‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 454 sur 893 · Acte IV, se. 3. A'- M · texte numérisé non relu

Acte IV, se. 3. A'- M

De fuir ce passage?

C'est un orage Qui mène au port.

C'est en cette même année 1674, où se jouait l'Alceste

de Quinault, c'est très peu de temps après la première

représentation de cet opéra, que Racine, comme il a été dit plus haut*, dans la préface de son Iphigénie en Aulide, défendit contre Gh. Perrault VAlceste d Kuripide et en traduisit quelques vers. Lui-même, depuis quelques années, avait été fréquemment tenté de transporter une œuvre si éloignée des mœurs et des habitudes litléraires

des modernes sur notre scène tragique, et celte tâche difficile, il finit par s'en charger et la pousser même assez

loin, si Ton doit ajouter foi au témoignage d'un écrivain

qui se crut appelé à la reprendre après lui. Un de ces

collatéraux qui se disputèrent, à titres douteux, la succession dramatique du grand poëte, en attendant que se fussent déclarés des héritiers plus directs, les Grébillon, les Voltaire, Lagrange-Chancel, s'exprime ainsi dans la préface de son Alceste, donnée, avec grand succès, ci 1703 :

« J'avais souvent entendu dire à M. Racine que, de

tous les sujets de l'antiquité, il n'y en avait pas de plus

touchant que celui d'Alceste, et qu'il n'avait point mis de

pièce au théâtre depuis son Andromaque, qu'il ne se pro-

îposât de la faire suivre par celle d'Alceste. Sa préface d'Iphigénie fait voir combien il était rempli de ce sujet. J'ai connu de ses amis particuliers qui m'ont assuré qu'il avai exécuté son dessein, et qu'il leur en avait souvent récitC des morceaux admirables ; mais que, peu de temps avant sa mort, il eut la cruauté de priver le public d'un si bel

ouvrage et de le jeter dans le feu. La lecture d'Euripide,

jointe à ce que^j'avais pu recueillir des idées de M. Racine, me fit naître l'envie de traite.*: ce sujet.... »

1. Page 203. Voy. H. Rigaulî, Querelle des anciens et des modernes, 186G, p. 132.

226 EURIPIUE.

Quelles étaient ces idées d'après lesquelles Racine aurait modifié, pour l'accommoder à notre système tragique, Vantique sujet traité par Euripide? Les mêmes peut-être,

et à cet égard un témoignage allégué par Brumoy ' confirme celui de Lagrange-Ghancel, les mêmes qu. avaier. présidé à la composition lyrique de Quinault, celle oc

remplacer le trop facile consentement d'Admète au sacrifice d'Alceste par la connaissance tardivement, douloureusement acquise de ce sacrifice ; celle de faire intervenir Hercule moins accidentellement dans 1 action, en supposant qu'il aime Alceste et qu'il la sauve pour un rival. Quant au dénoûmcnt lui-même. Racine n aurait pu,

comme il l'avait fait si adroitement dans son Iphigenie,

en changer le caractère merveilleux, et l'on a pense ,non

sans vraisemblance, que cette raison plus que toute autre l'avait à la fin détourné du projet de nous donner une A.lcGSt6

Nous" ne pouvons accepter comme un dédommagement l'Alce»te de Lagrange-Chancel ; il s'y trouve bien quelque chose du plan qu'on peut soupçonner Racine d avoir voulu suivre, mais rien certes de cet art par lequel il eut su fondre, comme dans son Andromaque, son Iphigenie, sa Phèdre, les éléments antiques et les éléments modernes

de son œuvre ; rien de la vérité humaine dont il eut anime

ce qui aurait pu y manquer de vérité locale. Hercule a sauvé Alceste de la fureur d'Acaste son frère, qui voulait, bien qu'elle n'eût point participé au crime involontaire des autres filles de Pélias, la comprendre dans leur châtiment. Obligé ensuite de partir pour une expédition lointaine contre le Troyen LaoméJon, il a confie la jeune p, incesse, sa conquête, au roi de Thessalie Plieras, lui faisant confidence de l'amour qu'il avait conçu pour elle

et du dessein où il était de l'épouser à son retour : confidence inutile; Phérès, enhardi par la longue absence du héros, qu'il pensait ne jamais revoir, a donne Alceste pour

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