‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 448 sur 893 · Dicti >nnaire philosophique, art. Anciens et modernes · texte numérisé non relu

Dicti >nnaire philosophique, art. Anciens et modernes

lité peu scrupuleuse, il la traduit lui-même en style de parade. G est, ajoute La Harpe, qui lui sert de second

dans cette parodie, une disparate choquante K Un critique

dont on ne peut contester l'autorité en matière de goût \ y a vu plus justement un contraste assez semblabk a celui qu'il avait ailleurs loué éloquemment dans le Komeo et Juliette de Shakspearel On me saura gré de citer les deux passages, apologie réciproque de deux beaux génies.

« Les froides plaisanteries des musiciens, dans une salle voisme du lit de mort de Juliette, ces spectacles

d indifférence et de désespoir rapprochés l'un de lautre,

en disent plus sur le néant de la vie, que la pompe uniforme de nos douleurs théâtrales. )>

« .... Cette belle Juliette qui a brillé au milieu du bal

deux jours après, elle est morte. Voilà des musiciens qu on a fait vemr pour sa noce; il n'y a plus de noce à taire ; ces musiciens vont servir à autre chose, à l'enterrement. A côté de cette salle où est étendue Juliette morte ou sa famille pleure, ils sont là qui causent et font des plaisanteries. Voilà Shakspeare éminemment classique-

il se rencontre avec Euripide. »

^ Je reviens au poëte grec : il amène bientôt sur la SCène, a la suite de l'esclave mécontent. Hercule, qui a remarque sa mauvaise humeur ei son absence désobligeante. Le héros ne tarde pas à tirer de lui le secret qu'on lui a cache et dont l'honnête serviteur le croyait instruit. Il s'informe rapidement du lieu où l'on a dû transporter Alceste, et il s y rend aussitôt, après avoir annoncé que, par reconnaissance pour la magnanime hospitalité d'Admète il ravira son épouse aux mains du Génie de la mort, et' la redemandera, s'il le faut, à Pluton lui-même. On ne conçoit pas trop comment il ne rencontre point

î . Itticés mlnUïlL^'"^^^"' ^°'*''' "^^ /^twerafure française, passage précédem- Shaklpeare^^ we7an^M historiques et littéraires; Essai littéraire sur

ALCESTE

en route Admète, que nous allons voir arriver de la cérémonie des funérailles. Une autre circonstance, que les

usat;es ordinaires du théâtre grec rendent singulière ,

c'est que le chœur, abandonnant la scène qu'il ne quitte

jamais *, a servi de cortège au roi et reparaît avec lui.

Après les plaintes qui ont rempli la plus grande partie de cette tragédie, la verve pathétique d'Euripide n'est point encore épuisée ; il trouve avec une facilité merveilleuse de nouveaux accents pour le désespoir d'Admète, lorsque l'époux désolé revoit cette maison désormais

déserle pour lui, et pleine de l'absence d'Alceste. Le

passé et l'avenir se retracent alors douloureusement à sa

pensée :

c 0 mon palais! Pourrai-je en passer le seuil? Pourrai-je y

demeurer, lorsque ma fortune est amsi détruite? Hélas! Quelle djfïV'rence ! Ce fut à la lueur des flambeaux, au bruit des hymnes de fête, que j'y entrai autrefois, tenant la main de ma compagne bien-aimée. Une troupe joyeuse nous suivait, qui, dans ses chants, nous disait heure'ux , celle qui n'est plus et moi, de ce que, sortis tous deux d'une noble origine, nous unissions nos destinées. Et maintenant, à la place des concerts d'hyménée c'est le cri des funérailles, au lieu de cette pompe éclatante c'est le noir appareil du deuil, qui me ramènent vers ma couche

solitaire*.... »

« Que deviendrai-je , lorsque je verrai ce lit où elle ne sera

plus, ces sièges où elle se tenait, ma maison dans un lugubre

abandon, sur mes genoux mes enfants appelant leur mère, et

autour de moi mes serviteurs pleurant la maîtresse qu'ils ont perdue*? »

Il se représente ensuite tout ce qui l'attend au dehors ; la vue importune du bonheur ou les di-scours injurieux qui lui rendront amère cette vie qu'une héroïque épouse lui a conservée.

1. Les exemples du contraire sont très -rares ; on n'en peut Kuère Citer avec celui-ci que deux, l'un dans les Euménides, V. 229, l'autre dans VÀjax,v. 8l4. Voyez t. 1, p. 372; t H, p. 21.

3. V. 9()3 9b7. Je ne [mis me défenlre de rapprocher de cette scène

celle où Bernardin de Saint-Pierre a exprimé si pathétiquement la douleur de Paul revoyant, après le départ de Virginie, l'habitation qu'elle a quittée.

ALCESTE

Parmi ces plaintes sont jetées, avec un naturel parfait,

les consolations du chœur, consolations sincères, mais,

comme il arrive, impuissantes pour une douleur inconsolable. Dans le nombre se remarque une allusion assez évidente à la fermeté avec laquelle le maître d'Euripide, Anaxagore, avait récemment supporte, à quatrevingt-quinze ans, la mort d'un fils unique, se contentant de dire : « Je savais que j'avais mis au monde un mortel*. »

« J'avais dans ma famille un homme à qui fut enlevé un fils digne de ses larmes, Tunique espoir de sa maison. Et cependant il supportait ce malheur avec constance, bien qu'il n'eût

pas d'autre enfant, et que, sous ses cheveux blancs, il penchât déjà vers le terme de sa vie*. »

Dans cette scène je retrouve l'accord, déjà remarqué ailleurs, d'un entretien en apparence désordonné et de la savante progression de l'ode. Le tout se termine par l'image de l'invincible nécessité, et par l'annonce de l'éternelle gloire d'Alceste.

Tout à coup survient Hercule avec une femme voilée. Après de tendres reproches sur l'erreur où son ami l'a laissé, il lui présente cette femme, qui, dit-il, a été le

prix d'une victoire difficile, et dont il le presse d'accepter

la garde jusqu'à ce qu'il revienne de son expédition. Ad-

mète s'y refuse ; il ne peut, répond-il, la recevoir dans sa

maison, ni avec convenance pour elle, ni avec honneur pour lui. Une telle compagnie, d'ailleurs, ne le rappelle-

1. Cic. Tusc. m, 14 ; Val. Max. V. 10 ; Plutarch , Consol. ad Apollon. 33, etc M. Th. Fix, qui ne doute pas de la réalité de ceUe allusion, s'en sert pour confirmer la date donnée à VAIccste par la «lidasia-

lie, assez récemment découverte, que nous avons rapportée, t. 1, p. 31,

Olymp. Lxxxv, '2, Voyez dans l'Euripidede la Bibliothèque grecque de F. DiiJot, iS^3, >^ il Ctironnlogia fabularum, p. v. Une autre confirmation de celte date, à certains égards, résulte des parodies da VAIceste, dans quelques pièces d'Aristophane, dont il a été question plus haut, p. 2\'S, note 'S, d^Lus les Acharniens , les Chevaliers, les Nuées, les Oiseaux, pièces données seulement à partir de la quatrième nnnén de la Lxxxviii» olympiade.

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