Théâtre des Grecs; Réflexions sur Mceste
2. Histoire du Théâtre [rançaxs, t. XIV, p. 319 , La Harpe, lycee.
ALCESTE
épouse à son fils Admète., Cependant une contagion envoyée par les dieux vengeurs n'a pas tardé à désoler la Thessalie; il faut, pour la conjurer, l'offrande d'une victime humaine qvte désigne annuellement le sort; et de lurne fatale est sorti, après plusieurs autres moins illustres, le nom du roi lui-même, qui n'est plus Phérès, volontairement descendu du trône, mais Admète. Pour comble de malheur, Hercule, qu'on croyait avoir péri dans les flots, revient, toujours épris d'Alceste, la croyant libre encore, et réclamant sa main. Tels sont dans la tragédie de Lagrange-Ghancel les faits de lavant-scène; il en résulte deux intérêts trop distincts et auxquels le poëte a
attribué doj parts vraiment trop inégales, insistant outre
mesure sur la rivalité épisodique d'Hercule et d'Admète,
tandis qu'il ne faisait presque qu'un épisode de ce qui était proprement le sujet, je veux dire le danger du roi de Thessalie et le dévouement de sa femme. La pièce, A laquelle d'ailleurs ne manquent ni la tempête, ni le songe, ni le sacrifice consacrés par l'usage, n'oflre que le lieu commun amoureux reproduit alors, sous des noms divers, par toutes les tragédies, et cela dans un style dont quelques lambeaux maladroitement dérobés à Racine* font ressortir la faiblesse. Quant aux sentiments
desquels Euripide a tiré toute sa tragédie, à peine s'il
en est ici question, et avec quelle froideur, quelle impuissance !
Il y a quelque chose de touchant dans ces mots d'Al-
1. Les festons magnifiques dont Racine, au début d'Athalie, orne dans ses solennités le temple de Jérusalem, sont, par exemple' bien hors de propos transportés parleservile copi te aux autels domestiques dont Alceste prend congé :
Là ses brûlantes mains de festons magnifiques Entourent les autels de ses dieux domestiques.
(Acte V, se. I ]
Campistron avai4 donné à Lapranpe-Chancel Tevcmple de ce genre d'imitation. On a souvent cit^, d'après Voltaire iAvx auteurs du Nouvelliste du Parnasse), ce passage de son Alcibiade, qui rappelait si maladroitement deux vers célèbres du Britannicus de Racine :
Je parlerai du moins avec la liberté
D'un Grec qui ne doit point cacher la vérité.
ceste par lesquels Admète est progressivement amené à la découverte du cruel secret qu'il ignore :
Vous ne savez donc pas le nom de cet ami? QÛ'oV cherche mes* enfants, qu'on les fasse venir.
. ! '. Mes enfants ne viennent point encore ! Pour ia dernière fois je les veux embrasser *.
Mais ces enfants si désirés d'Alceste, si attendus parle spectateur, comment Lagrange-Ghancel, élève, à ce qu'il croyait, du peintre de Joas, contemporain de Tinterprète
des douleurs maternelles d'Inès, ne les a-t-il pas fait paraître auprès de leur mère mourante, les a-t-il relègues,
triste expédient dont il se félicite, dans un insignifiant
i"écit !
Ainsi n'avait point fait Euripide, dont Lagrange- Chancel évite ici bien timidement la trace, pour^ la suivre ailleurs avec une audace bien indiscrète. Il s'est complu à développer ce qu'Euripide n'avait que trop exprimé, le lâche amour du vieux Phérès pour la vie; il le lui a fait sophistiquement déguiser sous la joie dénaturée et révoltante de ressaisir, au prix de la vie
d'une belle-fiUe et d'un fils, l'autorité royale^. Ces aveux
honteux, d'une franchise invraisemblable, mauvaise imitation de ceux que Corneille a fait sortir de la bouche de son Félix, eussent suffi pour glacer un meilleur ouvrage.
Tel qu'il est, c'est véritablement un chef-d'œuvre et de conceptioQ et de style , comparé à la pièce absurde et