‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 447 sur 893 · scène n'a point été omise · texte numérisé non relu

scène n'a point été omise

Brumoy, dans une justification ingénieuse, mais forcée, que je ne discuterai point, abuse, en faveur du poëte grec, de ce dissentiment présumé, et qui, fût-il d'ailleurs plus évidemment établi, resterait inexplicable. Il ne porte pas en effet sur un point de goiit, mais sur un

1. L'attachement des vieillards à la vie a été énergiquement exprimé par le même poëte dans un autie de ses ouvrages, son Méléd" gre (voy. le fragment xviii, Stob. cxix, 9, et ce qu'en ont dit Valckenaer, Diatr. xm, et Matthias, Eurip. fragm.) ; et par Sophocle dans

son Acristvs (voyez fragments vu, viii, Stob. lxxiv, 28; cxix, 7.)

2. Wakefield a loué l'exécution de celte scène en des termes bien

vifs que reproduit et approuve J. k.Hairiung, Euripid.rcstitut., 1843, 1. 1, p 2 ■>.=). -

3. Far exemple les vers 380, 182, 710, 694 deVAlccste sont parodiés dans les passages suivants d'Aristophane : Acharn, 893: Equit, 1252: iVub. 1415; ilr. 1244.

4. Voyez celui que donne, dapiès Zoëga, M. GmgniaLUt, Religions de l'antiquité, t. IV, w cLxxni des planches, et 651 de l'explication.

point de morale, peu susceptible de varier au gré des temps et des lieux , Tunlverselle , rinviolable obligation

du respect filial*.

Hercule a été conduit dans l'appartement destiné aux étrangers. Le cortège funèbre d'Alceste commence à

sortir du palais. En ce moment se présente le vieux père d'Admète, Pbérès, apportant, pour en décorer le cercueil, de riches présents, et exprimant sa reconnaissance envers celle qui lui a sauvé un fils. Il est durement repoussé par Admète, qui ne craint pas de lui reprocher, à lui et à sa mère, d'avoir causé la mort de son épouse,

en refusant de mourir eux-mêmes en sa place. Phérès,

indigné, réplique qu'Admète a eu la lâcheté de sacrifier

cette épouse, qu'il regrette, à la conservation de ses jours.

Cette odieuse contestation, que le chœur tâche en vain, mais peut-être aussi trop faiblement, d'interrompre, se prolonge entre le père et le fils, avec un acharnement trop

peu justifié, chez l'un par l'égarement de la douleur, chez

1 autre par l'emportement de la colère : elle décèle, dans tous deux, un amour égoïste de la vie, qui les dégrade également; elle fait ressortir dans la pièce un défaut de vraisemblance, que le pathétique admirable du poète

n'avait pas laissé jusqu'ici le loisir d'apercevoir, l'impossibilité qu'Admète ait pu jamais consentir au sacrifice d'Alceste.

C'est là le vice, vraiment grave et fondamental, de cette composition ou, du moins, du sujet^; Euripide a trahi

involontairement par ce penchant de sophiste et de rliéteur, qui lui fit trop souvent débattre dans des plaidoyers

1. Woyez^oMaïre^ Dictionnaire philosophique y art. Anciens et modernes.

2. On le trouve sÎRnalé chez Ifs anciens eux mêmes. VaI^^e Maxime, liv. IV. G. VI, g 1, lacontant comment Tiberius Giacchus avait

tourné contre sa propre vie un présage qui pouvait menacer celle de

sa femme Cornélie, en prend occasion pour adresser à Admète cette véhéii en'e apostrophe : • Ote, Thessaliae rex, Admete, crudelis et diri

• facti criminesubmagno judice damnatum ! qui conjugis luae fala pro

• tuispermutari passu^ es, ea que, ne tu exstinguereris,voluntarioobitu « consumpta, lucem intueri potuisii! Et certe prius parentum indul- < gentiam tentaveras, femineo anime imparinventus. >•

ALCESTE

contradictoires des thèses de morale subtile, 'des questions de casuiste, et produire au dehors, au moyen du

dialogue, ces sentiments honteux qui ne sont peut-êtrn

pas étrangers à la nature , mais qu'on ne s'avoue pas à

soi-même, loin d'en faire confidence à autrui.

A cela se bornent, et c'est bien assez, les reproches que la critique est en droit d'adresser à la tragédie d'.4/cr5.'e; car je ne pense pas qu'on ait eu raison de blâmer la scène suivante, prise dans cette nature familière, qui n'était point dédaignée des poètes grecs.

On y voit paraître l'esclave chargé par Admète de recevoir Hercule; il s'est échappé un moment pour venir se

plaindre en liberté de l'importune arrivée et de l'indécente

joie de cet étranger, qui se livre au plaisir d'un festin dans

une maison remplie de deuil. Il regrotte de n'avoir pu accompagner jusqu'à sa dernière demeure sa bonne maîtresse , qui fut toujours , pour lui et ses compagnons d'esclavage, comme une mère; qui si souvent, auprès d'Admète, a plaidé leur cause et obtenu leur grâce*. Je ne puis comprendre, en vérité, comment cette naïveté touchante n'a pas désarmé les censeurs.

On croirait, à les entendre, qu'Euripide a exposé aux

yeux le repas d'Hercule; il l'a retracé seulement à l'ima-

gination par quelques vers qu'on a pu ^ sans doute rapprocher des scènes où la comédie s'égayait', dans le même

temps, sur la voracité du héros, mais qui certes s'en distinguent assez par le ton pour que de bons juges* y aient encore retrouvé son caractère divin. Une telle scèna^ dit Voltaire % ne serait pas soufferte chrz nous à la foire. Et pour le prouver» pprès avoir accusé Brumoy d'une fidé-

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