

ALCESTE

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eux de la mort d*Alceste. Admète arrive à temps pour

prévenir cette explication inévitable, mais que le poète veut à tout prix éviter. Si Hercule apprend le malheur

qui vient de frapper son ami, il refusera d'entrer dans sa maison. Admète qui le comprend, et qui ne veut pas,

malgré sa profonde affliction, manquer au devoir, si sacré chez les anciens, de Thospitalilé, parvient, par des paroles équivoques, à lui cacher la vérité que quelques indices lui faisaient déjà soupçonner.

On a trouvé invraisemblable l'erreur d*Hercule, et en

effet l'auteur ne la obtenue que par des moyens dont

l'artifice est trop visible. Cette espèce d'escamotage, qui substitue, avec dextérité, au cours naturel et nécessaire des idées et des discours, un ordre d'entretien arbitraire et factice, était en général fort étranger à la simplicité et à la franchise du génie dramatique des Grecs : c'est un raffinement de l'art qui ne se montre guère que chez Euripide, et encore assez rarement. Voltaire, qui le lui reproche avec quelque dureté*, n'avait peut-être pas le droit d'être sévère, car il se l'est souvent permis, et ses

exemples ont beaucoup contribué à en rendre l'usage

aussi général et aussi approuvé qu'il Test aujourd'hui sur notre scène. Si, par exemple, Tancrède persiste à croire Aménaïde infidèle, n'est-ce pas parce que le poëte, avec une adresse subtile, que La Harpe a eu la bonhomie de louer, ne permet pas aux deux amants de se dire, lorsqu'ils se rencontrent, ce qu'il était impossible qu'ils ne se dissent pas ^

De ce défaut résulte, au reste, chez Euripide, une grande beauté. C'est certainement un noble spectacle que celui d'Admète renfermant sa douleur pour la dérober aux regards de son hôte. Le chœur rappelle, à cette occasion, que la maison d'Admète fut toujours hospitalière, et retrace, dans des strophes d'une riche et gracieuse poésie, le séjour qu'y fit jadis Apollon. Ce souvenir

n'est Doint un hors-d'œuvre descriptif. Il nous montre la

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