Mémoires, ibid. — 2. Acte II. — 3. Actes III, IV, V
ALCESTE
ment nécessaire, inutile même, et dont je ne puis comprendre qu'il ne se soit pas débarrassé, lui ordinairement si enclin à réduire, autant que possible, le nombre de ses personnages. Phérès servait au dessein d'Euripide, qui voulait faire ressortir, par le contraste de Tégoïste et lâche amour que la vieillesse garde pour la vie, l'héroïque sacrifice qu'en peut faire au besoin la jeunesse. Mais ce
même Phérès, avec toutes les vertus que lui avait rendues Alfieri, à quoi pouvait-il lui servir, sinon à redoubler sans fruit, pour ne rien dire de plus, l'expression des sentiments affectueux, tendres, dévoués, des douleurs, des plaintes déjà prodigués dans l'ouvrage, à en combler les vides par des remplissages trop évidents?
La suppression de ce rôle superflu, que tout conseillait à Alfieri, l'eût préservé d un grave défaut dans lequel on s'est étonné*, avec raison, qu'il ait pu tomber. Si l'on est choqué d'entendre, chez Euripide, Admète reprocher à son père de n'avoir point voulu mourir pour lui, combien ce reproche ne semble-t-il pas plus révoltant, quand il s'adresse, comme chez Alfieri^, à un homme qui eiat certainement racheté de sa vie la vie de son fils, si le zèle empressé dune épouse ne lui en eiit ravi l'honneur?
Alfieri, qui suit ici trop religieusement la trace d'Euripide, s'en écarte ailleurs sans nécessité; il faut ajouter sans utilité.
On se rappelle les dernières instances de l'Alceste grecque à son époux, pour qu'après elle il ne prenne pas une
nouvelle épouse. Alfieri fait dire à son Alceste qu'une telle demande serait indigne de tous deux; qu'elle ne craint qu'une chose, c'est qu'il ne puisse pas lui survivre'. Gela est certes plus digne, mais moins naturel, moins touchant. On peut encore se rappeler par quels détours l'Hercule d'Euripide amène Admète à recevoir en dépôt, à conduire dans sa maison, et de sa propre main, la femme voilée
1. }i. Raoul Rochelle, Nouvelles Observations sur l'Alceste d'Euripide, Théâtre des Grecs de Brumoy, édition de 1820, t. VU, p. 414.